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LES CARACTÈRES ILLISIBLES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
LES CARACTÈRES ILLISIBLES

Ce que tu assembles, ce que tu divises
se passe au fond de ton sang
hors de ta volonté : tu assistes
et tu te révoltes de n’être qu’un témoin
sans nul pouvoir.

Cette faible vie, tu aurais voulu la dominer
et tu ne parviens
(à force de vigilance)
qu’à percevoir en deçà et au-delà
des éclairs indéchiffrables
quelques lointains roulements
annonçant que tout se prépare.

Bientôt ce qui est imprévu sera là
et ce que nous attendions s’enfuira.
Nous serons atteints par surprise
sans avoir compris sans savoir lire
les figures de nos propres rêves
pourtant inscrites en lettres géantes
sur la face changeante des nuages.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Faible est ma voix, mais mon vouloir ne cède pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Faible est ma voix, mais mon vouloir ne cède pas.
Et même, sans amour, je me sens plus légère.
Dans les hauteurs du ciel un vent souffle ample et pur
Et mes pensées ignorent la souillure.

La servante Insomnie a quitté mon chevet,
Je ne me morfonds plus près de la cendre grise,
Et sur la tour l’aiguille courbe de l’horloge
Ne me fait plus l’effet d’une flèche qui tue.

Donc le passé sur moi perd son pouvoir.
La délivrance est proche. Je pardonne
En regardant la lumière qui joue
Sur le lierre mouillé par le printemps.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Pour la faible lumière d’un bien (Michele Ranchetti)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Pour la faible lumière d’un bien
sous la cendre des années le germe intact
d’une vie possible.

***

Per poca luce di un bene
sotto l acenere degli anni germe intatto
si una vita possibile.

(Michele Ranchetti)

 

 

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Jasmins (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2019



Illustration
    
Jasmins

Nous avons peur de paraître faibles,
de nous faire surprendre dans un geste
étourdi de tendresse.

(Leonardo Sinisgalli)

 

Recueil: Le moineau et le lépreux
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Part Commune

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Edentés ou non (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2019



Edentés ou non,
forts ou faibles,
jeunes ou vieux,
nos mères nous aiment.

Et plus nous sommes faibles
et plus elles nous aiment.

Amour de nos mères,
à nul autre pareil.

(Albert Cohen)

 

 

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Fidélité à l’éclair (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




    
[Fidélité à l’éclair, un livre de conversations avec Daniel Gonzales Dueñas et Alejandro Toledo.
Un livre qui s’ouvre d’emblée sur cette question : quel est le sens de la verticalité dans votre poésie ?
Il y répond en évoquant d’abord son expérience de la lecture des poètes dans sa jeunesse, une lecture attentive où lui apparaissait déjà que : ]

Même chez les grands poètes, il y avait des zones plus faibles, un peu lâches,
des zones qu’on pouvait remplacer, laisser de côté.

Je trouvais, ajoutait-il, chez de nombreux auteurs (et aujourd’hui dans la majeure partie de la poésie),
des passages où la description, l’anecdote ou l’effusion sentimentale dévoraient la poésie.

Alors j’ai commencé à éprouver la nostalgie d’une aventure qui serait la recherche d’une poésie plus dense,
où chaque élément serait comme quelque chose d’irremplaçable, où déplacer une virgule,
changer un mot de place ou un blanc serait une catastrophe…

une poésie qui ne se limiterait pas à cultiver l’atmosphère, les réactions sentimentales,
mais qui aurait (qui oserait avoir) possibilité d’unifier une fois pour toutes
ce qui a été si absurdement séparé : la pensée et l’émotion.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fidélité à l’éclair
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Lettres vives

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NOCTURNE (Skipwith Cannell)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Jody Bergsma
    
NOCTURNE

I
Tes pieds
Comme de petits oiseaux d’argent,
Tu les poses sur les chemins charmants ;
Ainsi je te suivrai,
Toi Colombe aux Yeux D’or,
Sur n’importe quel chemin je te suivrai,
Car la lumière de ta beauté
Éclaire ma route comme une torche.

II
Tes pieds sont blancs
Sur l’écume de la mer;
Serre-moi fort, toi Cygne brillant,
De peur que je chute,
Et dans les eaux profondes.

III
Longtemps j’ai été
Le Chanteur sous la Croisée
Et maintenant je suis las.
Je suis malade de désir,
O ma Bien-aimée;
Prends-moi donc avec toi
Vite
Sur notre chemin.

IV
Du filet de tes cheveux
Tu as pêché en mer
Et un poisson étrange
Fut pris dans ton filet;
Car ta chevelure,
Bien-aimée,
Tient mon coeur
Dans sa toile d’or.

V
Je suis las de l’amour et tes lèvres
Sont des coquelicots éclos au petit jour.
Donne-moi donc tes lèvres
Que je puisse connaître le sommeil.

VI
Je suis fatigué de désir,
Je suis faible d’amour;
Car sur ma tête le clair de lune
Est tombé
Comme une épée.

(Skipwith Cannell)

 

Recueil: Des Imagistes Anthologie
Traduction:
Editions: La Nerthe

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Toi qui as peur (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Annie Predal
    
Toi qui as peur

Ma faible ma si faible
toi qui as peur de ta faiblesse
ma vigne folle au vent tremblant
c’est moi la treille sous tes mains

mon lierre noir toi qui t’écroules
je suis le mur dessous ta peau
mon eau sans forme qui s’enfuit
c’est moi le verre et ton barrage

ne tremble plus je suis l’appui
nuit après jour de tes naufrages
la couverture où l’on t’enroule
ma frissonnante ton radeau

ma naufragée je suis la mer
je te conduis je t’engloutis
je suis la paix sous tes paupières
où tous nos pas ont abouti.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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RENCONTRE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Annibale Carracci christ_carrying_the_cross _512

RENCONTRE

Je t’ai rencontré sur le sentier de ta mort,
Et c’est tout à fait par hasard
Que j’avais pris ce chemin,
Ne sachant pas que tu te rendais là.

Quand j’entendis la populace hurlante
Je voulus revenir,
Cependant par curiosité je restai
Sur son passage.

Dans la clameur
Soudain je me sentis faiblir
Mais je ne m’en retournai pas.

La meute hurlait si fort, pourtant elle était si faible
Semblable à un océan malade et sourd.
Sur ta tête tu portais des épines aiguës,
Tu ne me regardais pas.

Et sur ton dos,
Tu portais
Toute ma misère.

(Langston Hughes)

Illustration: Annibale Carracci

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Tu me seras fidèle (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018




    
Ô mon Dieu,
Tu donnes la lumière, la joie de Toi pendant le jour,
mais pendant la nuit, simplement, fidèlement, sans joie ni lumière, Tu es là.

Dans ma fatigue à ras de terre,
quand je suis trop faible pour aimer Dieu ni homme.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans mon usure, quand je ne vois plus clair, que mon cœur se refroidit,
que ma dernière vertu à bout de forces s’assoupit et somnole comme une vieille femme.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans ma nuit la plus noire, dans le gouffre terrible où Dieu se renverse,
où la foi s’écroule comme un château de nuages, où il n’y a plus trace d’espérance sur la terre comme au ciel.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Dans la mort où tout disparaît, dans la nuit de la mort
où l’âme n’a plus ni espace, ni temps, dans le rien où je ne trouverai plus moi ni personne.
Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle.

Amen

(Marie Noël)

 

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