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Les Jarretières (Léon Xanrof)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Les Jarretières

Le rouge va bien sur le noir.
– Quand je m’en irai à Séville
– et que j’aurais quatre douros,
– j’achèterai des jarretières pour ma belle.

J’achèterai des jarretières rouges,
– avec une devise brodée,
– et je les attacherai moi-même
– sur la cuisse ronde, au-dessus du genou.

La fille que j’aime a de la nuit dans les cheveux,
– et du soleil sur la peau dorée ;
– Ses seins droits ont la pointe sanglante :
– ils ont blessé tant de coeurs…

Ses yeux sont des étoiles noires ;
– sa bouche, une grenade mûre et parfumée ;
– ses dents, des perles sans tache…
– Ce n’est pourtant rien de cela que j’aime.

Ce qui me rend fou d’amour,
– c’est la courbe gracieuse de sa jambe,
– qu’emprisonne la soie noire,
– à travers laquelle transparaît la chair rose.

Lorsqu’elle danse le fandango,
– et que je l’accompagne sur ma guitare,
– toutes les filles sont jalouses d’elle,
– et tous les garçons de moi.

Par le Christ ! Lorsque sa jambe nerveuse,
– plie et bondit avec des tournoiements,
– noire dans l’envolement blanc des jupes,
– je deviens fou et ne sais plus ce que je joue.

En mon coeur s’allume le désir,
– et je voudrais enlever ma belle et l’emporter,
– la couvrir de caresses folles et troublantes,
– et me griser de ses baisers embaumés.

Car ce que j’aime en ma brune,
– ce n’est pas le flot noir et plein de reflets de sa chevelure,
– ni son oeil caché sous la paupière comme une guêpe dans une rose :
– C’est la rondeur de sa jambe et la petitesse de son pied.

Lorsque j’aurai quatre douros, j’irais à Seville,
– et j’achèterai pour ma maîtresse des jarretières,
– que je veux attacher moi-même au-dessus du genoux.
– Le rouge va si bien sur le noir !

(Léon Xanrof)

 Illustration: Tatieva 

 

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LA PETITE GITANE (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2016



 

LA PETITE GITANE
(La gitanilla)

Merveilleusement elle dansait. Les diamants
noirs de ses yeux répandaient leur éclat;
beau était son visage, aussi beau
que celui des gitanes de Miguel Cervantès.

D’oeillets rouges éclatants s’ornait
Ie cercle obscur du casque des cheveux;
et la tête, assurée sur le bronze du cou,
avait la patine des heures vagabondes.

Les guitares disaient sur leurs cordes sonores
les vagues aventures et les heures errantes;
les fandangos volaient et l’oeillet embaumait;

la gitane, enivrée de luxure, de tendresse,
sentit que tombait au sein de son corsage
le beau louis d’or de l’artiste de France.

(Ruben Dario)

Illustration: Yann Rivron

 

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