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Poésie

Posts Tagged ‘fané’

Fanée (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Christian Seybold  
    
Fanée

Légère, comme après sa mort,
elle a mis des gants, une écharpe.
Un parfum de sa commode
a chassé la chère odeur

à laquelle autrefois elle se découvrait.
Depuis longtemps elle ne s’interroge
plus : Qui suis-je ? (une parente éloignée),
et, perdue dans ses pensées,

elle s’affaire, prenant soin
de sa chambre inquiète qu’elle arrange
et ménage, parce que peut-être
la jeune fille d’autrefois l’habite encore.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Christian Seybold  

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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NUITS (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration
    
NUITS

Des nuits parfois sont mornes.

Les jardins n’ont plus d’odeur
Il n’est plus de frisson aux feuilles
Le ciel bas est plus rouge entre tant de portiques
Les places sont hantées de spectrales statues
Qui passe en vain s’y hâte.

Des nuits s’appesantissent à l’égal de nos jours.

Nuits d’une vieille ville
Trop vieille
Sans oiseaux sans licornes
Sans cavaliers ni dames folles
Ni faons blessés ni biches ni loups-cerviers
Ni sang frais sur les murs des palais ancestraux.

Les jeux de mains les jeux de mots sont feux
Jeux de mots jeux de mains où l’amour s’égarait
Parmi les cascades les lucioles les pierreries
La mousse des dentelles rompues
Les écharpes de soie jetées sur des yeux fiers
Les rires sous les pluies de pétales.

Nuits comme un théâtre de velours défunt
Où s’exaltent nos souvenirs diminués.

Matins étayés de béquilles.

Il reste un goût de cendre et de pourri
Un goût de fleurs croupies d’eaux fanées
Ce goût d’être déçu qui nous plaît plus que tout.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: L’âge de craie suivi de Dans les années sordides Astyanax et Le Point où j’en suis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA ROSE QUI DURE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA ROSE QUI DURE

… A peine le dos tourné
Que l’horloge va plus vite.
Le temps voleur en profite
Aussitôt pour me flouer
De quelque riche minute.

À peine un jour commencé
Lisse au coeur, doux au toucher
Qu’un autre invente sa chute,
Je le vois s’effilocher
Le front bas et l’oeil poché.

Et quand mes paumes retiennent
Des perles dans mes années
Je retrouve les colliers,
Tout poussiéreux et fanés
Au bout de quelques semaines.

Le haut mur de la cité
Que soutenaient mes colonnes
Quel mistral me l’a soufflé
Comme une brume d’automne ?

Adieu, jardins fugitifs,
Amours, saisons, écritures
Et musiques passagères
Qu’écrase l’ombre des ifs !

Moi, je veux la fleur sévère,
Je veux la fleur inventée.
J’invente la fleur qui dure
Et s’appelle éternité.

(Norge)

 

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Un jour clair (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




    
Un jour clair le vent, d’un parfum de jasmin,
efffeura mon coeur.

— En échange de cet arôme
je veux tout l’arôme de tes roses.

– je n’ai point de roses; il n’y a pas
de fleurs en mon jardin; toutes, elles sont mortes.

j’emporterai les sanglots des fontaines,
les feuilles jaunes, les pétales fanés.

Et le vent s’enfuit… Mon coeur saignait…
Anne, qu’as-tu fait de ton pauvre verger?

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Mobilisation générale, 1914. (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



    

Mobilisation générale, 1914.

Ils marchaient en chantant
vers Berlin
via la gare de l’Est
fleur au fusil
La belle guerre en poésie
sous les vivats
de ceux qui ne la feraient pas!

La nuit, dans un wagon de marchandises
les fleurs se desséchaient
à la bouche d’acier muette
des canons noirs glacés
les corps fanés mêlaient leurs rouges pantalons
avant d’être couchés ailleurs
mêlant d’autres rougeurs
balle au fusil

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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VIEUX ÉVENTAILS (Max Waller)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



VIEUX ÉVENTAILS

J’aime les éventails fanés
Dont le lointain passé chagrine :
Dans le tombeau de leur vitrine
Ils dorment, les abandonnés !

D’où viennent-ils ? Quelles mains blanches
Les ont balancés, autrefois,
Dans les tête-à-tête du bois
Où le soleil dorait les branches ?

Quels sont les doigts très effilés
Qui les ouvraient, dites, grand’mères ?
De quelles amours éphémères
Ont-ils vu les chers défilés ?

Combien de tendres confidences
Ont-ils entendu, — doux secrets !
Les vieux éventails sont discrets
Au souvenir des contredanses,

Où doucement, très doucement,
Avec quelque nuance exquise
Le marquis disait en… mimant :
« Ne veux-tu pas être marquise ? »

(Max Waller)

Illustration

 

 

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CAMPAGNE (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



Photographie

CAMPAGNE

Le soir meurt
comme un humble foyer qui s’éteint.

Là-bas, sur les montagnes,
il reste quelques braises.

Et cet arbre brisé sur le chemin tout blanc
fait pleurer de pitié.

Deux branches sur le tronc blessé, et une
feuille fanée et noire sur chaque branche!

Tu pleures?… Entre les peupliers d’or,
au loin, l’ombre de l’amour t’attend.

(Antonio Machado)

 Illustration

 

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DISGRACE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Goyō Hashiguchi
    
DISGRACE
Inconnu

Mon âme est comme dissoute,
tant j’ai laissé couler de larmes, sur ma couverture de gaze ;
et la cruelle insomnie ne me laisse pas rêver.

Malgré la nuit avancée, une musique et des chants,
retentissent dans un pavillon, proche du mien.
Mon teint n’est pas fané encore…

Pourquoi donc l’Empereur ne m’aime-t-il plus ?…
Ainsi, jusqu’au jour, douloureusement,
je m’interroge, assise auprès du brasero…

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Il restera de toi… (anonyme?)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018




    
Il restera de toi
ce que tu as donné.
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés.

Il restera de toi de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée.
Ce que tu as donné
En d’autres fleurira.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

Il restera de toi ce que tu as offert
Entre les bras ouverts un matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu as perdu
Que tu as attendu plus loin que les réveils,
Ce que tu as souffert
En d’autres revivra.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton coeur.
Il restera de toi ce que tu as semé
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé
En d’autres germera.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

(anonyme)

 

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LENDEMAIN DE FÊTE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Illustration: Beatrice Lotta
    
LENDEMAIN DE FÊTE

Qu’as-tu donc ce matin, chère? Tu n’es pas gaie.
Parce que ta frimousse est un peu fatiguée,
Ta lèvre un peu pâlie et ton front un peu lourd.
Vas-tu me reprocher d’avoir bu trop d’amour?

Laisse là ton miroir où tu me fais la moue.
Que veux-tu, moi qui n’ai point de rose à la joue,
Comme toi je-ne puis être pâle au réveil.
Est-ce ma faute, à moi, si mon cuir peu vermeil,

Lui que le travail tanne et que le soleil dore.
Est plus solide au feu que ta fraîcheur d’aurore?

C’est vrai, tu gardes, toi, les traces de la nuit.
Mais cet air fatigué, tu crois donc qu’il te nuit ?
Non. Je t’aime encor mieux en ta paresse lasse,
Et ta défaite, enfant, te donne plus de grâce.

Sur tes lèvres de fraise, où courait un sang pur,
L’âpre fièvre a passé comme un glacis d’azur;
Et mes baisers ardents, qui les ont calcinées,
Font de ces roses des violettes fanées.

La pâleur de ton front mystérieux me plaît.
Ton visage aujourd’hui semble pétri de lait.
Le noir qui sous tes yeux met son estompe brune
Est comme un chaud nuage à l’entour de la lune.

Reste! je t’aime ainsi, quand ton regard mouillé
A l’air d’un fou qui rêve et dort tout éveillé,
Quand ton corps alangui s’abandonne à ta hanche
Comme un beau fruit trop mûr qui fait ployer sa branche,

Quand ta gorge palpite et ne peut s’apaiser.
Quand tu semblés prête à mourir sous un baiser.
Reste! je t’aime ainsi. Reste, ma pauvre chatte.
Pose bien sur mon cœur ta tête délicate,

Enlace-moi de tes deux bras mis à mon cou,
Et dors dans mon giron, chère, dors un grand coup.
Ferme tes yeux, ainsi qu’une fleur son calice.
Dors, je te bercerai, je ferai la nourrice.

Et je fredonnerai, sur des rythmes très lents,
Les chansons que l’on chante aux tout petits enfants.

(Jean Richepin)

 

 

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