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Poésie

Posts Tagged ‘fade’

Amour (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Amour

Amour, tu ne reviens plus vers mes yeux morts;
et comme mon coeur idéaliste te pleure.
Mes calices attendent tous ouverts
tes hosties d’automne et tes vins d’aurore.

Amour, croix divine, abreuve mes déserts
de ton sang d’astres qui rêve et qui pleure.
Amour, tu ne reviens plus vers mes yeux morts
qui redoutent et désirent tes larmes d’aurore!

Amour, je ne t’aime pas quand tu es distant
balançant entre tes fards de joyeuse bacchante,
et tes traits fragiles et fades de femme.

Amour, viens sans chair, d’un ichor qui étonnera;
et que moi, comme un Dieu, je sois l’homme
qui aime et engendre sans plaisir sensuel!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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L’attente (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’attente

Salut au matin même le plus pauvre
tout taché de neige et de forêts noires
changeant l’horizon en mur décrépi
où le plâtre bis des longs champs s’écaille

salut au matin posé sur ma table
à sa joue frottée sur le papier blanc
à la plaine creuse où peinent les hommes
aux collines fades pliant sous la brume

chaque aube rapproche l’homme que j’attends
la montée du jour au fond de mes paumes
les raisons tombées leurs faisceaux formés
et celui qui dit : voilà, c’est là, c’est là !

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Je suis rêveuse et fragile … (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




    
Je suis rêveuse et fragile …

1
En effeuillant au soleil couchant
Une fleur des champs
La blanche marguerite
J’imagine un pompier pas méchant
Ou d’un soldat dans sa guérite
Nous irions dans un beau jardin
Comme un prince avec sa princesse
Et de minuit jusqu’au matin
Nous serions tout miel et caresse.

Refrain

Je suis rêveuse et fragile
La brutalité
Me blesse et me tourne la bile
La douceur c’est ma qualité
J’aime les fleurs et les mots tendres
Et les songes bleus
Parfois je sens mon cœur se fendre
En guettant un amoureux.

2
Je suis pareille aux sveltes iris
Pareille au grand lys
Pareille aux fraises mûres
Mon coeur est doux d’esprit délicat
Je suis une faible nature
L’amour trouble mon estomac
Mais quand je rêve aux aventures
Ma chair frémit, j’en suis gaga
Faut prendre ma température.

3
Hélas hélas j’ai ce soir cent ans
Un rêve épatant
Me semble aujourd’hui fade
Je veux quelqu’un vivant pour coucher
Je voudrais le marquis de Sade
Ou bien un gros garçon boucher
Et qu’il me mette en marmelade
Qui m’étreigne et fasse loucher
Et que je ne sois plus en rade.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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LES MATINS D’HIVER (Richard Seff)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

écolier

LES MATINS D’HIVER

Je me souviens de ces matins d’hiver
Dans la nuit sombre et glacée
Quand je marchais à côté de mon frère
Sur le chemin des écoliers
Quand nos membres encor’ tout engourdis de sommeil
Grelottaient sous les assauts du vent
Nous nous battions à grands coups de boules de neige
En riant
Nous arrivions dans la salle de classe
Où le maître nous séparait
Nous retrouvions chaque jour notre place
Et l’on ne pouvait plus se parler
Puis bercés par les vagues d’une douce chaleur
Que nous prodiguait le vieux poêle
Nos esprits s’évadaient pour se rejoindre ailleurs
Vers des plages

Où il fait toujours beau
Où tous les jours sont chauds
Où l’on passe sa vie à jouer
Sans songer à l’école
En pleine liberté
Pour rêver
Où il fait toujours beau
Où tous les jours sont chauds
Où l’on passe sa vie à jouer
Sans songer à l’école
En pleine liberté
Pour rêver

Je me souviens de l’odeur fade et chaude
De notre classe calfeutrée
Des premières lueurs pâles de l’aube
A travers les vitres givrées
Je revois les yeux tendres et les visages tristes
Qui autour de moi écoutaient
Et pendant les leçons dans mon coin je rêvais
A des îles

Où il fait toujours beau
Où tous les jours sont chauds
Où l’on passe sa vie à jouer
Sans songer à l’école
En pleine liberté
Pour rêver (bis).

(Richard Seff)

Illustration

 

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L’absence (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Steven Rushefsky  The-Letter [1280x768]

L’absence

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d’être loin.

On s’écrit, on se dit que l’on s’aime, on a soin
D’évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l’être en qui l’on met son bonheur, et l’on reste
Des heures à causer tout seul avec l’absent.
Mais tout ce que l’on pense et tout ce que l’on sent
Et tout ce dont on parle avec l’absent, persiste
À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh! l’absence! le moins clément de tous les maux!
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l’infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n’en rien remonter que de fade et d’amer!

Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? Tandis qu’accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s’étale un aveu délicieux,
N’est-elle pas alors distraite en d’autres choses?
Qui sait ? Pendant qu’ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu’un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?
Peut-être qu’elle est très joyeuse et qu’elle oublie?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.

(Paul Verlaine)

Illustration: Steven Rushefsky

 

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CONQUÉRANT (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



    

CONQUÉRANT

J’ai balayé tout le pays
En une fière cavalcade;
Partout les gens se sont soumis,
Ils viennent me chanter l’aubade.

Ce cérémonial est fade;
Aux murs mes ordres sont écrits.
Amenez-moi (mais pas de cris)
Des filles pour la rigolade.

L’une sanglote, l’autre a peur,
La troisième a le sein trompeur
Et l’autre s’habille en insecte.

Mais la plus belle ne dit rien;
Elle a le rire aérien
Et ne craint pas qu’on la respecte.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fidèle à quel nuage (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Fidèle à quel nuage
à quelle eau sourde
à quel sang fade ?

Un lit se dresse
un ciel s’éveille
un oiseau luit.

Je vis de rêve
je rêve d’îles
je lie avril.

Je vois une ombre
et je me couche
sous son sable.

Portez mes yeux
plus loin que moi
mes sûrs amis.

Si vous m’aimez
pleurez déjà
de mon passage.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Tu l’entrevois (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Tu l’entrevois

Tu l’entrevois, la belle plénitude
avec sa corne et ses fruits échappés.

Nous avons bu les eaux de tant de sources,
de tant d’oiseaux nous avons bu le chant.

Sommes-nous là pour remercier le ciel
de ces présents que la terre a donnés ?

Nous célébrons de fades artifices
quand le miracle apparaît sous nos yeux.

Et ce miracle — ici tout est miracle —,
c’est que la vie allant de corps en corps

se perpétue au bord de ce cratère
où le feu vif ne brûle qu’au-dedans.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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ODE SUR LE REFUS D’UN BAISER (Charles de l’Espine)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Jean Honoré Fragonard
    
ODE SUR LE REFUS D’UN BAISER

Tu te plains, petite mauvaise,
Que s’il advient que je te baise
Tout aussitôt ma langue y court.
Quoi donc, le baiser d’une fille.
Si la langue ne me frétille,
Me semble trop fade et trop court.

Baiser une bouche fermée,
Qui d’esprit n’est point animée,
Sans goût, humeur ni sentiment,
Et baiser l’image muette
Que Pygmalion s’était faite,
C’est affoler également.

Tu permets que ma lèvre touche
Le divin corail de ta bouche,
A ma langue le refusant.
Mais ne crains-tu pas qu’elle pense
Qu’on ne croit pas à son silence,
Et se venge en nous accusant?

Que la tienne, petite folle,
Avec la mienne se colle,
Et que par un si doux lien
Mon cœur avec ton cœur s’assemble ;
Puis elles jureront ensemble
Toutes deux de n’en dire rien.

Penserais-tu, bouche envieuse.
Que la manne délicieuse
D’un baiser ne fût que pour toi?
Tu n’es faite de la nature
Que pour être sa couverture
Et le receler sous ta foi.

Alors que sur tes lèvres closes
Je tâche de cueillir des roses,
J’entends, d’un murmure jaloux,
Ta langue qui te dit : Mauvaise !
Pourquoi ne serais- je bien aise
De baiser aussi bien que vous ?

Ouvre-toi donc, bouche mignarde,
Et si ma langue frétillarde
A plus d’amour que de raison,
Au retour ferme-lui la porte
Et fais si bien qu’elle n’en sorte
D’une bonne heure de prison.

(Charles de l’Espine)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Ayant connu le souffle fade (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



Ayant connu le souffle fade et rare de la terre
dans le vol inversé des branches appauvries
que jamais n’a hanté mésange ni lumière

et le poids du silence aux granges de poussière
où tous les blés du monde sont battus,

ayant ressuscité le septième jour,
rejoint mon corps béant comme une maison vide
où chaque hiver brise un linteau, fend une porte
pour les fêtes de mai au lierre et des ciguës,

j’ai pavoisé de linges les fenêtres,
armé le feu, puisé la force des citernes.

J’ai tiré de la nuit mon coeur, mes mains, ma bouche,
habité ces châteaux que traverse la foudre
et que je reconstruis aux pentes difficiles

et que je reconstruis,
ne sachant plus ce qui est mort en moi et ce qui vit.

(Jean Joubert)

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