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Poésie

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L’HIVER (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



 

L’HIVER

J’ai su pourtant donner des ailes à mes paroles,
je les voyais tourner en scintillant dans l’air,
elles me conduisaient vers l’espace éclairé…

Suis-je donc enfermé dans le glacial décembre
comme un vieillard sans voix, derrière la fenêtre
à chaque heure plus sombre, erre dans sa mémoire,
et s’il sourit c’est qu’il traverse une rue claire,
c’est qu’il rencontre une ombre aux yeux clos, maintenant
et depuis tant d’années froide comme décembre…

Cette femme très loin qui brûle sous la neige,
si je me tais, qui lui dira de luire encore,
de ne pas s’enfoncer avec les autres feux
dans l’ossuaire des forêts ? Qui m’ouvrira
dans ces ténèbres le chemin de la rosée ?

Mais déjà, par l’appel le plus faible touchée,
l’heure d’avant le jour se devine dans l’herbe.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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L’ OMBRE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



Illustration: Markus Raetz
    
L’ OMBRE

L’ombre essaie de ressembler
à celui qu’elle accompagne,
mais c’est toujours à refaire,
toujours à recommencer.
Métier d’ombre, métier d’ombre,
c’est un vrai métier de chien,
on s’échine, se déchire,
se fatigue, se détruit.
Métier d’ombre, route d’ombre,
la vie est dure à gagner.

Si contente était mon ombre
de marcher au bord de mer.
Mais quand je plonge dans l’eau
elle est perdue aussitôt,
elle se débat et pleure
comme un enfant égaré.
Reviens, reviens sur le sable,
me crie mon ombre fidèle,
reviens vite à mes côtés,
ne me laisse jamais seule.

Elle est plus faible que moi,
elle se perd en chemin,
elle s’accroche aux buissons
perdant ses flocons de laine,
et s’écorche les genoux,
et se noie dans les ruisseaux
grelottant le soir venu,
redoutant les nuages gris.
Métier d’ombre, chemin d’ombre,
mon ombre est bien fatiguée.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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RENCONTRE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



Annibale Carracci christ_carrying_the_cross _512

RENCONTRE

Je t’ai rencontré sur le sentier de ta mort,
Et c’est tout à fait par hasard
Que j’avais pris ce chemin,
Ne sachant pas que tu te rendais là.

Quand j’entendis la populace hurlante
Je voulus revenir,
Cependant par curiosité je restai
Sur son passage.

Dans la clameur
Soudain je me sentis faiblir
Mais je ne m’en retournai pas.

La meute hurlait si fort, pourtant elle était si faible
Semblable à un océan malade et sourd.
Sur ta tête tu portais des épines aiguës,
Tu ne me regardais pas.

Et sur ton dos,
Tu portais
Toute ma misère.

(Langston Hughes)

Illustration: Annibale Carracci

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On vit, on parle… (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2020



Illustration
    
On vit, on parle…

On vit, on parle, on a le ciel et les nuages
Sur la tête ; on se plaît aux livres des vieux sages ;
On lit Virgile et Dante ; on va joyeusement
En voiture publique à quelque endroit charmant,
En riant aux éclats de l’auberge et du gîte ;
Le regard d’une femme en passant vous agite ;
On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois !
On écoute le chant des oiseaux dans les bois
Le matin, on s’éveille, et toute une famille
Vous embrasse, une mère, une soeur, une fille !
On déjeune en lisant son journal. Tout le jour
On mêle à sa pensée espoir, travail, amour ;
La vie arrive avec ses passions troublées ;
On jette sa parole aux sombres assemblées ;
Devant le but qu’on veut et le sort qui vous prend,
On se sent faible et fort, on est petit et grand ;
On est flot dans la foule, âme dans la tempête ;
Tout vient et passe ; on est en deuil, on est en fête ;
On arrive, on recule, on lutte avec effort… —
Puis, le vaste et profond silence de la mort !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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La peur de la mort (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



 

Illustration: Fred Einaudi
    
La peur de la mort

La Mort à son gré se promène dans nos vies, douce Mort
qui s’affaire à chaque souffle.
Pourquoi la redouter ? Voyez comme elle rit,
son visage est la rose de lumière d’une grâce enjouée !
Une aimante et charmante vierge cueillant des fleurs
dans un jardin embaumé, frais des ondées printanières,
telle est la chose que vous craignez, une jeune et radieuse tourière
qui ouvre à nos âmes les mondes de lumière.
Est-ce parce que la branche tordue doit souffrir
quand les plus tendres mains lui dérobent sa gloire ?
Est-ce parce que la tige sans fleur retombe, ternie
et blême, qui naguère fut si belle ?
Ou est-ce le grincement affreux quand s’ouvre le portail
qui vous ébranle, faibles âmes sans courage ?
La mort n’est que le changement de nos robes pour attendre
en habits de noce à la porte de l’Éternel.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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LA FENÊTRE (Forough Farrokhzad)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020



Illustration: Barbaras BilderKunst
    
LA FENÊTRE

Quand ma foi
s’accrochait au faible fil de la justice
et que partout en ville
les cœurs de mes lampes
se brisaient et volaient en éclats,
quand le foulard noir de la loi
bandait les yeux d’enfant de mon amour
et que des fontaines de sang
giclaient des pauvres temples de mon désir,
quand la vie n’était rien de plus,
rien d’autre que le tic – tac d’une horloge,
j’ai découvert que je dois,
de manière absolue et sans mesure
dois aimer.

***

***

THE WINDOW

When my faith was hanging
by the weak thread of justice
and in the whole city
the hearts of my lamps were
being torn to pieces,
when the childlike eyes of my love
were being blindfolded by law’s black kerchief,
and fountains of blood were gushing forth
from the distressed temples of desire,
when my life was no longer anything,
nothing but the tick-tock of a wall clock,
I discovered that I must,
that I absolutely had to
love madly.

***

***

A JANELA

Quando a minha fé ainda dependia
do fio fraco da justiça
e em toda a cidade
os corações das minhas lâmpadas ficaram
feitos em pedaços;
quando os olhos infantis do meu amor
foram vendados com o pano escuro da lei,
e fontes de sangue escorriam aos borbotões
dos templos angustiados do meu desejo;
quando a minha vida já não era nada,
nada mais do que o tique-taque de um relógio de parede,
descobri então que devia,
que tinha obrigatoriamente
que amar com loucura.

***

LA VENTANA

Cuando mi fe aun pendía
del hilo débil de la justicia
y en toda la ciudad
los corazones de mis lámparas quedaron
hechos pedazos;
cuando los ojos infantiles de mi amor
fueron vendados con el pañuelo negro de la ley,
y fuentes de sangre manaban a borbotones
de los templos angustiados de mi deseo;
cuando mi vida ya no era nada,
nada más que el tic-tac de un reloj de pared,
descubrí entonces que debía,
que tenía absolutamente
que amar con locura.

****

DAS FENSTER

Als mein Glaube
am seidenen Faden der Gerechtigkeit hing
und in der ganzen Stadt
die Herzen der Lichter
in Stücke gerissen waren,
als die kindlichen Augen meiner Liebe
mit dem schwarzen Kopftuch des Gesetzes verbunden wurden,
und Fontänen von Blut
aus den verzweifelten Tempeln meines Verlangens strömten,
als mein Leben nichts mehr war,
nichts anderes als das Ticken einer Wanduhr,
entdeckte ich dass ich lieben muss,
dass ich unbedingt,
wahnsinnig lieben muss.

***

FEREASTRA

Când mi-a rămas credința suspendată
de firul gingaș al dreptății atârnând
iar prin oraș, răpusă la pământ,
inima razei mele a zăcut
călcată în picioare,
când din nevinovații ochi ai dragostei
sub vălul negru și reglementar ascunși
prinse-a țâșni izvorul sângelui
ce-a inundat locașul cel mai sfânt,
viața-mi pierdu orice valoare,
și numai sunetul pendulei
a mai bătut secundele
în care-am înțeles că negreșit
va trebui himeric să iubesc.

***

HET VENSTER

Toen mijn geloof
aan de zwakke draad van de gerechtigheid hing
en overal in de stad
de harten van mijn lampen
gebroken en versplinterd waren,
toen de kinderlijke ogen van mijn liefde
geblinddoekt werden door het zwarte hoofddoek van de wet,
en fonteinen van bloed
uit armoedige tempels van mijn verlangen gutsten,
toen mijn leven niets meer was,
niets anders, dan de tik tak van een wandklok,
ontdekte ik dat ik moet,
dat ik absoluut en mateloos
moet beminnen.

***

***

私の信念が正義という 名の細い糸でぶらさがり
街中で心臓の灯りが粉々に砕け散る時、
また、恋人の子どものような眼が
法律の黒いスカーフで覆われていて、
血の泉が打ちひしがれた欲望の寺院から湧き出る時
もう私の命は何ものでもなく
壁時計のチクタク鳴る音でしかない
その時に私は気づくのだ
狂ったように人を愛さなければいけないことを

***

GLUGGINN

Þegar trú min hékk
í veikum þræði réttlætis
og hjörtu lampa minna
voru tætt í sundur
út um alla borg,
þegar svartur klútur laganna
var bundinn fyrir barnsleg augu elskunnar minnar
og blóðið gaus fram úr
illa förnum hofum ástarinnar,
þegar líf mitt var ekki lengur neitt,
ekkert nema tifið í klukkunni á veggnum,
fann ég að ég yrði,
að ég gæti ekki annað
en elskað hömlulaust.

***

ΠΑΡΑΘΥΡΟ

Καθώς η πίστη μου κρέμονταν
απ’ τη λεπτή κλωστή της δικαιοσύνης
και σ’ όλη την πόλη του φωτός μου η καρδιά
είχε θρυμματιστεί
καθώς τα παιδικά της αγάπης μου μάτια
είχαν δεθεί με του νόμου το μαντήλι
και συντριβάνια αίμα χύνονταν
απ’ το απελπισμένο τέμπλο της επιθυμίας
καθώς η ζωή μου δεν είχε πια καμμιάν αξία
τίποτα παρά ένα χτύπημα του ρολογιού στον τοίχο,
αποφάσισα ότι έπρεπε
αναμφισβήτητα
να ξαναγαπήσω.

***

OKNO

Kiedy moja wiara wisiała
na wątłej nici sprawiedliwości
i w całym mieście
serca moich lamp
wciąż rozrywano na kawałki,
kiedy dziecinne oczy mojej miłości
zawiązane były czarną chustą prawa,
i tryskały fontanny krwi
z nieszczęsnych świątyń pożądania,
kiedy moje życie nie było już czymkolwiek,
niczym tylko tykaniem ściennego zegara,
odkryłam, że muszę,
że absolutnie muszę
kochać szaleńczo.

***

***

窗 户
当我的信仰被
正义的丝线悬挂
在整个城市
我的灯心正
被撕成碎片,
当我的童贞爱眼
被法律的黑手帕蒙住,
血液之泉正从痛苦的
欲望神殿喷涌而出,
当我的生命不再昂扬,
只剩挂钟的滴答声,
我发现: 我必须,
我只得命定地
疯狂地爱。

(Forough Farrokhzad)

 

Recueil: ITHACA 617
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Persan / Anglais : Sudeep Sen / Arabe : Amal Bouchareb / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Allemand Wolfgang Klinck / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Hébreu Dorit Wiseman / Japonais : Japonais: Manabu Kitawaki / Grec Manolis Aligizakis / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou /
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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LA TIGE D’OEILLET (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



Viktor Karlovich Shtemberg standing-nude [800x600]

LA TIGE D’OEILLET

Éros m’a frappé d’une tige molle
D’oeillets odorants récemment cueillis.
Il fuit à travers les sombres taillis,
A travers les prés il m’entraîne et vole.
Sans une onde vive où me ranimer,
Je le suis, je cours dés l’aube vermeille;
Mes yeux sont déjà près de se fermer,
Je meurs; mais le Dieu me dit à l’oreille:
Oh! le faible coeur qui ne peut aimer!

(Leconte de Lisle)

Illustration: Viktor Karlovich Shtemberg 

 

 

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UNE IMAGE (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



UNE IMAGE

Au cœur du coeur
de la rose des univers
enroulés sur eux-mêmes
un coeur (si détaché
qu’il ressemble au sommeil
ou à l’absence) semble battre
le rassemblement des mondes
d’un battement si faible
qu’il est attentivement égal
au silence.

Absorbé par un violent
amour
ou détachement.

(Jean Mambrino)


Illustration

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Les myriades d’étoiles (Bing Xin)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



 

Henri Edmond Cross landscape-with-stars-1908 [1280x768]

Les myriades d’étoiles

Les myriades d’étoiles scintillent
sur le fond bleu du ciel
Qui a jamais perçu ce qu’elles se disent?

Au plus profond du silence
chacune de sa faible clarté
Rend à ses compagnes un secret hommage

Fleur qui pousse dans les cailloux entre les rails
une seconde seulement
toi et moi
rencontre fortuite dans l’immensité de la vie
adieu à jamais dans l’immensité de cette vie
Même si je revenais
parmi tant d’autres entre les rails
comment te retrouverais-je

Trop longtemps assise
Ouvre grand la fenêtre: la mer
Ta nostalgie infinie
Livre-la aux confins du ciel
là où jusqu’à l’oubli s’étendent les vagues

(Bing Xin)

Illustration: Henri Edmond Cross

 

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Araignée d’eau (Saitô Mokichi)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



Araignée d’eau qui monte dans le courant
Tes forces sont si faibles pourtant

(Saitô Mokichi)


Illustration

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