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Poésie

Posts Tagged ‘fatiguer’

Les anneaux fatigués (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Les anneaux fatigués

On a des envies de revenir, d’aimer, de ne pas s’absenter,
et on a des envies de mourir, combattu par deux
eaux opposées qui jamais ne vont isthmer.

On a des envies d’un grand baiser qui ensevelisse la Vie,
qui finit en l’afrique d’une agonie ardente,
suicidaire!

On a des envies… de n’avoir pas d’envie, Seigneur;
toi je te désigne d’un doigt déicide :
on a des envies de n’avoir pas eu de coeur.

Le printemps revient, revient et s’en ira. Et Dieu,
telle une courbe de temps, se répète et passe, passe
portant sur son dos l’épine dorsale de l’Univers.

Quand les tempes battent leur lugubre tambour,
quand me blesse le songe gravé sur un poignard,
on a des envies de rester planté là dans ce vers!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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J’ai appris à mener une vie simple et sage (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



J’ai appris à mener une vie simple et sage,
À regarder le ciel, à prier Dieu,
À marcher longuement avant la nuit
Pour fatiguer mon angoisse inutile.

Quand bruissent les bardanes dans le creux du fossé,
Quand jaune orange s’incline la grappe du sorbier,
Je fais des vers joyeux
Sur la vie éphémère, éphémère et superbe.

Je rentre. Me lèche la paume
Un chat duveteux, il ronronne, câlin.
Au bord du lac un feu perçant s’allume,
Sur la tourelle de la scierie.

De loin en loin le cri d’une cigogne
Se posant sur le toit transperce le silence.
Et si tu frappes à la porte
Je n’entendrai même pas, je crois.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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NI L’UN NI L’AUTRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
NI L’UN NI L’AUTRE

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses meilleurs amis.

La nuit par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange,
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n’est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n’en point parler ici !

(Jean Tardieu)

 

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Allons ! (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



La terre jamais ne fatigue,
La terre est rude, silencieuse, incompréhensible d’abord,
la Nature est rude et incompréhensible d’abord,
Ne te décourage pas, persévère, il y a des choses divines bien enveloppées,
Je te jure qu’il a des choses divines plus magnifiques que
les mots ne peuvent le dire.

 » Allons !  » il ne faut pas nous arrêter ici,
Si délicieuses que soient ces provisions amassées,
si commode cette demeure nous ne pouvons pas rester ici,
Si abrité que soit ce port et si calmes ces eaux
nous ne devons pas jeter l’ancre ici,
Si accueillante que soit l’hospitalité qui nous entoure
il ne nous est permis de la recevoir que peu de temps.

(Walt Whitman)

Illustration: Giacometti

 

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Je ne te fatiguerai plus avec des poèmes (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: Eoghan de Leastar
    
Je ne te fatiguerai plus avec des poèmes.
Disons que je t’ai dit
nuages, ciseaux, cerfs-volants, crayons,
et que peut-être une fois
tu as souri.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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La poésie est une vie trop dense (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



Illustration
    
que la lecture de poèmes
très vite me fatigue
Les mots cognent sous mes tempes
C’est que la poésie
est une vie trop dense
comme un alcool trop fort
qui brûle le crâne
Cela ne vient pas de la poésie
mais de moi
je ne peux vivre de vraie vie
qu’un instant pas plus

On dit que nul ne peut voir Dieu
sans aussitôt mourir
Moi je crois qu’une seconde
de vie pure
non tempérée non diluée
nous éclaterait le coeur
et que nous ne pourrions la supporter

C’est peut-être quelque chose comme cela
qui arrive
dans la beauté la poésie l’amour
Nous sommes pris soulevés
dans une main de feu
qui heureusement nous repose
sur nos chemins habituels
de salamandres

Ne reste plus qu’à filer
dans les fossés les sous-bois
où le danger est moins grand
et l’amour plus lointain

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Ne te fatigue pas à chanter (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2017



Ne te fatigue pas
A chanter.

Ou bien le chant te porte
En sortant de toi,
Ou tu l’attends.

(Guillevic)

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Fantôme (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



Fantôme

Arrête-toi! Je suis ici, mais tant de nuit
Nous sépare qu’en vain tu fatigues ta vue:
Tu te tais car l’espace, où se dissout la rue,
Nous-même nous dissout et nous saoule de bruit.

C’est l’heure où, panaché de fumée et de suie,
Le toit comme une plage offre au fantôme nu
Son ardoise où mirer le visage inconnu
De son double vivant dans un miroir de pluie.

Fantôme, laisse-nous rire de ta sottise.
Tu habites les bois, les châteaux, les églises
Mais tu es le valet de tout homme vivant.

Aussi n’as-tu jamais fait de mal à ces êtres
Tant, s’ils ouvraient un soir la porte et les fenêtres,
Te dissoudrait la nuit dans le bruit et le vent.

(Robert Desnos)

 

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La pomme (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2016



Une bouche, un suçoir,
L’homme qui se ferme.

Ce qui est dehors,
Il faut l’avaler.

Mais, à ce qu’il semble,
Il y est lui-même
Dans une bouche plus grande

Qui le fatigue

Alors que la pomme
Est à son comble
A tout moment.

(Guillevic)


Illustration

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IL Y A (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



 

IL Y A

Pauvres,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Je vous aimais.
Mes livres, mon Dieu, m’avaient parlé de vous.
Je suis parti vers vous pour vous porter ma force.
Mais j’ai vu vos dos ronds, vos genoux arqués,
Vos yeux de chien battu qui guettaient ma main.
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Il y a votre paume creuse entre nous.

Riches,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Je vous aimais.
Mes poètes, mes peintres m’avaient parlé de vous.
Je suis parti pour vous porter mes chants.
J’ai vu vos cols glacés sur vos cous raides,
Et vos yeux qui guettaient ma main,
Ma main trop peu obéissante.
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
II y a vos yeux vides entre nous.

Femmes,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Je vous aimais.
Je suis parti pour vous porter mon front.
Vous discutiez avec votre lingère.
Vous avez promené un tube sur vos lèvres,
Et vos yeux n’ont pas vu ma main,
Ma main tremblante.
Femmes,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Il y a trop de rouge gras entre nous.

Enfants,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Je ne suis pas parti vers vous.
Aucun de vous n’a fatigué mes bras ni mes genoux.
Aucun de vous n’a détourné ma main qui écrivait
Et n’a jeté de l’encre sur ma page.
Enfants, petits enfants,
Qu’est-ce que j’ai à vous dire ?
Il y a trop de baisers, pas donnés, entre nous.

(André Spire)

Illustration

 

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