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Posts Tagged ‘féerie’

La belle femme d’antan (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2018



La belle femme d’antan

Je voudrais la revoir, cette femme d’antan, si belle!
II n’y avait que charme et tendre féerie en elle.
Quand nous nous promenions tous trois au bord des champs
Dans la boue, elle était sérieuse et gaie en même temps.
Sitôt qu’elle me regardait, un frisson me prenait.
Mais cette femme, c’est ne pas l’aimer que je voudrais!
Ne pas l’aimer, seulement la revoir, pas davantage,
La voir au soleil, rêvant au jardin, dans les feuillages,
Un livre dans les mains, fermé contre elle qui contemple
Dans l’automne alentour les feuillages épais qui tremblent.
Elle sous la tonnelle chuchotante, elle se lève,
Soudain hésite, et puis se ravisant, comme en un rêve,
Va plus loin que les fleurs du jardin sur la grande route,
La route qui l’attend et qui l’emmènera sans doute,
Avec les arbres tout au long qui lui diraient adieu.
Comme l’enfant veut voir sa mère morte, moi je veux
Revoir cette femme d’antan lointaine et familière,
Je veux la voir qui disparaît, belle dans la lumière.

(Attila Jozsef)


Illustration: Anne-François-Louis Janmot

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FÉERIE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

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FÉERIE

La lune mince verse une lueur sacrée,
Toute une jupe d’un tissu d’argent léger,
Sur les bases de marbre où vient l’Ombre songer
Que suit d’un char de perle une gaze nacrée.

Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux
De carènes de plume à demi lumineuse,
Elle effeuille infinie une rose neigeuse
Dont les pétales font des cercles sur les eaux…

Est-ce vivre?… O désert de volupté pâmée
Où meurt le battement faible de l’eau lamée,
Usant le seuil secret des échos de cristal…

La chair confuse des molles roses commence
A frémir, si d’un cri le diamant fatal
Fêle d’un fil de jour toute la fable immense.

(Paul Valéry)

 

 

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MÊME FÉERIE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



 

Caspar David Friedrich  cygnes

MÊME FÉERIE

La lune mince verse une lueur sacrée,
Comme une jupe d’un tissu d’argent léger,
Sur les masses de marbre où marche et croit songer
Quelque vierge de perle et de gaze nacrée.

Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux
De carènes de plume à demi lumineuse,
Sa main cueille et dispense une rose neigeuse
Dont les pétales font des cercles sur les eaux.

Délicieux désert, solitude pâmée,
Quand le remous de l’eau par la lune lamée
Compte éternellement ses échos de cristal,

Quel coeur pourrait souffrir l’inexorable charme
De la nuit éclatante au firmament fatal,
Sans tirer de soi-même un cri pur comme une arme?

(Paul Valéry)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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Les fruits (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



 Illustration: Marc Thouy
    
Les fruits

Je hais les fruits, splendeurs par le soleil mûries,
Prunes de pourpre et d’or, dont l’odorant sommeil
Dans l’aube fut troublé par un baiser vermeil,
Mystique Orange, éclose au pays des féeries,

Pomme fraîche exhalant le parfum des prairies,
Cerise folle, offrant ses lèvres au soleil,
Abricot à la joue espagnole pareil,
Et pêche aux chairs de femme exquises et meurtries.

Les fruits, réalités des rêves du printemps
Dans l’ostentation de leurs corps éclatants,
M’attristent à l’égal des choses accomplies.

Leur saveur sensuelle et leur lourde couleur
Ne fait frémir en moi que des mélancolies,
Car j’y vois l’agonie et la mort d’une fleur.

(Renée Vivien)

 

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L’HEURE FROIDE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



 

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L’HEURE FROIDE
Au comte Ferdinand de Strada.

Les crépuscules du soir m’ont laissé tant de pierreries dans la mémoire,
qu’il me suffit de prononcer ces mots  » crépuscules du soir, splendeurs des couchants  »
pour évoquer à la fois les souvenirs solennels de vie antérieure et les ravissements de jeunesse enivrée.

Et puis, après le crépuscule, la douce nuit transparente
ou bien encore la bonne nuit, épaisse comme des fourrures.

Alors, à Paris, le gaz s’allume.
L’été, le gaz, brillant parmi les arbres des jardins, donne aux feuilles qu’on ne voit qu’en dessous,
des tons verts et mats de décor de féerie.
L’hiver, le gaz dans le brouillard

(Charles Cros)

Illustration: Louis Flahaut

 

 

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LE PLAT DE FAÏENCE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LE PLAT DE FAÏENCE

Notre amour fut semblable à ces plats de faïence
Où l’on voit des pays fantastiquement bleus.
Des oiseaux à trois becs, des arbres onduleux,
Des saints dont l’œil qui louche est ravi de croyance.

Des buveurs digérant un jambon de Mayence,
Des chiens verts sous lesquels on lit: Ce sont des leups.
Des chevaux imprévus au profil fabuleux,
Des rois enluminés d’une rouge vaillance.

Notre amour fut pareil, bizarre et précieux.
Un étrange pays sous d’impossibles cieux,
Un plat bariolé de rêve et de féerie.

Plus d’un mets savoureux y fut bien fricassé,
Nous y avons mangé des baisers, en frairie.
Mais je l’ai laissé choir par terre. Il s’est cassé.

(Jean Richepin)

 

 

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C’est le matin (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



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C’est le matin. A la fenêtre grande ouverte
Tu viens respirer l’air de la ramure verte,
Et tes yeux sont encore imprégnés de sommeil.
Aussi, pour les garder des baisers du soleil,

As-tu mis sur ta tête un grand chapeau de paille.
Quel chapeau merveilleux, étrange! Une broussaille
De rubans clairs, de fleurs folles s’ébouriffant,
Un nimbe de féerie à ton minois d’enfant.

Pour goûter la fraîcheur du jour tu te recueilles.
Tous les petits oiseaux dans leurs maisons de feuilles
Redoublent de chansons et de cris éclatants
A voir s’épanouir en toi tout le printemps.

Moi j’admire, dans la fenêtre grande ouverte,
Le bouquet chaud que mêle à la ramure verte
Ton chapeau d’arc-en-ciel, jardin des sept couleurs,
Tout fleuri de rubans, tout rubanné de fleurs.

(Jean Richepin)

 Illustration: Pierre Auguste Renoir

 

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Il préfère à ces valises funèbres le sac à main des femmes (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2016



Il préfère à ces valises funèbres le sac à main des femmes,
où il y a des mouchoirs blancs parfumés,
des tubes de rouge à lèvres,
de la poudre rose, une palette de bleus,
un portefeuille avec des photos d’enfants
qui se baignent au bord de la mer,
un petit miroir et des lettres chiffonnées.
Il voudrait se glisser dans cette féerie
et se laisser aller au roulis de leurs hanches.
Curieux de leur parfum et de leurs amours,
il voudrait prendre la température exacte de leur cœur.

(Jean-Michel Maulpoix)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

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NUAGES (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016





NUAGES

Je sais que vous êtes de petits cristaux de glace,
Ou de l’eau.
Je sais où vont et d’où viennent les vents
Qui vous ballottent dans le ciel vide;
Vous passez devant des étoiles dont je sais les noms;
Les rayons des gloires qui vous auréolent et vous percent,
Je les brise dans mon spectroscope
Et je lis les secrets du soleil.

Cependant, quand le soir, de ses mains de lumière,
M’étreint et vous rougit,
De mon coeur, de mes lèvres, troupeaux saignants du ciel,
Pasteurs, archers, colombes, cygnes, féerie, mirage,
Je sens monter vers vous dix mille ans de prières.

(André Spire)

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Les grands saules chantent (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2016



Les grands saules chantent
Mêlés au ciel
Et leurs feuillages sont des eaux vives
Dans le ciel

Le vent
Tourne leurs feuilles
D’argent
Dans la lumière
Et c’est rutilant
Et mobile
Et cela flue
Comme des ondes.

On dirait que les saules coulent
Dans le vent
Et c’est le vent
Qui coule en eux.

C’est des remous dans le ciel bleu
Autour des branches et des troncs
La brise chavire les feuilles
Et la lumière saute autour
Une féerie
Avec mille reflets
Comme des trilles d’oiseaux-mouches
Comme elle danse sur les ruisseaux
Mobile
Avec tous ses diamants et tous ses sourires.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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