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Posts Tagged ‘faucille’

EVADNE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

Bruno Di Maio 191

EVADNE

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant).

C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens.

(René Char)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Bruno Di Maio

 

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J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



 

J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine,
Je salue le déclin de cet été superbe,
La faucille en sifflant comme un serpent
Tranche l’épi serré contre un autre épi.
Les belles filles moissonnent, et leurs jupes
Volent au vent comme des drapeaux de fête.
Il faudrait maintenant un bruit de sonnailles,
Un long regard sous des cils pleins de poussière.
Je n’attends ni caresses, ni mots doux.
Je pressens des ténèbres sans retour.
Mais viens revoir ce paradis : ensemble,
Nous y étions heureux et innocents.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Verveine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Verveine

En France nous possédons une fleur nationale
dont personne ne peut contester les droits;
son origine se perd dans la nuit des temps.
Cette fleur, c’est la verveine.

Elle me rappelle Velléda, la pâle et touchante prêtresse,
les mystérieuses profondeurs des forêts où vivaient nos pères.
Je vois la druidesse danser autour de la plante magique,
puis se baisser et la couper avec une faucille d’or
qui brille aux rayons de la lune,
j’entends les champs des Eubages se mêlant au bruit du vent dans les bois.

Qui dirait, à voir cette petite plante
si simple, si gracieuse, si timide aujourd’hui,
qu’elle a joué autrefois un rôle si terrible, si important?

(J.J. Grandville)

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Tout pour l’homme est ciel illimité (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2018



Tout pour l’homme est ciel illimité
vent qui fonce à l’appel du vide
ou mer cernant des continents rongés.
Tout est conquête en fonction de nature.
L’herbe est promise à la faucille
comme au bélier la brebis
et la mortaise au tenon qui la justifiera…

(Pierre Béarn)

 

 

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LE TREFLE A QUATRE FEUILLES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LE TREFLE A QUATRE FEUILLES

Il faut abattre la moisson
Et la serrer en gerbes grosses;
Tous les gens solides se sont
Loués chez les fermiers de Beauce.
Au départ des gâs s’en allant
Prendre leur place aux tâches blondes
Les garçailles, à leurs galants,
Ont dit à la ronde

Refrain
Faucheur, mon beau faucheur,
Si vous trouvez un trèfle à quatre feuilles
Gardez-le pour que je le cueille.
Faucheur, mon beau faucheur,
Ça porte bonheur !

Mais au travers des chaumes roux
Le trèfle à bonheur est bien rare
Depuis qu’il pend à tous les cous
Des belles dames qui s’en parent ;
Et tous les gâs, des champs aux prés,
N’ont pu trouver, sous leurs faucilles,
Qu’un brin du trèfle désiré
Par toutes les filles.

Un seul brin ! Et tous les galants
L’ont voulu pour sa bonne amie;
Le fer des faux soudain sanglant
S’est dressé dans les mains roidies.
Et dans la Beauce aux longs champs plats
Quand la moisson s’écarte et bouge
Le brin de trèfle est encore là
Tout rouge, tout rouge !

(Gaston Couté)

 

 

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COMPARAISONS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018


 


Ettore Aldo Del Vigo  1

 

COMPARAISONS

Comme dans le sommeil, quand tu passes
A l’autre éclat de la nuit.

Le corps, le vêtement, le fruit.

Comme dans le sommeil, comme en amour,
Quand tu t’abandonnes totalement.

Tu restes sans corps, nu.

Le jour, la nuit, le temps,
Une histoire imaginaire.

Comme si les murs s’ouvraient en dedans, comme
s’ils faisaient choir
Les miroirs trompeurs qui nous couvrent,
Nous passons à travers un rêve,
Un rêve incessant atteint par la nuit.

Sans cloche et sans réveil.

Comme si nous passions dans le cercle des
Incorporels
Dans un isolement parfaitement clos.

Comme une lampe, qu’on a oubliée
Dans une chambre vide et fermée,
Seule, toute seule dans la solitude.

Qui nous connaîtra, qui nous soupçonnera ?

D’autres yeux, d’autres secrets
Derrière ces murs
Derrière les gardiens.
D’autres ombres déambuleront dans les chambres
Frôlant les choses, nos choses
Plus fragiles et rendues plus denses par notre amour.

Habitués, obéissants, et à peine délaissés
Ils recherchent des mains serrées comme nos mains,

Ils recherchent nos yeux messagers.

Ainsi que des fruits, qui ont mûri
Et restent encore suspendus au soleil,
Attendant l’oiseau, la main et la faucille,
Ici, se tiendra l’arbre de la cour,
Seul, stérile, désespéré.
Sans ailes et sans pollen
Dans un calme terrible.
Ici se penchera la fenêtre dans le vide,
Comptant le vent : doit-il tomber, ne pas tomber,
Notre toit toujours frais, comme au printemps ?

Au-dessus de lui un ciel désertique.

Jusqu’à ce que vienne Avril en son lent avenir
Avec tout l’éclat et la gloire, jusqu’à ce que vienne Pâque la Grande

Avec les nouvelles jacynthes, avec les ressuscités.
Pour que je te pare de la pourpre royale dans ta grande fête,
Bijou de grand prix :
Afin que tu sois beau parmi les beaux.

(Georges Themelis)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Entailles (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



 

Entailles
sur la croûte du champ — dans le jour
qui nous suit,
où tu as vu la terre
presque se reproduire : les sillons
l’un après l’autre se sont fermés,
et pour ce plus-de-vie, t’ont rançonné
contre le murmure avide
des faucilles. Continue, alors, à me compter
avec tes mots. Rien,
même aujourd’hui, ne changera.
Côte
à côte avec la poussière, avant
la lame, et au-delà
de la haute herbe sèche
qui vire avec moi, je suis
un reste balbutié de l’air.

(Paul Auster)

Illustration: Elvio Ricca

 

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BUCOLIQUE (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



BUCOLIQUE

Quand, pareilles aux blés mûrs,
Les étoiles toutes blondes
Ont couvert des cieux obscurs
Les solitudes profondes,

La nuit se met en chemin,
Moissonneuse à la peau brune
Qui, pour faucille, a sa main
Tient le croissant de la lune ;

Par le vaste firmament,
Elle fauche, à perdre haleine,
Les épis de diamant
Qui se couchent sur la plaine.

Mais le temps la presse fort,
La besogne est malaisée,
Et, sur la terre qui dort,
Sa sueur tombe en rosée ;

Dans son grand sac tout gonflé,
Elle emporte les javelles
Qui, comme des grains de blé,
Vont semant leurs étincelles ;

Puis, quand revient le jour bleu,
Elle court, traînant ses voiles,
Dans les greniers du bon Dieu,
Tasser ses gerbes d’étoiles.

(Louis Bouilhet)

 

 

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Cette faucille d’or (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

(Victor Hugo)

Illustration: Natalia Maroz

 

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Vivez (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2015


 


Duy Huynh 1c [1280x768]

Vivez à grands coups de faucille
Vivez à grands coups de marteau
Vivez à petits coups d’aiguille
Vivez à grands coups de ciseaux
Vivez à bois à pierre à chaux

Pour la fête des moissons
Les arbres brisés seront beaux

Les branches nouvelles s’étendent
Montrant l’espace à respirer

Montrant le monde libre où vivre
Sans entraves jusqu’aux lointains

La sève élève l’avenir
A la hauteur des plus beaux rêves

Faisons des fleurs la part des tombes
Que l’autre part donne ses fruits

(Ernest Delève)

Illustration: Duy Huynh

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