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BERCEUSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
BERCEUSE

Endormons-nous, petit chat noir.
Voici que j’ai mis l’éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous bois, à de félins museaux…
Moi rêver d’Elle.

Nous n’avons pas pris de café,
Et, dans notre lit bien chauffé
(Qui veille pleure.)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J’oublierai l’heure.

Sous tes yeux fins, appesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttière.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a déchiré
Ma vie entière.

Et ton cauchemar sur les toits
Te dira l’horreur d’être trois
Dans une idylle.
Je subirai les yeux railleurs
De son faux cousin, et ses pleurs
De crocodile.

Si tu t’éveilles en sursaut
Griffé, mordu, tombant du haut
Du toit, moi-même
Je mourrai sous le coup félon
D’une épée au bout du bras long
Du fat qu’elle aime.

Puis, hors du lit, au matin gris,
Nous chercherons, toi, des souris
Moi, des liquides
Qui nous fassent oublier tout,
Car, au fond, l’homme et le matou
Sont bien stupides.

(Charles Cros)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Sensitive (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Sensitive

A peine eus-je revêtu le costume de femme,
que ma sensibilité me causa des tourments affreux.
Je ne parle pas de l’amour, ma pudeur devait me défendre.
Je souffrais par bien d’autres motifs:
au théâtre, la musique me faisait tomber en pamoison;
les émotions du drame me jetaient en des évanouissements prolongés;
le moindre changement de température agissait sur mes nerfs.
Le cigare surtout rendait ma vie amère.

Que de fois n’ai je pas dû subir les insolentes bouffées d’un fat!
Au lieu de me plaindre, on se moquait de moi;
j’étais passée à l’état de femme nerveuse:
personne ne croyait à mes souffrances;
mes amis les plus intimes prétendaient que je me maniérais.

Un magnétiseur célèbre me proposa d’utiliser mon fluide
et de courir la province pour donner des représentations,
lire les yeux fermés, et deviner les maladies
à la seule inspection des cheveux du malade.

Humiliée par cette offre, lasse de voir le ridicule s’attacher à moi,
j’ai pris la résolution de redevenir fleur.
L’haleine douce de la brise, les caresses des papillons,
voilà les seules choses que je puisse supporter.

(J.J. Grandville)

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Dahlia (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Dahlia

Vous voyez en moi, une ex-bouquetière.
Lier des fleurs entre elles,
les vendre à des gens qui marchandaient toujours,
les faire porter à leur adresse,
voilà quelles étaient mes occupations.

Je sais que les hommes ont fait beaucoup de poésie
à propos des bouquetières.
J’ai lu des nouvelles, des romans
où elles jouent un rôle charmant.
Elles favorisent les amours sincères,
elles font échouer les fats,
elles sont au courant de toutes les intrigues.

Hélas! que ces fictions sont loin de la réalité!
Je ne connais pas d’industrie plus triste,
plus remplie de désillusions,
pour me servir d’un mot maintenant fort à la mode sur la terre.
Lasse de voir les femmes recevoir des bouquets de toutes les mains,
et les hommes les plus amoureux descendre des hauteurs de la passion
pour rogner ma note de quelques centimes;
fatiguée d’être poursuivie par de vieux célibataires,
qui m’appelaient prêtresse de Flore
en essayant de me prendre la taille,
j’ai pris le parti de fuir les hommes
et de revenir à mon ancienne condition de simple fleur.

(J.J. Grandville)

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