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Poésie

Posts Tagged ‘familière’

L’araignée familière (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



l’araignée familière
attend la fin du monde
elle a déjà conquis
le silence des astres

un frisson de lumière
annonce le désastre
et la chute des ombres

la fileuse a rompu
le fil de la mémoire

(Jean-Claude Pirotte)

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MESSAGE DU PAYS NATAL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018



 


MESSAGE DU PAYS NATAL

Te souviens-tu, quand tu étais enfant,
Que rien dans le monde ne te semblait étrange ?
Tu percevais, pour la première fois, des formes déjà familières,
Et tu savais en les voyant que tu avais toujours connu
Le lichen sur le roc, les feuilles de fougère, les fleurs du thym,
Comme si les éléments nouvellement rencontrés dans ton corps,
Pris dans le tourbillon éphémère de ton être,
Gardaient la réminiscence d’un état antérieur,
Retenaient en toi le souvenir du nuage et de l’océan,
L’arbre qui s’éploie, la flamme qui danse.

Aujourd’hui, quand l’obscurité de la nature te paraît étrange,
Et que tu marches, étrangère, dans les rues des villes,
Souviens-toi que la terre t’a aspirée en elle avec l’air, avec les rayons du soleil,
T’a étendue endormie dans ses eaux, pour rêver
Avec la truite brune parmi les racines de la millefeuille,
T’a façonnée avec la substance de l’étoile et de l’océan,
T’a conçue à la même source
Que le soleil et le feuillage, le poisson et la rivière.

De toutes les choses créées la source est unique,
Simple, une comme l’amour ; rappelle-toi
La cellule, la graine de vie, la sphère
Qui est l’enfant, l’oiseau blanc, la libellule bleue,
La fougère verte, la tormentille d’or à quatre pétales,
Le souvenir ultime.
Chaque cellule latente engendre un avenir,
Déplie sa complexité différente.
Comme un arbre étend ses feuilles, et tisse son destin,
Empreinte de fougère, plume d’oiseau, écaille de poisson.
La mousse propage sa croûte verte sur la tourbe,
Le germe de la libellule prend vie et s’envole
Comme de la boue éclôt le nénuphar sur sa tige visqueuse
Pour ouvrir son doux calice blanc vers le ciel.
L’homme, devant s’éloigner plus de sa simplicité,
Se sépare du marais archaïque, du poisson et du nénuphar,
Et entreprend son long voyage dans l’exil.

Alors que tu abandonnes l’Eden, souviens-toi du pays natal,
Car tant que tu replonges dans ton propre être
Tu ne seras pas seule ; les premiers à t’accueillir
Seront ces enfants jouant près du ruisseau,
Les loutres nageront vers toi dans la baie,
Le chevreuil courra près de toi sur la lande.
Souviens-toi mieux, et les oiseaux apparaîtront,
Les bancs de poissons argentés viendront à ta rencontre.
Plus obscures, plus étranges, des vies plus mystérieuses
Se grouperont autour de toi près de la source
Où les profondes racines de l’arbre boivent à l’abîme.

Rien dans cet abîme ne t’est étranger.
Dors à la racine de l’arbre, où la nuit est tissée
Dans l’étoffe des mondes, écoute le vent,
Les marées, les harmonies de la nuit, et reconnais
Tout ce que tu as connu avant de commencer à oublier,
Avant de te détacher de ton propre être,
Avant d’avoir été trop longtemps séparée de ces autres
Enfants plus simples, qui sont restés au pays
Dans les prairies, les îles, les forêts, à la mer, à la rivière.
La terre envoie l’amour d’une mère à son fils exilé,
Confiant son message à la lumière, à l’air,
Au vent, aux vagues qui portent ton navire, à la pluie qui tombe,
Aux oiseaux qui t’appellent, et à tous les bancs de poissons
Qui nagent dans les eaux natales de l’océan.

***

MESSAGE FROM HOME

Do you remember, when you were first a child,
Nothing in the world seemed strange to you?
You perceived, for the first time, shapes already familiar,
And seeing, you knew that you have always known
The lichen on the rock, fern-leaves, the flowers of thyme,
As if the elements newly met in your body,
Caught up into the momentary vortex of your living
Still kept the knowledge of a former state,
In you retained recollection of cloud and ocean,
The branching tree, the dancing flame.

Now when nature’s darkness seems strange to you,
And you walk, an alien, in the streets of cities,
Remember earth breathed you into her with the air, with the sun’s rays,
Laid you in her waters asleep, to dream
With the brown trout among the milfoil roots,
From substance of star and ocean fashioned you,
At the same source conceived you
As sun and foliage, fish and stream.

Of all created things the source is one,
Simple, single as love; remember
The cell and seed of life, the sphere
That is, of child, white bird, and small blue dragon-fly
Green fern, and the gold four-petalled tormentilla
The ultimate memory.
Each latent cell puts out a future,
Unfolds its differing complexity.
As a tree puts forth leaves, and spins a fate
Fern-traced, bird-feathered, or fish-scaled.
Moss spreads its green film on the moist peat,
The germ of dragon-fly pulses into animation and takes wing
As the water-lily from the mud ascends on its ropy stem
To open a sweet white calyx to the sky.
Man, with farther to travel from his simplicity,
From the archaic moss, fish, and lily parts,
And into exile travels his long way.

As you leave Eden behind you, remember your home,
For as you remember back into your own being
You will not be alone; the first to greet you
Will be those children playing by the burn,
The otters will swim up to you in the bay,
The wild deer on the moor will run beside you.
Recollect more deeply, and the birds will come,
Fish rise to meet you in their silver shoals,
And darker, stranger, more mysterious lives
Will throng about you at the source
Where the tree’s deepest roots drink from the abyss.

Nothing in that abyss is alien to you.
Sleep at the tree’s root, where the night is spun
Into the stuff of worlds, listen to the winds,
The tides, and the night’s harmonies, and know
All that you knew before you began to forget,
Before you became estranged from your own being,
Before you had too long parted from those other
More simple children, who have stayed at home
In meadow and island and forest, in sea and river.
Earth sends a mother’s love after her exiled son,
Entrusting her message to the light and the air,
The wind and waves that carry your ship, the rain that falls,
The birds that call to you, and all the shoals
That swim in the natal waters of her ocean.

(Kathleen Raine)

Illustration: Edouard Boubat

 

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ENERGIE REVEUSE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




ENERGIE REVEUSE

Une énergie rêveuse
s’en prend à la promenade
aux montées d’escaliers blonds
à ce présent qui les redécouvre
le monde s’évertue
une tenace illusion
fait mouvoir les marteaux
et conserver
la cuirasse d’acier aux lueurs familières
le lit d’où montèrent
des soupirs

et que dore un rayon ancien.
Les machines usinières
gémissent aux aurores
jusqu’à l’éclatement possible des atomes,

(Jean Follain)

 

 

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Tes mains (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




Tes mains

Lorsque tes mains s’envolent,
mon amour, vers les miennes,
que m’apporte leur vol ?
Pourquoi s’être arrêtées
brusquement sur ma bouche,
se faisant familières
comme si lors, avant,
je les avais touchées,
comme si avant d’être
elles avaient couru
sur mon front, sur ma taille ?

Leur douceur s’avançait
en volant sur le temps,
sur la mer, la fumée,
sur le printemps aussi,
et quand tu as posé
tes mains sur ma poitrine,
j’ai reconnu ces ailes
de colombe dorée
reconnu cette argile,
cette couleur de blé.

J’ai passé mes années
à marcher, les quêtant.
J’ai franchi les récifs,
gravi les escaliers,
les trains m’ont emmené,
les eaux m’ont ramené,
dans la peau du raisin
je croyais te palper.
Le bois m’a apporté
un beau jour ton contact,
l’amande m’annonçait
ta secrète douceur,
lorsque sur ma poitrine
tes mains se sont fermées
et là comme deux ailes
ont fini leur voyage.

(Pablo Neruda)

Illustration: Partarrieu

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Mélancolie (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018




Allez-vous en d’où vous venez,
Importune Mélancolie ;
On ne vous a pas appelée :
Vous devenez trop familière !

Avec vous Souci vous menez,
Ma porte vous sera fermée :
Allez-vous en d’où vous venez,
Importune Mélancolie.

C’est que vous torturez mon coeur
Quand vous lui tenez compagnie ;
Prenez congé, je vous en prie,
Retirez-vous à tout jamais.
Allez-vous en d’où vous venez !

(Charles d’Orléans)

Illustration: Jeannie Lynn Paske

 

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La belle femme d’antan (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2018



La belle femme d’antan

Je voudrais la revoir, cette femme d’antan, si belle!
II n’y avait que charme et tendre féerie en elle.
Quand nous nous promenions tous trois au bord des champs
Dans la boue, elle était sérieuse et gaie en même temps.
Sitôt qu’elle me regardait, un frisson me prenait.
Mais cette femme, c’est ne pas l’aimer que je voudrais!
Ne pas l’aimer, seulement la revoir, pas davantage,
La voir au soleil, rêvant au jardin, dans les feuillages,
Un livre dans les mains, fermé contre elle qui contemple
Dans l’automne alentour les feuillages épais qui tremblent.
Elle sous la tonnelle chuchotante, elle se lève,
Soudain hésite, et puis se ravisant, comme en un rêve,
Va plus loin que les fleurs du jardin sur la grande route,
La route qui l’attend et qui l’emmènera sans doute,
Avec les arbres tout au long qui lui diraient adieu.
Comme l’enfant veut voir sa mère morte, moi je veux
Revoir cette femme d’antan lointaine et familière,
Je veux la voir qui disparaît, belle dans la lumière.

(Attila Jozsef)


Illustration: Anne-François-Louis Janmot

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La bougie (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



La bougie

Sur une petite table ronde, à côté de mon lit,
Ma Grand-mère posa une bougie.
Trois baisers elle me donna,
Les appelant trois rêves,
Et me borda comme j’aimais être bordée.
Puis elle quitta la chambre et referma la porte.
Je ne bougeai pas, attendant que mes trois rêves parlent,
Mais ils restèrent silencieux.
Soudain je me rappelai lui avoir rendu ses trois baisers.
Peut-être par mégarde lui avais-je donné mes rêves…
Je m’assis toute droite dans le lit.
La chambre s’agrandit, devint plus vaste qu’une église;
L’armoire à elle seule était plus haute qu’une maison
Et la cruche sur le lavabo m’adressa un sourire:
Un sourire peu amical.
Je regardai la chaise d’osier sur laquelle
Mes vêtements reposaient pliés.
Elle craqua comme si elle se tenait aux aguets.
Peut-être allait-elle s’animer, s’habiller de mes vêtements.
Mais le pire c’était la fenêtre:
Impossible d’imaginer ce qu’il y avait dehors.
Pas d’arbre en vue, de cela j’étais sûre,
Pas de plante familière ni d’allée de gravier rassurante.
Pourquoi baissait-on le store chaque nuit?
Il fallait que je sache.
Serrant les dents, je sortis du lit;
A travers une fente du store je jetai un coup d’oeil:
Il n’y avait rien à voir
Que des centaines de bougies clignotant dans le ciel
A la mémoire d’enfants apeurés.
Je me recouchai.
C’est alors que les trois rêves se mirent à chanter.

***

The candle

By my bed, on a little round table
The Grandmother placed a candle.
She gave me three kisses telling me they were three dreams
And tucked me in just where I loved being tucked.
Then she went out of the room and the door was shut.
I lay still, waiting for my three dreams to talk ;
But they were silent.
Suddenly I remembered giving her three kisses back.
Perhaps, by mistake, I had given my three little dreams.
I sat up in bed.
The room grew big, oh, bigger far than a church.
The wardrobe, quite by itself, as big as a house.
And the jug on the washstand smiled at me:
It was not a friendly smile.
I looked at the basket-chair where my clothes lay folded:
The chair gave a creak as though it were listening for something
Perhaps it was coming alive and going to dress in my clothes.
But the awful thing was the window :
I could not think what was outside.
No tree to be seen, I was sure,
No nice little plant or friendly pebbly path.
Why did she pull the blind down every night?
It was better to know.
I crunched my teeth and crept out of bed,
I peeped through a slit of the blind.
There was nothing at all to be seen.
But hundreds of friendly candles all over the sky
In remembrance of frightened children.
I went back to bed…
The three dreams started singing a little song.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Christine Pultz

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Je ne t’avais pas promis (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



 

Alexandre Pavlenko  (15) [1280x768]

Je ne t’avais pas promis

Je ne t´avais pas promis
De te rencontrer un jour
Par hasard ou par envie,
Simplement, d´un peu d´amour

Je ne t´avais pas promis
Qu´ensemble nous dormirions,
Un peu plus que des amis
Un peu moins qu´une passion

Et pourtant, jour après nuit
Tu deviens plus familière
Quand tu es loin, je m´ennuie
Quand tu es là, tout s´éclaire

Je ne t´avais pas promis
De rêver les yeux ouverts
Devant ton corps endormi
Qui semblait encore offert

Je ne t´avais pas promis
De te dire un jour « Je t´aime »
Et lorsque je te l´ai dit
J´en étais surpris moi-même

Et pourtant…

Tu ne m´avais pas promis
La volupté, la tendresse
Que l´amour a réuni
Beaucoup mieux qu´une promesse

(Georges Moustaki)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

 

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J’ai tant de choses à te dire (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017




J’ai tant de choses à te dire
Que je n’aurai jamais fini
De te parler, de te sourire
Pour essayer, d’être compris.

Mais elles s’embuent de mystère
Comme ta voix et ton sourire,
Comme tes mains dans la lumière,
Les choses que je veux te dire.

Hélas! J’ai beau faire, beau dire,
Il ne me reste qu’à me taire
Et à laisser parler mon coeur

Avec cette voix familière
Qu’il a pour parler du bonheur
Dès que je cherche à te les dire.

(Maurice Carême)

Illustration: Jean-Louis Guianvarch

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PAR-DELÀ LES SIGNES (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2016



PAR-DELÀ LES SIGNES

Écrire c’est maintenant disperser les ombres,
ouvrir les portes en pierre et reposer dans l’air.
Agenouillé près d’une barque ou d’une jarre,
un dieu respire et c’est le vide le plus pur.
Par-delà les signes et à leur commencement,
un sourire, une lueur des choses familières.
Et sur les murs et les doigts, un sable
qui descendrait des nuages et dans le lointain
la forme d’un bras aimant, le rêve de l’autre.

(António Ramos Rosa)

Illustration: Francis Pessin

 

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