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Poésie

Posts Tagged ‘farouche’

AH ! TE CLOUER … (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022




    
AH ! TE CLOUER …

Ah ! te clouer sur cette marge de vieux silence où
se tarit le coeur
mon bel oiseau de prairie, d’orage et de mousse bleue mon
bel oiseau criblé de soleil

Te laisser devenir cette fraîcheur envahissante
ce tiède refuge à la naissance de ta nuque
et ce lac de montagne où mon oeil coule à pic
Te rêver fougère arborescente, puis, au-delà du rêve,
te décimer farouchement pour que jaillissent
des clairières où t’aimer au milieu du jour
ma fille de miel et d’ambre.

(Jean Orizet)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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CHANSON (Dan Andersson)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022




Illustration: Alain Boissel

    

CHANSON

Quand naquit mon amour, c’était sur les rivages
des eaux dansantes d’un torrent
par une claire nuit de nordique printemps,
par une de ces nuits de mes jeunes années
où je buvais le miel sauvage
sur les prés couverts de rosée.

Quand naquit mon amour, c’était sur les rivages
du Païso torrentueux
où sautait le saumon et chassait le brochet ; et
de ses froides eaux qui roulaient avec rage,
farouchement voluptueux,
un chant irréel s’élevait.

Et ce chant bouillonnait tout le long de mes veines
chaque fois qu’un nouveau printemps
venait remettre à neuf un peu de l’âme humaine ;
et dans le monde entier retentissait ce chant
chaque fois que mystérieux
un printemps descendait des cieux.

Mais jamais plus, hélas, je n’aimerai
comme en ces jours lointains, comme aux bords enchantés
des eaux claires du Païso.
Mon amour se fait vieux, mon amour se fait gris,
mon amour ne sait plus du tout
cueillir le miel sauvage au coeur profond des nuits.

(Dan Andersson)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction: J.-V. Pellerin
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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VIVRE SEUL (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2022



VIVRE SEUL

Vivre seul ai-je dit mais ce mur blanc
Face au soleil dont le crépi s’écaille
Comme la croûte du lait cuit dans une jarre
Me rappelle une faim qui n’a rien de naïf.

Vivre seul ? Mais ce bel olivier qui s’agite
Au vent frais de la côte et qui m’offre ses fruits
Gonflés d’huile, nombreux comme un essaim d’abeilles
Me rappelle une foule autrement agitée.

Vivre seul ? Mais la mer à mes pieds étalée
Comme un plat d’émail bleu qui ne sert qu’au regard
Me rappelle une pauvre et farouche douleur
Perdue au gouffre azur d’une ville fardée.

(Franz Hellens)

Illustration: ArbreaPhotos

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IDOLES (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2022



Illustration: Philippe de Champaigne
    

IDOLES

Amour, je t’ai d’abord
Gavé de chair et d’or
Comme un César farouche;
Incube au sein pesant, Ton
baiser épuisant A fatigué
ma bouche.

Je t’ai revu, sanglant, Tu
marchais, chancelant
Sous la terrible équerre;
Messie au flanc percé,
À tes pieds j’ai versé

Tout le nard de la terre.
Tu souris, pâle et beau : Ta
chair m’est un flambeau Fait
de cire et de flamme;
J’étreins, délice nu,
Ton visage inconnu
Identique à mon âme.

Je te verrai, pensif,
Sur le dernier récif,
Doux naufrageur des choses;
Sombre dieu sans dévots,
Quelque nuit tes pavots
Me guériront des roses.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le même nom (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2022




Sur le tronc farouche
De l’arbre sauvage
Et le tronc raffiné
De l’arbre fruitier
Je grave le même nom

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

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LES VIGNES SONT GELEES… (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2022




    
LES VIGNES SONT GELEES…

La vendange s’annonçait belle
Et l’espoir, pour nous,
En sourires de fleurs nouvelles
S’ouvrait au bout des jeunes pousses,
Mais, cette nuit, la lune rousse
A fait de ses coups !

Mon bel ami, les vignes sont gelées !
Tes deux arpents si verts sur le coteau,
Faut pas y songer !
Si l’on ne boit pas de vin cette année,
On boira de l’eau !

Si ta belle vendange est morte
La nuit du grand froid,
Nos vingt ans toujours bien se portent !
Les bourgeons roulent sous les souches
Mais il reste encor sur ma bouche
Des baisers pour toi !

Oui, nous n’irons pas en vendange
Dans les arpents blonds
Lorsque viendra la mi-septembre,
Mais dans le champ de nos caresses,
L’an tout au long, sans fin ni cesse,
Nous vendangerons !

Le vin doux dont l’âme pétille
Ne jaillira pas
Du pressoir aux rondes sébilles,
Mais de ton cœur tendre et farouche,
Comme du creux d’un pressoir rouge
L’Amour jaillira !

(Gaston Couté)

 

 

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LE POÈTE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2021



LE POÈTE

Tant qu’Apollon n’exige du poète
qu’il aille oeuvrer au sacrifice saint,
vous le voyez lâchement englouti
dans les soucis futiles de ce monde.
Sa lyre sainte alors se tait,
son âme endormie est glacée
et parmi les pauvres humains
nul n’est plus que lui démuni.

Mais dès que le verbe du dieu
fait vibrer son ouïe sensible,
l’âme du poète frémit,
pareille à l’aigle qu’on éveille.
Les fêtes du monde lui pèsent,
il fuit l’humaine rumeur,
ne courbe pas sa tête altière
devant les idoles vulgaires,
mais s’enfuit, farouche et sévère,
plein d’émoi, regorgeant de chants,
vers la rive des eaux désertes,
dans l’ample clameur des forêts

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

 

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SOLEIL COUCHANT (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
SOLEIL COUCHANT

Les rayons obliques du soleil
scintillent sur les perles des rideaux.
Les fleurs du printemps resplendissent sur les rives.
Un parfum enivrant.
monte des jardins,
le long du fleuve.
Sur les chalands immobiles
s’allument les feux
pour le repas du soir.
Les moineaux piailleurs
bataillent farouchement
dans les branches.
Une nuée d’insectes a envahi la cour.
Qui a inventé ce vin trouble ?
Un seul verre suffit
à dissiper mille chagrins !

(Du Fu)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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Exercice du matin (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2021



Exercice du matin

Chaque matin sans église
sur le béton farouche
entre l’ignorance et l’amour
je me prosterne
je me prosterne devant rien.

Quand je suis à ma juste place
instant, instincts, intermittences
de lumière et d’aveuglement
je me prosterne
je me prosterne devant tout.

(Henry Bauchau)

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Je respire où tu palpites (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.

L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini

Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.

Sans toi, tout s’effeuille et tombe ;
L’ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t’implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l’étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant :  » Où donc est ma soeur ? »

J’en mourrai ; fuis, si tu l’oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

(Victor Hugo)

Illustration:Edvard Munch

 

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