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LOIN, LÀ-BAS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



Illustration
    
LOIN, LÀ-BAS

Ô boeuf qui soufflait de la vapeur quand un jour je le vis,
tout enfant, sous le soleil du Nicaragua aux ors éclatants,
dans la féconde hacienda, pleine de l’harmonie
du tropique ; ô colombe des bosquets résonnants
au bruit du vent, des haches, des oiseaux et des fringants
taureaux, je vous salue, car vous êtes ma propre vie.

Lourd boeuf, tu évoques la douce matinée
qui appelait à la traite de la vache laitière,
quand mon existence était toute blanche et rosée,
et toi, roucoulante colombe des hautes terres,
tu incarnes dans mon printemps éloigné
tout ce que recèle la divinité printanière.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Chant de la jeunesse (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018



 

Illustration: Marc Riboud
    
Chant de la jeunesse

1
Au clair matin des jours de fête
Amis partons sur le chemin
En mer j’entends crier les mouettes
Chantons l’espoir des lendemains.

Refrain
Jeunesse ah qu’il fait bon vivre
Marchant droit vers le but
Car notre espoir nous délivre
Notre joie est notre salut.

2
Chantons l’espoir et la jeunesse
Si le chemin pour nos aînés
Connut la peine et la tristesse
Joyeux il faut le continuer.

3
Joyeux il faut lui faire atteindre
Un beau pays si fraternel
Que tous y puiss’nt vivre sans craindre
La vie et ses travaux réels.

4
Travaux réels ceux-là qui donn’nt
À l’homme joie santé bonheur
Vingt ans! pour nous notre heure sonne
Nous sommes les futurs vainqueurs.

5
Le ciel la mer la terr’ féconde
Aux grands travaux offrent leur sein
Fini(e)s la peur la guerre immonde
Fini le temps des assassins!

6
La main tendu(e) à tous nos frères
Amis marchons sans nulle peur
Nous sommes forts et sans colère
Nous sommes les jeunes vainqueurs.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Le grand obstacle, c’est toujours la représentation et non la réalité (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
Je sais comment libérer peu à peu mes forces créatrices des contingences matérielles,
de la représentation de la faim, du froid et des périls.

Car le grand obstacle, c’est toujours la représentation et non la réalité.
La réalité, on la prend en charge avec toute la souffrance,
toutes les difficultés qui s’y attachent – on la prend en charge,
on la hisse sur ses épaules et c’est en la portant que l’on accroît son endurance.

Mais la représentation de la souffrance – qui n’est pas la souffrance,
car celle-ci est féconde et peut vous rendre la vie précieuse – il faut la briser.

Et en brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles,
on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces,
et l’on devient capable de supporter la souffrance réelle,
dans sa propre vie et dans celle de l’humanité.

(Etty Hillesum)

 

 

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Le mineur opiniâtre du vide (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
Le mineur opiniâtre
du vide
exploite
sa mine féconde
le possible brut
y miroite
emmêlé à sa roche blanche

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Le Cap de Bonne-Espérance suivi de Discours du Grand Sommeil
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pars à la recherche de terres inconnues (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



 Illustration: Robert Cattan
    
— Pars à la recherche de terres inconnues
aux couleurs et aux formes indéfinissables,
d’espace de silence
où chaque chant d’oiseau se distingue clairement,
d’un usage du Temps
où l’heure est protégée du gaspillage passif,
de corps intouchables
où le regard peut lire les désirs séquestrés,

Pars à la recherche d’une histoire sans magie
où le crépuscule est l’événement majeur,
d’une pensée féconde
où la parole sert à dire le réel,
de cette ère nouvelle
où l’invention est l’obligation première,
où la poésie retrouve enfin sa place ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Plus de ces sens bornés… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Alexandre Cabanel
    
Plus de ces sens bornés…

Plus de ces sens bornés, étroite solitude,
Vérité ou raison, plus de frein qui jugule,
Je suis la chose enfin, je vis bien au delà
De mon corps méprisable, étriqué, ridicule;
Je suis parmi l’éther la lune qui circule,
Le ruisseau, ciel errant, que la nuit constella.

Mon âme se répand comme une onde élargie
Et ma prison s’écroule à la tendre élégie
Des ramiers amoureux perdus au bord du ciel.
O Nature, que j’ai souffert dans cette geôle,
Mon coeur, il me fallait l’espace où l’on s’envole,
La terre qui m’accueille au limon maternel.

Il me fallait l’oubli vaste que tu prodigues,
Calme fleuve étendu sans berges et sans digues;
Il me fallait pour lit la douceur des lotus
Et pour chevet l’odeur féconde et primitive
De la vase et des joncs pourrissant sur la rive
Où mes tourments muets à jamais se sont tus.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’âme errante (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



    

Illustration: Katie m. Berggren

L’âme errante

Je suis la prière qui passe
Sur la terre où rien n’est à moi ;
Je suis le ramier dans l’espace,
Amour, où je cherche après toi.
Effleurant la route féconde,
Glanant la vie à chaque lieu,
J’ai touché les deux flancs du monde,
Suspendue au souffle de Dieu.

Ce souffle épura la tendresse
Qui coulait de mon chant plaintif
Et répandit sa sainte ivresse
Sur le pauvre et sur le captif
Et me voici louant encore
Mon seul avoir, le souvenir,
M’envolant d’aurore en aurore
Vers l’infinissable avenir.

Je vais au désert plein d’eaux vives
Laver les ailes de mon coeur,
Car je sais qu’il est d’autres rives
Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur !
J’y verrai monter les phalanges
Des peuples tués par la faim,
Comme s’en retournent les anges,
Bannis, mais rappelés enfin…

Laissez-moi passer, je suis mère ;
Je vais redemander au sort
Les doux fruits d’une fleur amère,
Mes petits volés par la mort.
Créateur de leurs jeunes charmes,
Vous qui comptez les cris fervents,
Je vous donnerai tant de larmes
Que vous me rendrez mes enfants !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

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Lassitude (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017




    
Lassitude

Il est de ces longs jours d’indicible malaise
Où l’on voudrait dormir du lourd sommeil des morts ;
De ces heures d’angoisse où l’existence pèse
Sur l’âme et sur le corps :

Alors on cherche en vain une douce pensée,
Une image riante, un souvenir fécond ;
L’âme lutte un instant, puis retombe affaissée
Sous son ennui profond.

Alors tout ce qui charme et tout ce que l’on aime
Pour nos yeux dessillés n’a qu’un éclat trompeur ;
Et le bonheur rêvé, s’il vient, ne peut pas même
Vaincre notre torpeur.

(Louise Colet)

 

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RÉVEIL (Valère Gille)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



RÉVEIL

Mon cœur, que je croyais à jamais endormi,
Le voici, lentement, qui s’éveille parmi
Des pays inconnus de songe et de lumière.
L’air est tout embaumé d’une odeur printanière,
L’azur nacré du ciel s’enflamme, et le soleil
D’un baiser juvénile accueille mon réveil.

J’aime ! Les bois sont pleins d’oiseaux d’or et de roses,
Une immense bonté rayonne dans les choses ;
Dans les prés étoilés de fleurs et de rayons,
Sur chaque épi vermeil, vibrent des papillons,
Partout autour de moi le feuillage palpite ;
Sous les lilrfs neigeux et sous la clématite
Des colombes d’amour, deux par deux, tendrement,
Egrènent tour à tour leur long roucoulement.

J’aime ! j’aime ! Et voici qu’une terre nouvelle
Dans l’aurore à mes yeux ingénus se révèle.
Tout me parle et m’enchante, et mille et mille voix
Des bois et des vallons m’appellent à la fois.
Je comprends la chanson des oiseaux, les murmures
Qui babillent, confus, à travers les ramures.
Mon bonheur est partout : sous les bocages verts,
Dans les sources, les fleurs, le ciel ; et l’univers
Est un hymne d’amour qui monte dans la brise.
Il s’enfle et me soulève, et mon âme qu’il grise,
Emportée avec lui, s’épanche dans les cieux.
Des éclairs fulgurants éblouissent mes yeux ;

J’aime ! Je suis la vie et la force féconde,
Et mon cœur flamboyant illumine le monde.

(Valère Gille)

 

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L’Offrande à la Nature (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



L’Offrande à la Nature

Nature au coeur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité.
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence,
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon coeur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au coeur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature,
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau

 

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