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SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE

Ayant requis Paula de sa faveur première,
J’attendais que le somme eût porté son conseil,
Quand, bâillante, elle offrit sa bouche à la lumière,
Y tourna par sa glace un rayon de soleil.

A quelque fine église en gothique manière
L’intérieur, miracle! était assez pareil;
Les lèvres paraissaient la superbe portière
Qui s’ouvrait, découvrant le dévot appareil.

La langue y composait un lisse et mol dallage,
Le palais un plafond en ogival ouvrage,
Les dents étaient piliers étincelants d’émail.

A la voûte du choeur, de cramoisi tendue,
La luette semblait la lampe suspendue.
Toute la gorge, au fond, n’était qu’un haut vitrail.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Ses caresses (Vivian Lamarque)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




    
Ses caresses

Si le temps terrestre
me les refuse,
je demanderai cette faveur aux mains
de l’Éternité.

(Vivian Lamarque)

 

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Pour vos beaux yeux qui me vont consumant (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Loetitia Pillault_372_p

Pour vos beaux yeux qui me vont consumant,
L’Amour n’a point de peine et de tourment,
De feu cuisant, ny de cruel martyre,
Que de bon coeur je ne voulusse élire,
Et qu’on ne doive endurer doucement.

Tout l’Univers n’a rien de si charmant,
Et s’il estoit sous mon commandement,
Je quitterois volontiers son empire
Pour vos beaux yeux.

Toute la cour vous sert également ;
Mais quant à moy, si je vous vais aimant,
Ne croyez pas que par là je desire
Cette faveur où tout le monde aspire
Car je vous ayme et vous sers seulement
Pour vos beaux yeux.

(Vincent Voiture)

Illustration: Loetitia Pillault

 

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J’étais cher à tes yeux (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Edvard Munch
    
J’étais cher à tes yeux… et je ne vaux plus rien,
tu m’as longtemps porté aux nues… tu me rabaisses.
Tu fais de moi ton loyal conseiller, comblé de faveurs…
et tu me destitues, là, sur un coup de tête.
N’as-tu voulu me prendre aux filets de l’amour
que pour me refuser la paix, la joie de te revoir ?
Patience est miel à la douleur dont tu m’abreuves,
fraîcheur le feu face à celui où tu me prends.
Tu étais mon rêve, et tu me fais goûter le chagrin.
Si seulement je n’avais pas à dire… « Si seulement ! »

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Le meilleur moment des amours (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Le meilleur moment des amours
N’est pas quand on a dit : « Je t’aime. »
Il est dans le silence même
À demi rompu tous les jours ;

Il est dans les intelligences
Promptes et furtives des cœurs ;
Il est dans les feintes rigueurs
Et les secrètes indulgences ;

Il est dans le frisson du bras
Où se pose la main qui tremble,
Dans la page qu’on tourne ensemble
Et que pourtant on ne lit pas.

Heure unique où la bouche close
Par sa pudeur seule en dit tant ;
Où le cœur s’ouvre en éclatant
Tout bas, comme un bouton de rose ;

Où le parfum seul des cheveux
Parait une faveur conquise !
Heure de la tendresse exquise
Où les respects sont des aveux.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Raymond Peynet

 

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DES RUMEURS VONT… (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Titien_Sisyphe

DES RUMEURS VONT…

Des rumeurs vont qui te soupçonnent,
des doutes viennent qui t’effacent.
Les paresseux et les rêveurs,
se méfiant de leurs ardeurs,
demandent que îles montagnes saignent,
pour croire en toi.
Mais toi, tu inclines ta face.
Tu pourrais trancher les veines des monts,
en signe d’un grand tribunal;
mais peu t’importent
les païens.
Tu ne veux pas lutter contre toutes ces ruses,
ni chercher la faveur de la lumière.
Car peu t’importent
les chrétiens.

Ceux qui questionnent peu t’importent.
Avec tendresse tu regardes
tous ceux qui portent.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Titien

 

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Courrier du coeur (Georges Sand)(Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018


 

georges-sand-alfred-de-musset-f6

 

aimer-s

 

baiser

 

Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j’ai
bien compris l’autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l’affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l’abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.
Votre poupée

(Georges Sand)

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

(Alfred de Musset)

Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.

(Georges Sand)

 

 

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La Clef des Songes (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018



Illustration: Nathalie Ragoust
    
La Clef des Songes

1
Cuisinière ou poétesse
Buss’nessman ou charpentier
Tout l’ monde aime la paresse
Le loisir, le sommeil et rêver
Car le rêve est un spectacle
C’est un billet de faveur
Dont la nuit fait cadeau au rêveur
Fortune qui nous est due
C’est un quotidien miracle
Une nuit sans rêver
Sans aimer
Est perdue.

Refrain 1
La Clef des Songes m’a dit
Rêver d’eau claire
Et de soleil qui resplendit
Ou qu’on perd une molaire
C’est bon signe
Voir un cygne
C’est bon signe
Voir des vignes
C’est bon signe
C’est l’amour le bonheur qui la nuit
Sont venus visiter votre lit
Écoutez la Clef des Songes
Même si c’est des mensonges
Rêvez en dormant
Car le jour on n’a pas le temps.

2
L’autre jour ma p’tite amie
Avec un gros va-nu-pieds
M’a trompé quelle infamie
Je l’ai su, je l’ai épiée
Et le soir dans ma colère
J’achetais un revolver
À six coups, bien en main, pour gangster
Méditant crime et suicide
J’hésitais sur la manière
Dont j’allais me venger
Et juger
La perfide.

Refrain 2
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
De cauch’mars et de carnages
Bon présage
— L’encornage
Bon présage
— Rêver d’cage
Bon présage
Oui l’amour le bonheur cette nuit
Sont venus te bercer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Et pardonne les mensonges
Pardonne à l’instant.
Car demain il n’ serait plus temps.

3
Au dernier tour de lot’rie
Je n’ai pas gagné un clou
Et j’ai juré sur ma vie
De ne plus risquer un sou
Dans un’ belle tirelire
J’aurais caché en secret
Mes gros sous, mon argent, mes billets
J’aurais amassé fortune
Pour ach’ter ce que j’ désire
Un’ maison un château
Une auto
Ou la lune.

Refrain 3
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
D’additions et de mirage
Bon présage
Héritage
Bon présage
Bon présage
Prends courage
La chance et la fortun’ cette nuit
Sont venues t’inspirer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Car ce n’est pas un mensonge
Prends l’ billet gagnant
Car demain il n’ sera plus temps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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La seule faveur que le monde ait jamais fait à Emily (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



La seule faveur que le monde ait jamais fait à Emily
a été de lui décerner en octobre 1856 un second prix
pour son pain de seigle, à la foire d’Amherst.

(Christian Bobin)

Poèmes d’Emily ici

 

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A la fin il y en a marre (Dan Fante)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
A la fin il y en a marre
d’expliquer

les gens te voient comme tu es ou pas

pourquoi se crever à décrire le brouillard sur Venice
ou la passion des sublimes Chevrolet 1957
— ça intéresse qui ? —
soit tu es branché brouillard et Chevrolet soit pas

Pour moi la magie tient à la vie elle-même
au cadeau immérité
d’être ici présent
de foncer tête baissée contre les murs
ou assis dans un fauteuil à m’extasier sur l’origine du souffle

La vie est improvisation — du théâtre — avec billet de faveur —
imprévisible
horrible
grotesque
absurde
brutale
précieuse
et
romantique

une aventure

Je sais que je ne vaux pas cher — mais je suis ce que je pense

***

After a while you just get tired
of explaining things

people see you for what you are or they don´t

why try to describe the fog on Venice Beach
or having a passion for the perfection of the 1957 Chevy
—who gives a shit—
either you are into fog and Chevys or you are not

For me the magic comes from the privilege of living itself
the undeserved gift
and being present right now

going head-first against the bricks
or simply sitting in a chair and marveling at the cause of
breathing in and breathing out

It is all improvising—theater—a complimentary ticket—
unpredictable
horrible
ridiculous
senseless
brutal
precious
and
inspiring

an adventure

I know that I may not be much—but I am all that I think about

(Dan Fante)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: De l’alcool dur et du génie Editions
Traduction: Léon Mercadet
Editions: 13e Note

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