Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘faîte’

Exil (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



Illustration
    

Exil

III

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette splendeur,
« Et comme un haut fait d’armes en marche par le monde,
comme un dénombrement de peuples en exode,
comme une fondation d’empires par tumulte prétorien, ha !
comme un gonflement de lèvres sur la naissance des grands Livres,
« Cette grande chose sourde par le monde
et qui s’accroît soudain comme une ébriété.

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette grandeur,
« Cette chose errante par le monde,
cette haute transe par le monde,
et sur toutes grèves de ce monde,
du même souffle proférée, la même vague proférant
« Une seule et longue phrase sans césure à jamais inintelligible…

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette fureur
« Et ce très haut ressac au comble de l’accès,
toujours, au faîte du désir,

la même mouette sur son aile, la même mouette sur son aire,
à tire-d’aile ralliant les stances de l’exil,
et sur toutes grèves de ce monde, du même souffle proférée,
la même plainte sans mesure
« A la poursuite, sur les sables, de mon âme numide… »

Je vous connais, ô monstre ! Nous voici de nouveau face à face.
Nous reprenons ce long débat où nous l’avions laissé.
Et vous pouvez pousser vos arguments comme des mufles bas sur l’eau :
je ne vous laisserai point de pause ni répit.
Sur trop de grèves visitées furent mes pas lavés avant le jour,
sur trop de couches désertées fut mon âme livrée au cancer du silence.

Que voulez-vous encore de moi, ô souffle originel ?
Et vous, que pensez-vous encore tirer de ma lèvre vivante,
Ô force errante sur mon seuil,
ô Mendiante dans nos voies et sur les traces du Prodigue ?

Le vent nous conte sa vieillesse, le vent nous conte sa jeunesse…
Honore, ô Prince, ton exil !
Et soudain tout m’est force et présence, où fume encore le thème du néant.

« … Plus haute, chaque nuit, cette clameur muette sur mon seuil,
plus haute, chaque nuit, cette levée de siècles sous l’écaille,
« Et, sur toutes grèves de ce monde, un ïambe plus farouche à nourrir de mon être !…

« Tant de hauteur n’épuisera la rive accore de ton seuil,
ô Saisisseur de glaives à l’aurore,
« Ô Manieur d’aigles par leurs angles,
et Nourrisseur des filles les plus aigres sous la plume de fer !

« Toute chose à naître s’horripile à l’orient du monde,
toute chair naissante exulte aux premiers feux du jour !
« Et voici qu’il s’élève une rumeur plus vaste par le monde, comme une insurrection de l’âme…

« Tu ne te tairas point clameur !
que je n’aie dépouillé sur les sables toute allégeance humaine.
( Qui sait encore le lieu de ma naissance ? ) »

(Saint-John Perse)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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Ma parole (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



 

Ma parole
est faite
du bruissement
de toutes les autres

(Bernard Mazo)

Illustration: Melissa Launay

 

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PAYS DE NEIGE ET DE GLACE (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Nicholas Roerich 02 big

PAYS DE NEIGE ET DE GLACE

« Ce lieu… cette région antérieure que
nous ne pouvons désigner que sous le voile
du  » non « , comme néant, mais néant qui
serait aussi le voile de l’être… »
(Blanchot)

Parvenu en ce lieu
où la blancheur est évidente
ici dans les montagnes
où le froid mon élément
me ceint d’éternité

parvenu en ce lieu
haut faîte du néant
où « je » n’a pas de sens
où le moi extatique
est seul avec sa solitude

se brûler la cervelle ?

*

MOUNTAIN AND GLACIER WORLD

« That place… that furthermost region we
can designate only in negative terms as a
nothingness, but a nothingness which is also
the veil of being. »
(Blanchot)

Arrived at this point
where the whiteness is manifest
here in the mountains
where the coldness my element
surrounds me with eternity

arrived at this point
the high crest of nothingness
where the « I » has no meaning
and the self is ecstatically
alone with its aloneness

shall I blow out my brains?

(Kenneth White)

Illustration: Nicholas Roerich

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Le corps sait (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017




 Illustration
    
Le corps sait : de la terre
à l’azur son travail est de brûler.
Corps toujours assoiffé : blanche
toile de sang. Au faîte du silence.
Comme s’il n’y avait même pas de lèvres
ou d’oreilles pour l’écouter.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Ce palais (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2017



Ce palais dont le faîte touchait au ciel
et dont les rois eux-mêmes baisaient le seuil,
j’ai vu sur ses ruines un coucou
perché, qui criait: “Où? où? où?”

(Omar Khayam)

 Illustration

 

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La Chasse (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2016



Le quadrige, au galop de ses étalons blancs,
Monte au faîte du ciel, et les chaudes haleines
Ont fait onduler l’or bariolé des plaines.
La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs.

La forêt masse en vain ses feuillages plus lents;
Le Soleil, à travers les cimes incertaines
Et l’ombre où rit le timbre argentin des fontaines,
Se glisse, darde et luit en jeux étincelants.

C’est l’heure flamboyante où, par la ronce et l’herbe,
Bondissant au milieu des molosses, superbe,
Dans les clameurs de mort, le sang et les abois,

Faisant voler les traits de la corde tendue,
Les cheveux dénoués, haletante, éperdue,
Invincible, Artémis épouvante les bois.

(José-Maria de Hérédia)

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Au faîte d’un arbre (Guy Créquie)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2016



au faîte d’un arbre
un écho d’oiseau criard
quoi quoi quoi

(Guy Créquie)

Illustration

 

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Les grands pins (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Les grands pins

Les grands pins, vous êtes pour moi semblables à la mer.
La rythmique lenteur de vos balancements,
Vos grands sursauts quand vous luttez contre le vent,
Vos rages soudaines,
Vos révoltes,
Ces grandes secousses qui jaillissent de vos racines,
De vos racines inébranlables,
Et tout le long du tronc,
Tout au long du centre résistant
(Les secousses qui s’amortissent dans les racines, dans
le tronc, où tout meurt dans la paix et le calme.)
S’en vont mourir à votre surface
Dans le vert glauque des feuillages
Qui frémissent au vent dur
Et votre faîte se renverse comme une tête cabrée.
Chaque tête de la forêt frémit,
Mais d’un frisson intérieur
Qui circule à travers le bois élastique des troncs
(tendus)
Dans la grande masse de la forêt
De sorte que c’est bien semblable à la mer.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

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DOUCEUR DU SOUVENIR (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2016



DOUCEUR DU SOUVENIR

Souvenir ! ô douceur d’un amour qui s’achève !
Souvenir ! ô douceur d’un songe qui n’est plus
Rappel triste, en marchant, d’anciens vers qu’on a lus;
Écume de la mer dont s’argente la grève.

L’église a disparu, mais la cloche on l’entend !
Souvenir ! ô douceur de la convalescence !
Charme de la sourdine et de la réticence
Qui font paraître au loin le rythme plus chantant.

L’amour fini ressemble à la mélancolie
Du soir; au pied du mont, quand la flore est cueillie,
Il ne faut pas plus loin fatiguer ses genoux,

Ni trop s’époumoner à monter jusqu’au faîte,
Car, après tout, l’amour qui mit notre âme en fête
S’il eût été plus long aurait été moins doux

(Georges Rodenbach)

Illustration: Leonid Afremov

 

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Sa douleur (Dominique Grandmont)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2016




Sa douleur
faite
terre.

(Dominique Grandmont)

Illustration: Michel-Ange

 

 

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