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Posts Tagged ‘fatiguée’

« Vous devez être fatiguée… » (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



« Vous devez être fatiguée… » L’employé de la gare me salue
et ces mots résonnent subtilement
dans la langueur de mon coeur

(Tawara Machi)

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TOUJOURS (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




TOUJOURS

Fatiguée du fracas magique des voyelles
Fatiguée d’enquêter avec les yeux levés
Fatiguée de l’attente du je de passage
Fatiguée de cet amour qui n’eut pas lieu
Fatiguée de mes pieds qui ne savent que marcher
Fatiguée de la fuite insidieuse de questions
Fatiguée de dormir et de ne pas pouvoir me regarder
Fatiguée d’ouvrir la bouche et de boire le vent
Fatiguée de soutenir les mêmes viscères
Fatiguée de la mer indifférente à mes angoisses
Fatiguée de Dieu ! Fatiguée de Dieu !
Fatiguée enfin des morts de service
dans l’attente de la soeur aînée
l’autre la grande mort
douce résidence pour tant de fatigue.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Odilon Redon

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LA FAUSSE MORTE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

Brad Kunkle    Sleeper_web-800x436

LA FAUSSE MORTE

Humblement, tendrement, sur le tombeau charmant,
Sur l’insensible monument,
Que d’ombres, d’abandons, et d’amour prodiguée,
Forme ta grâce fatiguée,
Je meurs, je meurs sur toi, je tombe et je m’abats,

Mais à peine abattu sur le sépulcre bas,
Dont la close étendue aux cendres me convie,
Cette morte apparente, en qui revient la vie,
Frémit, rouvre les yeux, m’illumine et me mord,
Et m’arrache toujours une nouvelle mort
Plus précieuse que la vie.

(Paul Valéry)

Illustration: Brad Kunkle

 

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MUR (Toyoichirô Miyoshi)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



 

Edouard Vuillard 1891 The Green Interior or Figure in front of a Window with Drawn Curtains oil on cardboard

MUR
KABE

Mur Compagnon de mes nuits solitaires
À toi je confie tous mes rêves passés
Sur toi s’étirent se ramassent des ombres étranges changeantes et tristes

Mon mur souvent se couvre ou s’éclaircit
Et un jour gris dans un coin du désert
Une petite ombre s’est détachée en traînant

S’est agrandie
Ne dirait-on pas une bouche ne dirait-on pas des yeux?
Je me lève lui prends la main une main froide

L’ombre me dit d’une voix faible : je suis fatiguée
Changeant de place
Je rentre dans le mur

(Toyoichirô Miyoshi)

Illustration: Edouard Vuillard

 

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Le soir (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Ernesto Arrisueño 1957 - Peruvian-born Australian painter -  [1280x768]

 

Le soir

Heure incertaine, heure charmante et triste : les roses
Ont un sourire si grave et nous disent des choses
Si tendres que nos coeurs en sont tout embaumés ;
Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée,
La nuit a la douceur des amours qui commencent,
L’air est rempli de songes et de métamorphoses ;
Couchée dans l’herbe pure des divines prairies,
Lasse et ses beaux yeux bleus déjà presque endormis,
La vie offre ses lèvres aux baisers du silence.

Heure incertaine, heure charmante et triste : des voiles
Se promènent à travers les naissantes étoiles
Et leurs ailes se gonflent, amoureuses et timides,
Sous le vent qui les porte aux rives d’Atlantide ;
Une lueur d’amour s’allume comme un adieu
À la croix des clochers qui semblent tout en feu
Et à la cime hautaine et frêle des peupliers :
Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée
Qui peigne à la fenêtre lentement ses cheveux.

Heure incertaine, heure charmante et triste : les heures
Meurent quand ton parfum, fraîche et dernière fleur,
Épanche sur le monde sa candeur et sa grâce :
La lumière se trouble et s’enfuit dans l’espace,
Un frisson lent descend dans la chair de la terre,
Les arbres sont pareils à des anges en prière.
Oh ! reste, heure dernière ! Restez, fleurs de la vie !
Ouvrez vos beaux yeux bleus déjà presque endormis…

Heure incertaine, heure charmante et triste : les femmes
Laissent dans leurs regards voir un peu de leur âme ;
Le soir a la douceur des amours qui commencent.
Ô profondes amours, blanches filles de l’absence,
Aimez l’heure dont l’oeil est grave et dont la main
Est pleine des parfums qu’on sentira demain ;
Aimez l’heure incertaine où la mort se promène,
Où la vie, fatiguée d’une journée humaine,
Entend chanter enfin, tout au fond du silence,
L’heure des songes légers, l’heure des indolences !

(Remy de Gourmont)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

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Pendant une nuit blanche (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Pendant une nuit blanche

Ah, je n’ai pas fermé la porte.
Je n’ai pas allumé de bougie.
Tu ne le sais pas. Fatiguée,

Je n’arrive pas à me coucher.
Voir comment disparaissent les lueurs
Du couchant dans l’ombre des pins,
M’enivrer du son d’une voix
Qui ressemble à la tienne.

Savoir que tout est perdu,
Que la vie est un enfer.
Oh! j’étais persuadée
Que tu reviendrais.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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EROS GRAMOPHONE (Salah Stétié)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

gramophone

EROS GRAMOPHONE

Comme est douceur un très vieux disque
Voix tournoyante, fatiguée, et qui s’efface
Ô tout ce noir amour ! C’est lui
Qui tourne dans la rue, c’est lui qui passe
Et la rue est de neige et les couleurs s’effacent
Rutilantes couleurs, tous vos drapeaux s’endorment !

S’endorment ; puis revivent. Le temps du rouge :
C’est le midi du jour et c’est rouge et c’est louve
– Cette blessure au plus féminin du soleil.
La voix, la voix chantait.
La voix chantait comme est douceur un très vieux disque
D’avant mourir, d’avant l’oreille fermée de cire.
Cela après l’été dans ses éclaboussures,
Et, aussitôt,
Le corps avec le corps inventa le printemps

Cela chanta, puis s’éteignit : un couple
Avait perdu sa tête unique. Il la chercha.
La retrouva. La reperdit. Ô mal d’amour !
Les amoureux ont la vie dispersée
Leur mort aussi, leur mort est dispersion.
Leur disque seul continue son noir sillon.

(Salah Stétié)

 

 

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En revenant (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2015



En revenant

Voici pour vous aimer je n’ai que des rivières
Et les ponts et les sentiers et puis d’autres sentiers
Voici les routes qui mènent
Où il ferait bon peut-être aller

Voici la brume de la vallée
Voici la mousse de ce jour
Où il fit bon dormir dans le fossé
Voici l’oiseau que vous vouliez

Voici la branche qui fut cueillie
Voici la branche qui fut cassée
Ce soir où il fit si bon longtemps marcher
Voici cette baguette il n’y a plus de fées

Voici le lait le pain la table
Et le banc poli et la lampe sage
Etait-ce bien cela que vous vouliez
Voici le chien qui ne vous connaît pas

Voici les nuits depuis longtemps passées
Voici l’oubli et nos mains fatiguées
Voici les étoiles que vous vouliez
Voici ce feu qui vint mourir chez moi.

(Robert Momeux)

Illustration: Francine Van Hove

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