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Posts Tagged ‘faux’

Nevermore (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2018



 

Rockwell Kent n4

Nevermore

Allons, mon pauvre coeur, allons, mon vieux complice,
Redresse et peins à neuf tous tes arcs triomphaux;
Brûle un encens ranci sur tes autels d’or faux;
Sème de fleurs les bords béants du précipice;
Allons, mon pauvre coeur, allons, mon vieux complice !

Pousse à Dieu ton cantique, à chantre rajeuni;
Entonne, orgue enroué, des Te Deum splendides;
Vieillard prématuré, mets du fard sur tes rides;
Couvre-toi de tapis mordorés, mur jauni;
Pousse à Dieu ton cantique, à chantre rajeuni.

Sonnez, grelots; sonnez, clochettes; sonnez, cloches!
Car mon rêve impossible a pris corps et je l’ai
Entre mes bras pressé : le Bonheur, cet ailé
Voyageur qui de l’Homme évite les approches,
– Sonnez, grelots; sonnez, clochettes; sonnez, cloches!

Le Bonheur a marché côte à côte avec moi;
Mais la FATALITE ne connaît point de trêve:
Le ver est dans le fruit, le réveil dans le rêve,
Et le remords est dans l’amour : telle est la loi.
– Le Bonheur a marché côte à côte avec moi

(Paul Verlaine)

Illustration: Rockwell Kent

 

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APERÇU EN PASSANT (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

fenêtre train

APERÇU EN PASSANT

Quand je voyage, j’aperçois souvent des fleurs,
Dont je n’ai pas le temps de voir ce qu’elles sont.

Je voudrais descendre du train et retourner
Voir, sur le bord de la voie, ce qu’elles étaient.

Je leur prête mille noms, tous faux, j’en suis sûr :
Ce n’étaient pas de grands épilobes des bois,

Des campanules bleues it l’entrée d’un tunnel,
Ni du lupin, ami des sables desséchés.

Mon esprit peut-être a-t-il été effleuré
Par une idée que nul jamais ne trouvera.

Le ciel ne ménage ces aperçus qu’à ceux
Qui ne pourront jamais s’approcher pour mieux voir.

(Robert Frost)

 

 

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Connais-moi! (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018




    

Connais-moi! Connais-moi, racine, fleur et graine,
Moi toute, mes vols d’anges et mes bonds d’animal,
-Si me connaître toutefois en vaut la peine-
Démêle en moi le vrai, le faux, le bien, le mal.

A toi je m’abandonne, ô Lumière suprême,
Disparue à mes yeux dans les tiens où je suis
Seule moi, seule vraie à l’insu de moi-même.
Comme Tu me connais, ô Juge de minuit.

Juge-moi!
Mais sauve-moi comme Tu m’aimes.

(Marie Noël)

 

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Il n’y aura plus personne pour souffler sur le feu (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
«Il n’y aura plus personne pour souffler sur le feu, quand
nous ne lirons plus les grands récits. »
Cette fausse prophétie s’est logée dans ma mémoire,
parce que nous jouons souvent à nous faire peur,
et parce que certaines phrases refusent de tomber dans l’oubli.
Je les lance ici à la volée, comme des cendres
qu’on disperse au-dessus de la page blanche.

Phrases inachevées ou sans début, ce sont mes étoiles
filantes, qui traversent en plein jour le ciel de la pensée.
Je forme un voeu quand je les aperçois :
le voeu de ne pas les abandonner aux ténèbres,
ni de me laisser entraîner dans leur course à l’abîme.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Filles de la mémoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le vrai (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




    
Le vrai indique lui-même
ce qui est vrai ou faux.

(Baruch Spinoza)

 

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SUR MON LIT DE MALADE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




SUR MON LIT DE MALADE

Dans la pure lumière de l’aube qui point
je vis l’Univers ceint de la Couronne de Paix.
De leur tête inclinée les arbres lui donnaient leur bénédiction.
Solidement établie au coeur de l’Univers, la Paix
se garde elle-même à travers les luttes et la douleur au long des âges.
Dans ce monde tourmenté, elle se manifeste chaque jour, à l’aube et au crépuscule.

O Poète, héraut du Bien,
tu as sûrement reçu son invitation.
Si, ignorant son appel,
tu deviens le porte-parole du désespoir,
l’émissaire de la difformité,
si tu joues faux sur une harpe cassée,
défigurant l’éternelle vérité de l’Univers,
alors pourquoi as-tu été mis au monde ?
Dans les rizières pourquoi laisse-t-on les chardons prospérer,
pour insulter la faim de l’Homme ?

Si le malade considère la maladie comme l’ultime vérité,
mieux vaut mourir en silence.
Le poète dans l’Homme devrait-il ne devenir qu’objet de disgrâce
en suivant les sentiers d’une imagination sans pudeur,
et mettant un masque éhonté
devrait-il ternir l’éclat de la figure humaine ?

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Alex Alemany

 

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ETERNEL AMOUR (Antoine de Bengy-Puyvallée)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



ETERNEL AMOUR

Tout est faux, fragile ou moqueur !
— Oui, mais ton coeur ?
Plus d’oiseaux, de perles aux grèves…
— Oui, mais tes rêves ?

Plus de chant des brises sous bois !
— Oui, mais ta voix ?
J’ai peur. Viens, la forêt est brune…
— Oui, mais la lune ?

Oh ! l’hiver frileux et tout noir !
— Oui, mais l’espoir ?
Revenons, la lune se voile…
— Oui, mais l’étoile ?

Plus d’étoile ou d’éclairs aux cieux !
— Oui, mais tes yeux ?
Quand la mort soufflera leur flamme…
— Oui, mais ton âme ?

(Antoine de Bengy-Puyvallée)

Illustration: Fabienne Contat

 

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RENOUVEAU (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Matthew Denman
    
RENOUVEAU

Ben oui, notre amour était mort
Sous les faux des moissons dernières,
(la javelle fut son suaire…)
Ben oui, notre amour était mort,
Mais voici que je t’aime encor !

Pan pan ! pan pan ! à grands coups sourds
Comme lorsqu’on cloue une bière,
J’ai battu les gerbes sur l’aire ;
Pan pan ! pan pan ! à grands coups sourds
Sur le cercueil de notre amour

Et pan pan ! les fléaux rageurs
Ont écrasé, dessous leur danse,
Le bluet gris des souvenances
(Et pan pan ! les fléaux rageurs !)
Avec le ponceau qu’est mon cœur !

Dedans la tombe des sillons
Quand ce fut le temps des emblaves,
Comme un fossoyeur lent et grave,
Dedans la tombe des sillons
J’ai mis l’amour et la moisson

Des sillons noirs un bluet sort
Tandis qu’une autre moisson bouge ;
Avec un beau ponceau tout rouge,
Des sillons noirs un bluet sort,
Et voici que je t’aime encor !

(Gaston Couté)

 

 

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Tel un aveugle (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
tel un aveugle

mais ton choix
était le bon

sauf que tu n’as pas
eu à choisir

tu cheminais seul
et tu as cru longtemps
que tu t’étais fourvoyé
que tu faisais
fausse route

plus tard
tu as découvert
qu’en prenant
ce chemin
tu avais perdu
tes semblables

plus tard encore
tu les as rejoints
et vive a été ta joie
à retrouver ta place
parmi eux

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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LE TREFLE A QUATRE FEUILLES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LE TREFLE A QUATRE FEUILLES

Il faut abattre la moisson
Et la serrer en gerbes grosses;
Tous les gens solides se sont
Loués chez les fermiers de Beauce.
Au départ des gâs s’en allant
Prendre leur place aux tâches blondes
Les garçailles, à leurs galants,
Ont dit à la ronde

Refrain
Faucheur, mon beau faucheur,
Si vous trouvez un trèfle à quatre feuilles
Gardez-le pour que je le cueille.
Faucheur, mon beau faucheur,
Ça porte bonheur !

Mais au travers des chaumes roux
Le trèfle à bonheur est bien rare
Depuis qu’il pend à tous les cous
Des belles dames qui s’en parent ;
Et tous les gâs, des champs aux prés,
N’ont pu trouver, sous leurs faucilles,
Qu’un brin du trèfle désiré
Par toutes les filles.

Un seul brin ! Et tous les galants
L’ont voulu pour sa bonne amie;
Le fer des faux soudain sanglant
S’est dressé dans les mains roidies.
Et dans la Beauce aux longs champs plats
Quand la moisson s’écarte et bouge
Le brin de trèfle est encore là
Tout rouge, tout rouge !

(Gaston Couté)

 

 

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