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CHOSES FATALES (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018



CHOSES FATALES

L’ai-je jamais aimée ou n’est-ce qu’un léger
Caprice qui m’a fait un moment fleurir l’âme ?
Ainsi dans les jardins, sous le soleil en flamme,
Les floraisons d’avril que le vent fait neiger.

Est-ce elle que j’aimais ou l’amour? Que m’importe,
Si j’ai senti mon coeur pavoisé d’un drapeau,
Si j’ai pendant un jour trouvé le ciel plus beau
Et joui des chansons qu’on chantait à ma porte

L’Ame est un palais noir où l’on va tâtonnant,
Où, sans rien pénétrer, on s’ignore soi-même;
Est-ce qu’on sait qu’on croit? Est-ce qu’on sait qu’on aime?

Sur le plateau sans fleurs où je suis maintenant,
Je songe en revoyant la montagne gravie :
Est-ce qu’on vit son rêve, ou rêve-t-on sa vie?

(Georges Rodenbach)


Illustration: David Caspar Friedrich

 

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Au midi des contradictions (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Au midi des contradictions

Il n’y a pas de vague plus fatale que la mer ;
pas d’arbre plus illustre que la forêt.

Ni du limon, ni de l’étoile ;
nous tenons de l’un et l’autre à la fois.
Les contraires embroussaillent nos chemins ;
notre avance se réalise à la lente cadence du choix.

Le souffle court, nous ne marchons que par étapes ;
le regard impatient, nous ne savons pas séjourner.
Avancer, reprendre joie, défier l’obstacle,
peut-être le vaincre, puis aller de nouveau : tels sont nos possibles.
Aimons les rayons d’un soleil menacé ;
qu’il nous soit cher l’étang qui retient sa part de ciel.

Incertains de nos sources, qu’aurons-nous à livrer à la nuit ?
Peut-être ces lueurs qui dénoncèrent l’opaque, peut-être
la trace bleue d’un bonheur qui fuit.

«L’amour est toute la vie », Il est vain de prétendre
qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Ceux qui s’aiment dénouent, en leur saison privilégiée,
toutes les amarres.
Étrange et doux espace.
S’entremêlant, les fleuves chantent déjà la mer.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

Regarder, écouter, c’est un peu la même chose :
une attention passionnée à la transparence de l’ami.

(Andrée Chedid)


Illustration: Sylvie Lohmann   » Pensées Contradictoires »

 

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Faut-il toujours que le matin revienne ? (Novalis)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Faut-il toujours que le matin revienne ?
L’empire de ce monde ne prend-il jamais fin ?
Une fatale activité engloutit les élans divins de la Nuit qui s’approche.
Ne va-t-il donc jamais, le sacrifice occulte de l’Amour, éternellement brûler ?

La lumière a son temps, qui lui fut mesuré ;
mais le royaume de la Nuit est hors le temps et l’espace.
– Et c’est l’éternité que le sommeil a pour durée.
Sommeil sacré ! Ne t’en viens pas trop rarement, durant le terrestre labeur du jour,
combler de tes félicités les adeptes fidèles de la Nuit.

Les insensés uniquement te méconnaissent
et ne savent point d’autre sommeil que l’ombre que tu jettes,
par compassion pour nous, au crépuscule de la nuit évidente.

Ils ne te sentent point dans le flot d’or des grappes
– dans l’huile miraculeuse de l’amandier ou dans la brune sève du pavot.

Ils ne le savent pas, que c’est toi qui nimbes ainsi le tendre sein de la vierge
et nous fais de son cœur un paradis.

Ils ne pressentent pas que, te levant des légendes anciennes,
tu t’avances vers nous, ouvrant le ciel,
et tu portes la clé qui ouvre les demeures de la béatitude,
silencieux messager des infinis mystères !

(Novalis)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

 

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SONNET MADRIGAL (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2016



 

Anne-Marie Zilberman (28)

SONNET MADRIGAL

J’ai voulu des jardins pleins de roses fleuries,
J’ai rêvé de l’Eden aux vivantes féeries,
De lacs bleus, d’horizons aux tons de pierreries;
Mais je ne veux plus rien; il suffit que tu ries.

Car. roses et muguets, tes lèvres et tes dents
Plus que l’Éden, sont but de désirs imprudents,
Et tes yeux sont des lacs de saphirs, et dedans
S’ouvrent des horizons sans fin, des cieux ardents.

Corps musqués sous la gaze où l’or lamé s’étale,
Nefs, haschisch… j’ai rêvé l’ivresse orientale,
Et mon rêve s’incarne en ta beauté fatale.

Car, plus encor qu’en mes plus fantastiques vœux,
J’ai trouvé de parfums dans l’or de tes cheveux,
D’ivresse à m’entourer de tes beaux bras nerveux.

(Charles Cros)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Le Tourbillon (Serge Rezvani)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2016



Le Tourbillon

Elle avait des bagues à chaque doigt,
Des tas de bracelets autour des poignets,
Et puis elle chantait avec une voix
Qui, sitôt, m’enjôla.

Elle avait des yeux, des yeux d’opale,
Qui me fascinaient, qui me fascinaient.
Y avait l’ovale de son visage pâle
De femme fatale qui m’fut fatale {2x}.

On s’est connus, on s’est reconnus,
On s’est perdus de vue, on s’est r’perdus d’vue
On s’est retrouvés, on s’est réchauffés,
Puis on s’est séparés.

Chacun pour soi est reparti.
Dans l’tourbillon de la vie
Je l’ai revue un soir, hàie, hàie, hàie
Ça fait déjà un fameux bail {2x}.

Au son des banjos je l’ai reconnue.
Ce curieux sourire qui m’avait tant plu.
Sa voix si fatale, son beau visage pâle
M’émurent plus que jamais.

Je me suis soûlé en l’écoutant.
L’alcool fait oublier le temps.
Je me suis réveillé en sentant
Des baisers sur mon front brûlant {2x}.

On s’est connus, on s’est reconnus.
On s’est perdus de vue, on s’est r’perdus de vue
On s’est retrouvés, on s’est séparés.
Dans le tourbillon de la vie.

On a continué à tourner
Tous les deux enlacés
Tous les deux enlacés.
Puis on s’est réchauffés.

Chacun pour soi est reparti.
Dans l’tourbillon de la vie.
Je l’ai revue un soir ah là là
Elle est retombée dans mes bras.

Quand on s’est connus,
Quand on s’est reconnus,
Pourquoi se perdre de vue,
Se reperdre de vue ?

Quand on s’est retrouvés,
Quand on s’est réchauffés,
Pourquoi se séparer ?

Alors tous deux on est repartis
Dans le tourbillon de la vie
On a continué à tourner
Tous les deux enlacés
Tous les deux enlacés.

(Serge Rezvani)

Illustration: Fabienne Contat

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L’invisible poison (Alain Grandbois)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015




Les jours
Les jours avec une grande douceur

Glissant dans l’air et sur l’eau

Nouant les chaînes d’oubli
Tissent la tunique de l’absence
Les chansons qu’ils chantaient

Retrouvant l’enfance
Et les matins perdus
Se sont évanouies
Dans les régions foudroyées

Des premiers silences
Ah jours d’ange sournois

Dans quelle musique fatale
Avec votre patience de meurtrier

Versez-vous l’invisible poison

Au cœur le plus fidèle
Qui se réveille assassiné
Devant un trésor recommencé

(Alain Grandbois)

Poète-Poème découverts chez Lara ici

 

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Par une ténébreuse et solitaire route (Edgar Allan Poe)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2015




Par une ténébreuse et solitaire route
Que hantent les seuls mauvais anges,
Où un Eidolon, nommé NUIT,
Roide, sur un noir trône, règne,
J’ai erré avant de récemment revenir
D’une brumeuse, extrême et fatale Thulé.

***

By a route obscure and lonely,
Haunted by ill angels only,
Where an Eidolon, named NIGHT,
On a black throne reigns upright,
I have wandered home but newly
From this ultimate dim Thule.

(Edgar Allan Poe)

Illustration

 

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