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Poésie

Posts Tagged ‘fécondité’

SUR UN LIT… (Menahem Boraisha)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
SUR UN LIT…

Sur un lit dur, derrière un mur de planches
On entend des pas comme un chuchotis,
La femme des bois fait bruire les branches,
Sa robe se froisse à longs plis.

Pareils à l’eau d’un lac ses seins ondoient,
Cordes nouées ses nattes sont de chanvre,
Vaste est son ventre, il oscille et se ploie
Au balancement de ses hanches.

Pour celui-là qui lui barre la route,
Homme viril qui saura la saisir,
Sa forme soudain devient frêle et douce,
Sa chair frémit d’attendre le plaisir.

À l’abandon les épaules pesantes,
Ses seins sont brûlants d’un feu germinal
Et sa beauté dévoile, consentante,
Le bois sauvage et le giron natal.

La moisson neuve ayant comblé ses sens
Elle a quitté son complice de chair,
Rêvant déjà retrouver la puissance
D’un autre amant sur les chemins déserts.

Où la terre est de mousse et sont tendres les touffes
Ses enfants furent allaités,
Dans chaque appel que la forêt étouffe
Lui vient l’écho de sa fécondité.

Tombent les plis, s’apaise la rumeur,
La femme des bois retient son élan,
Quelqu’un puissamment en elle demeure
Désir éternel et violent.

(Menahem Boraisha)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Parce qu’il y a certains livres (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


 

Francis Picabia -   (6)

Parce qu’il y a certains livres qui sont
étincelles de pain doré,
Parce que ce sont livres à longue saveur plus
longue que mon temps
Parce que ruminante est la connaissance du dévolu.

Parce que mon corps est pesant de mémoire
autant que de jours
et qu’étant plus pesant il a plus d’élan.

Parce que le dessin de ma bouche
est le dessin d’une autre bouche
parce que je suis étranger à mon passage
et immuable dans l’immuable quête…

Peut-être que l’immobilité a reçu message
des bords mordorés qui dévorent leurs couleurs
Peut-être que la pulsation qui fêle chaque seconde
naît des confins noirs des midis de nudité.

Ruée de ma rivière et de ton fleuve ignorant saules
et prés pour se confondre
et se consumer à l’embouchure
Et nous voici centre de vie pic et caverne
Ma langue est la bêche humide qui prépare le creux
de la fécondité…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Francis Picabia

 

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Laisse-nous pleurer (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Carrie Vielle (5)

Laisse-nous pleurer

Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer !
Promets-nous à jamais le soleil, la nuit même,
Oui, la nuit à jamais, promets-la-moi ! Je l’aime,
Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils,
Son rêve errant toujours et toujours ses réveils,
Et toujours, pour calmer la brûlante insomnie,
D’un monde où rien ne meurt l’éternelle harmonie !

Ce monde était le mien quand, les ailes aux vents,
Mon âme encore oiseau rasait les jours mouvants,
Quand je mordais aux fruits que ma soeur, chère aînée,
Cueillait à l’arbre entier de notre destinée ;
Puis, en nous regardant jusqu’au fond de nos yeux,
Nous éclations d’un rire à faire ouvrir les cieux,
Car nous ne savions rien. Plus agiles que l’onde,
Nos âmes s’en allaient chanter autour du monde,
Lorsqu’avec moi, promise aux profondes amours,
Nous n’épelions partout qu’un mot :  » Toujours ! Toujours !  »

Philosophe distrait, amant des théories,
Qui n’ôtes ton chapeau qu’aux madones fleuries,
Quand tu diras toujours que vivre c’est penser,
Qu’il faut que l’oiseau chante, et qu’il nous faut danser,
Et qu’alors qu’on est femme il faut porter des roses,
Tu ne changeras pas le cours amer des choses.
Pourquoi donc nous chercher, nous qui ne dansons pas ?
Pourquoi nous écouter, nous qui parlons tout bas ?
Nous n’allons point usant nos yeux au même livre :
Le mien se lit dans l’ombre où Dieu m’apprend à vivre.
Toi, qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer.

Vois, si tu n’as pas vu, la plus petite fille
S’éprendre des soucis d’une jeune famille,
Éclore à la douleur par le pressentiment,
Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment,
Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole
Qu’elle croit endormie au son de sa parole :
Fière du vague instinct de sa fécondité,
Elle couve une autre âme à l’immortalité.

Laisse-lui ses berceaux : ta raillerie amère
Éteindrait son enfant… Tu vois bien qu’elle est mère.
À la mère du moins laisse les beaux enfants,
Ingrats, si Dieu le veut, mais à jamais vivants !

Sinon, de quoi ris-tu ? Va ! J’ai le droit des larmes ;
Va ! Sur les flancs brisés ne porte pas tes armes.
Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre innocence, ou laisse-nous pleurer !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

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CHEZ NOUS (Louis Mercier)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



CHEZ NOUS

Septembre. La journée est transparente et pure.
L’automne semble un beau souvenir de l’été,
Et ne menace pas encor les feuilles mûres.

Le ciel est une coupe immense de clarté.
Le visage sacré de la terre respire
La paix, la plénitude et la fécondité.

Les vignobles heureux dans le fleuve se mirent.
Sous l’eau calme, chargés du don des pampres lourds,
Les coteaux inclinés se regardent sourire.

Autour de son clocher là-haut sommeille un bourg ;
La chaleur sur les toits vibre et se réverbère,
Et l’on entend chanter les poules dans les cours.

Pas une âme dehors. C’est la saison prospère
Où, sans qu’il soit aidé par le travail humain,
Seul dans les champs déserts, le grand soleil opère

Le miracle éternel qui nous donne le vin.

(Louis Mercier)

Illustration: Guy Teytaud

 

 

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L’ARBRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration:Laura Zollar
    
L’ARBRE

Enseigne-lui l’étude des arbres. (Georges Séféris)

L’arbre est un fleuve d’étoiles qui s’écoule,
L’arbre tord ses mains, s’apaise, l’arbre est inflexible, l’arbre
N’est rien que la matière qui respire, et la matière est bonne.

L’arbre est la sentinelle du temps.
Il vibre au passage amoureux du soleil, déploie
Ses feuilles, nous invite à veiller aux quatre nuits de l’an qui passe,
Et quand la terre accablée renouvelle
L’inépuisable fécondité de son ventre, il annonce
Le jour qui vient, la montée de la sève jusqu’à la gloire.

[…]

L’arbre semble dormir,
Ne dort jamais, offre aux abeilles
Un refuge au repli de ses branches,
Un trou dans sa cuirasse aux colombes.
Sans jamais divertir, ayant reçu
Nativement sagesse et jugement.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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La mer irréversible (Maurice Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2018



Il vient une heure, dans notre jeunesse, où le monde
s’agrandit démesurément alors que les yeux n’offrent
toujours à la lumière que l’épaisseur d’une larme et
c’est là le miracle, le miracle de la fécondité. Voici le
delta fertile, le delta des dernières paresses et, au loin,
la barre impitoyable de la haute mer, de la mer
irréversible.

(Maurice Blanchard)

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Jamais notre joie (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Jamais notre joie devant la beauté
ne sera aussi belle que la beauté elle-même.

C’est bien le lointain qui s’approche,
et notre joie devant sa proximité,
ou plutôt dans sa proximité,
ne nous appartient pas
tant que nous ne lui appartenons

– elle qui nous arrache à nous-mêmes
et à notre stérile contentement
pour nous jeter dans les douleurs de la fécondité.

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: L’effroi du beau
Traduction:
Editions: Le Cerf

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Mais j’ai oublié … (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Alexander Nedzvetskaya  6 [800x600]

Mais j’ai oublié que tes mains ont contenté
la racine, arrosant le buisson et ses roses,
jusqu’à faire fleurir l’empreinte de tes doigts
sur la paix de la nature en sa plénitude.
Comme tes bêtes préférées la houe et l’eau
t’accompagnent, et mordent et lèchent la terre,
et c’est ainsi qu’en travaillant il naît de toi
le frais oeillet fougueux dans sa fécondité.
Je réclame et l’hommage et l’amour des abeilles
pour tes mains confondant leur souche diaphane
dans la terre, s’ouvrant pour féconder mon coeur,
de sorte que je suis une pierre brûlée
qui soudain avec toi chante : elle a reçu
l’eau des forêts, et c’est ta voix qui l’apporta.

***

Pero olvidé que tus manos satisfacían
las raíces, regando rosas enmarañadas,
hasta que florecieron tus huellas digitales
en la plenaria paz de la naturaleza.
El azadón y el agua como animales tuyos
te acompañan, mordiendo y lamiendo la tierra,
y es así como, trabajando, desprendes
fecundidad, fogosa frescura de claveles.
Amor y honor de abejas pido para tus manos
que en la tierra confunden su estirpe transparente,
y hasta en mi corazón abren su agricultura,
de tal modo que soy como piedra quemada
que de pronto, contigo, canta, porque recibe
el agua de los bosques por tu voz conducida.

(Pablo Neruda)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya 

 

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Le sens de l’orientation (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



 

Le sens de l’orientation

Même si l’homme extérieur qui agit est agi,
en lui, l’homme intérieur est toujours non-agir.

La sève de la contemplation
fait la fécondité de l’action.

(Michel Camus)

Illustration

 

 

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Le sens de l’orientation (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



 

Même si l’homme extérieur qui agit est agi,
en lui, l’homme intérieur est toujours non-agir.

La sève de la contemplation
fait la fécondité de l’action.

(Michel Camus)

Illustration

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