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Posts Tagged ‘(Federico Garcia Lorca)’

LA NONNE GITANE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019


 


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LA NONNE GITANE

Silence de chaux et de myrte.
Mauves dans les herbes fines.
Sur une toile jaune paille
la nonne brode des giroflées.
Volent dans le lustre gris
les sept oiseaux du prisme.
Tel un ours panse en avant
loin de là grogne l’église.
Comme elle brode ! Quelle grâce !
Sur la toile jaune paille
elle aimerait bien broder
des fleurs à sa fantaisie.
Quel tournesol ! Quel magnolia
de faveurs et de clinquant !
Quels safrans et quelles lunes
sur la nappe de l’autel !
Cinq oranges en compote
cuisent dans l’office proche :
ce sont les plaies du Christ
cueillies près d’Almeria.
Dans le regard de la nonne
galopent deux cavaliers.
Une rumeur dernière et sourde
lui décolle la chemise,
la vue des monts et des nuées
dans les lointains arides
fait qu’alors son coeur se brise,
son mur de sucre et de verveine.
Oh, quelle plaine escarpée
sous l’éclat de vingt soleils !
Quelles rivières soulevées
entrevoit sa fantaisie !
Mais à ses fleurs elle s’applique
tandis que debout dans la brise
l’éclat du jour joue aux échecs
par les fentes de la jalousie.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Louis Toffoli 

 

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LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



 

MARTYRE DE SAINTE EULALIE

 

LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE

PANORAMA DE MERIDA

Dans la rue court et bondit
Un cheval à la queue longue
Tandis que jouent où sommeillent
Quelques vieux soldats de Rome.
Une futaie de Minerves
Ouvre mille bras sans feuilles.
De l’eau suspendue redore
Les arêtes de rochers.
Une nuit faite de torses,
D’étoiles au nez cassé,
Attend les fentes de l’aube
Pour s’écrouler toute entière.
De temps à autre résonnent
Des jurons à crête rouge.
Les soupirs de l’enfant sainte
brisent le cristal des coupes.
La roue aiguise ses lames
et ses crochets suraigus.
Le taureau des forges brame
Et Mérida se couronne
De nards presque réveillés
et de mûres sur leurs tiges.

LE MARTYRE

Voici Flore nue qui monte
De petits escaliers d’eau. .
Le Consul veut un plateau
Pour les deux seins d’Eulalie.
De la gorge de la sainte
Sort un jet de veines vertes.
Son sexe tremble, embrouillé
Comme un oiseau dans les ronces
Sur le sol, déjà sans norme,
Sautent ses deux mains coupées
Pouvant encore se .croiser
Dans une prière ténue,
Ténue mais décapitée.
Et par les trous purpurins
Où naguère étaient ses seins
On voit des ciels tout petits
Ét des ruisseaux de lait blanc.
Mille petits arbres de sang
Opposent leurs troncs humides
Aux mille bistouris du feu.
De jaunes centurions,
Chair grise ayant mal dormi,
Vont au ciel entrechoquant
Leurs armures en argent.
Pendant que vibre confuse
Une passion de crinières
Et d’épées longues et courtes
Le Consul sur son plateau
Tient les seins fumés d’Eulalie.

ENFER ET GLOIRE

La neige ondulée repose.
Éulalie pend à son arbre.
Sa nudité de charbon
Charbonne les airs glacés.
La nuit tendre brille haut.
Eulalie morte dans l’arbre.
Tous les encriers des villes
Versent l’encre doucement.
Noirs mannequins de tailleurs
Vous couvrez la neige au loin.
Vos longues files gémissent
Un silence mutilé.
La neige vient à tomber.
Eulalie blanche dans l’arbre.
Des escadrons de nickel
Joignent à son flanc leurs lances.
On voit luire un ostensoir
Sur un fond de ciels brûlés
Entre des gorges d’eau douce,
Des bouquets de rossignols.
Sautez, vitres de couleurs !
Eulalie blanche sur neiges.
Des anges, des séraphins
Disent : Sainte, sainte, sainte.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Bernardo Martorell

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L’ENFANT MUET (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



 

Jarek Puczel _90

L’ENFANT MUET

L’enfant cherche sa voix
(le roi des grillons l’a prise)

Dans une goutte d’eau
l’enfant cherchait sa voix.

Je n’en veux pas pour parler
mais pour en faire une bague
qui portera mon silence
en son tout petit doigt.

Dans une goutte d’eau
l’enfant cherchait sa voix.

La voix captive au loin
mettait un habit de grillon.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Jarek Puczel

 

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VERLAINE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



 

Dorina Costras glissando_pictura_inset

VERLAINE

La chanson
que jamais je ne dirai
s’est assoupie sur mes lèvres.
La chanson
que jamais je ne dirai.

Parmi le chèvrefeuille
était un ver luisant
et d’un de ses rayons
la lune perçait l’eau.

Ce fut alors que je rêvai
la chanson
que jamais je ne dirai

chanson pleine de lèvres
et de canaux lointains

chanson de longues heures
dans l’ombre gaspillées

chanson d’étoile vive
sur un jour éternel.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Dorina Costras

 

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FENÊTRE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

Bernard Goutiers

FENÊTRE

Je viens pencher ma tête
A la fenêtre et vois
que le vent de sa lame
essaie de la couper.

Dans cette guillotine
invisible, je mets
les têtes sans prunelles
de tous mes désirs, tous.

Un parfum de citron
emplit l’instant immense,
cependant que le vent
s’éploie en fleur de gaze.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Bernard Goutiers

 

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CHANSON ANDALOUSE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

Cayetano De Arquer-Buigas b39dd4b8

CHANSON ANDALOUSE

Galant,
beau petit galant,
on brûle chez toi du thym.

Vainement tu vas, tu viens :
Je ferme ma porte à clef.

Avec une clef d’argent
attachée à un ruban;

Sur le ruban est écrit :
« Mon petit coeur est bien loin !

Ne rôde pas dans ma rue,
Laisse-la bien toute au vent.

Galant,
beau petit galant,
on brûle chez toi du thym.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Cayetano De Arquer-Buigas

 

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CHANSON (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

Valérie Sjodin Inspiration-Flow

CHANSON

La fillette au beau visage,
la voici cueillant l’olive,
Le vent, ce galant de tours,
l’a prise par la ceinture.

Passant quatre cavaliers
sur des poulains andalous,
vêtus de vert et de bleu
sous leurs longues capes sombres.

« Viens donc à Cordoue, la belle. »
La belle n’écoute pas.
Passent trois toréadors
à la taille bien cambrée;
leurs vêtements sont orange
et leurs épées d’argent vieux.

« Viens à Séville, la belle. »
La belle n’écoute pas.

A l’heure où le jour se teinte
de violet et se fond
en tendre lueur diffuse,
passe un jeune homme qui porte
roses et myrtes de lune.
« Viens à Grenade, la belle. »
La belle n’écoute pas.

La fillette au beau visage
cueille toujours ses olives,
avec le bras gris du vent
qui la serre par la taille.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Valérie Sjodin

 

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SUICIDE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Nicholas Chistiakov  midday suicide

SUICIDE
(Peut-être parce que tu ne savais pas la géométrie)

L’adolescent ne se connaissait plus,
il était dix heures du matin.

Son coeur lentement s’emplissait
d’ailes brisées et de fleurs de chiffon.

Il nota qu’il ne lui restait
sur les lèvres qu’une parole.

Comme il ôtait ses gants, il tomba
de ses mains une cendre fine.

Du balcon se voyait une tour
il se sentit balcon et tour.

Il vit pour sûr le regarder
la montre captive en son boîtier.

Et son ombre étendue en paix
sur le divan de blanche soie.

Et le garçon, géométrique et roide,
d’un coup de hache brisa le miroir

Cependant qu’un grand jet d’ombre
inondait la chimérique alcôve.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Nicholas Chistiakov

 

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CHANSON DU CAVALIER (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

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CHANSON DU CAVALIER

Cordoue
Lointaine et solitaire.

Cheval noir, grande lune,
Des olives en ma sacoche.
Bien que j’en sache les chemins
Jamais je n’atteindrai Cordoue.

Par la plaine, par le vent
Cheval noir, lune rouge.
La mort est là me regardant
Du haut des tours de Cordoue.

Ah ! qu’il est long le chemin.
Ah ! mon valeureux cheval.
Ah ! que la mort m’attende
Jusqu’à ce que je sois à Cordoue.

Cordoue
Lointaine et solitaire.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration

 

 

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Si mes mains pouvaient effeuiller (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Si mes mains pouvaient effeuiller

Je prononce ton nom
Au cœur des nuits obscures,
Lorsque viennent les astres
Boire à l’eau de la lune
Et que dorment les feuilles
Des secrètes ramures.
Je me sens tout sonore
De passion, de musique,
Folle horloge qui chante
Les heures de jadis.
Je prononce ton nom
En cette nuit obscure
Et je l’entends sonner
Plus lointain que jamais,
Plus lointain que toutes les étoiles,
Et plus plaintif que le bruit de la pluie.
Pourrai-je un jour t’aimer
Comme je fis naguère?
Mon cœur, où est la faute?
Si le brouillard s’éclaire,
Aurai-je une nouvelle
Passion, tranquille et pure?
Ah, si mes doigts pouvaient
vous effeuiller, ô lune

(Federico Garcia Lorca)

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