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MON CORPS SUR LE FAUTEUIL… (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



Serge Labégorre 9931

Mon corps sur le fauteuil est un bourg au soleil
Qui s’incline selon la pente et la colline ;
L’heure y sonne ; la rue est faite d’enfants blonds ;
Des femmes, à leur seuil, sourient d’être vivantes.

Avant de galoper mes instants se relayent ;
Je ne sais pas si quelqu’un meurt dans ma poitrine
Où la lumière envoie un vol de petits plombs
Qui déchirent à peine assez pour qu’on les sente.

Mon sang n’a pas de fin ni de commencement.

Là, c’est mon corps ; puis la table ; puis les murailles.
Je suis moi vaguement ; mes yeux et mes oreilles
Ne reconnaissent pas l’univers et s’embrouillent.
Je suis moi par-dessus quelque chose d’opaque.
Ce qui pense dans moi ressemble au chevrier
Qui est sur les plateaux un matin de printemps ;
La brume emplit tous les vallons jusqu’à ses pieds
Tandis que le soleil lui dilate les tempes.

(Jules Romains)

Illustration: Serge Labégorre

 

 

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Il pleut dans ma chambre (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



 

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Il pleut dans ma chambre

Il pleut dans ma chambre
J´écoute la pluie
Douce pluie de septembre
Qui tombe dans mon lit
Le jardin frissonne toutes les fleurs ont pleuré
Pour la venue de l´automne
Et pour la fin de l´été
Mais la pluie fredonne
Sur un rythme joyeux
Tip et tap et tip top et tip
Et tip tip et tip
Et tip top et tap
Voilà ce qu´on entend la nuit
C´est la chanson de la pluie

Demain le jour fleurira sur vos lèvres
Mon amour et la pluie qui calme notre fièvre
Sera loin très loin dans la mer
Voguant sous le ciel clair
Demain les bois auront fait leur toilette
Et les toits peints de frais auront un air de fête
Les oiseaux contents de ce shampooing
Ne se plaindront point

Il pleut dans ma chambre
Il pleut dans mon cœur
Douce pluie de septembre
Chante un air moqueur
Dans toute la campagne
Poussent de beaux champignons
Et dans la montagne
Le vent joue du violon…
Tous les chats de gouttière
Dansent, chantent en rond
Tip et tap et tip tap et tip
Et fut fut et tic
Et pic pac et toc
Voilà ce qu´on entend la nuit
C´est la chanson de la pluie

(Charles Trenet)

Illustration

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Je suis arrivé le matin c’était trop tard (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




Je suis arrivé le matin c’était trop tard
il y avait de la rouille autour de l’évier
le poids du poêle pesait sur le parquet
ça se gondolait même les tuiles il était trop tard
je n’aurais pu redresser tout ça même avec
des cabestans des poulies des objets dont je ne connais
pas le mot qui les désigne et que je ne saurais
utiliser efficacement
les champignons poussaient sur la faïence de la vaisselle
la vaisselle croupissait dans la paille des fauteuils
les fauteuils s’endormaient sur le poil des ténèbres
les ténèbres mâchaient le chouigne gueumme des morts
je suis arrivé trop tard c’était le lendemain

(Raymond Queneau)

Illustration: Geneviève Borschneck

 

 

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GEORGE ROGER, PHOTOGRAPHE, À BERGEN-BELSEN, 1945 (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2017



Illustration: George Roger
    
GEORGE ROGER, PHOTOGRAPHE, À BERGEN-BELSEN, 1945

ni ciel, ni firmament, ni étoiles, ni soleil, ni lune, ni planètes
seuls les morts étaient là

ni feuilles, ni vagues, ni campagnes, ni lampes, ni toits, ni portes,
seuls les morts étaient là

ni silences, ni oiseaux, ni bicyclettes, ni fauteuils, ni livres, ni cerises,
seuls les morts étaient là

ni enfants, ni parents, ni frères, ni mères, ni compagnons, ni amants,
seuls les morts étaient là

ni robes, ni souliers, ni bagues, ni lunettes, ni jouets, ni montres,
seuls les morts étaient là

ni boues, ni mains, ni os, ni orbites, ni fumées, ni âmes, ni cendres,
seuls les morts étaient là

les morts, les morts seuls, les morts étaient là

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Je suis un crabe ponctuel
Editions: Gallimard

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FUYARDE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Delphin Enjolras
    

FUYARDE

Les cheveux lumineux qui tombent
Sur ton front étincellent de pluie;
Tes yeux sont humides et tes lèvres
Humides et froides, ta joue rigide de froid.

Pourquoi être partie
Si longtemps ? Pourquoi me revenir
Maintenant seulement, tard dans la nuit
Après avoir marché des heures dans la pluie et le vent ?

Enlève ta robe et tes bas;
Installe-toi dans le fauteuil près du feu.
Je réchaufferai tes seins et tes cuisses de baisers.
Si seulement je pouvais faire brûler en toi
Un feu qui ne s’éteindrait jamais.

Comme je voudrais être sûr qu’au fond de toi
Se trouve un aimant qui toujours te ramènerait ici.

(Kenneth Rexroth)

 

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Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

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Je n’avais pas encore ouvert les yeux (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



    

Je n’avais pas encore ouvert les yeux
que des bouffées de joie m’arrivaient par l’oreille
et dès que je les ai ouverts
la chambre
avec sa lumière et l’armoire ouverte
est entrée dans ma tête

un conte d’autrefois s’y promenait
sur un transatlantique courant le pacifique
un vieux poète de ma jeunesse y faisait des vers usagés
avec un vieux foulard autour du cou

il y avait aussi un grand fauteuil à oreillettes
et la danse qu’un danseur dansa
et les roses de la tapisserie avec le parfum de la rose
je vois très bien l’entrée mais non pas la sortie

ma tête est une tirelire
où je mets tous les jours du soleil

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Venu de la rue (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2017



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Venu de la rue
le troupeau des pas

Une écharpe blanche
sur un fauteuil endormi

Les rituels du silence

(Georges Bonnet)

 

 

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Les Vieux (Renée Rivet)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



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Les Vieux

Le vieux est assis dans la cuisine.
Ses yeux ont la même couleur que le vieux fauteuil.
Sa main posée sur la table est une étrangère, un gros nœud tout seul.
Le vieux creuse une idée.

Le feu et le chien se regardent.

La vieille éveille mille souris
– mille besognes surgissent dans tous les coins.

Le balancier de l’horloge va de l’un à l’autre…
D’année en année, l’ombre des arbres a envahi la pièce.
Et maintenant il y fait mi-jour même en plein été.

La vieille monte vite vite l’étroit escalier.
Où en est la provision de soleil ?
La fenêtre du grenier est si petite,
si bas contre le sol, juste pour une tête d’enfant.
Le lit craque de lavande sèche.
Des enfants ont laissé leur ombre,
des enfants font encore la ronde dans les murs.

La vieille redescend précipitamment, elle a dérobé une pomme,
elle l’enfouit au fond de sa longue poche,
comme si quelqu’un allait lui faire des reproches…

Le vieux n’a pas bougé, il tourne un peu la tête,
puis lentement il reprend le cours de son idée.
Ses joues sont un peu plus creuses que tout à l’heure.

Un calendrier suspendu par un ruban bleu très pâle
fait une tache insolite sur le mur.
Des visages montent de la profondeur de la pierre.

La vieille fait briller ses bougeoirs, et ses doigts
s’allongent s’allongent dans l’univers métallique.
Elle a donné toutes les étincelles de ses yeux à son vieux cuivre…
Elle y a enfermé toute l’eau du printemps,
tout le soleil des feuilles…

Le vieux reprend sa main posée sur la table,
comme un fardeau il la met sur son genou.
Sa tête penche, elle non plus il ne sait trop où la mettre.

Le chien s’aplatit contre le sol.
Le feu est bas, une petite frange de coquelicots surgit timidement de la souche de bois.
Dans l’œil du chien subsiste une petite, toute petite lueur.
Il essaye de maintenir la vie, mais la vie s’échappe
et le vieux a perdu son idée.

La vieille est raide sur sa chaise, solennelle pour personne.
Soudain elle n’a plus rien à faire.
Elle trouve que l’éternité met du temps à venir…

Le balancier va toujours doucement, de l’un à l’autre.
Depuis longtemps, ils ne se parlent pas autrement.

(Renée Rivet)

Illustration: Carl Kronberger

 

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Je remercie (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



 

Anne-Marie Zilberman (5)

Je remercie la chaise l’escalier le fauteuil
qui accueillait ma soudaine défaillance
quand soudainement entrait dans la pièce
de ton corps absolu l’évidence.

(Patrizia Cavalli)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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