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Poésie

Posts Tagged ‘feindre’

Je t’aime, toi (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Je t’aime, toi… Mais ne va point me plaindre,
Arbre de vie aux fruits délicieux,
Puisque ta forme et ses dons précieux
Sur tous mes cieux ne cessent de se peindre.

Oui, tous mes jours… Mais les nuits le font mieux :
A peine vient ma lampe de s’éteindre
L’ombre s’éveille, et mes regards de feindre
Ce qu’ils verraient et virent dans tes yeux.

L’obscurité m’ouvre ta chambre claire
Où si souvent ton sourire m’apprit
A t’inventer ce qui pourrait te plaire…

Ô pour ma soif de toi seule et d’esprit
Est-il au monde une autre récompense
Qu’être à nous deux la tendresse qui pense ?

(Paul Valéry)

Illustration: Françoise Martin-Marie

 

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Mais oui, je suis sincère (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



 

Don Juan

Mais oui, je suis sincère,
je ne feins pas l’affection,
mais qu’est-ce que je peux y faire
si en moins de deux
elle devient trahison?

(Patrizia Cavalli)

Illustration

 

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Vous êtes une fleur (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Illustration: Vladimir Aleksandrov
    
Vous êtes une fleur, légère fleur rouge
dans le noir de la chambre, une fleur, une fleur —
au loin le maléfice inquiétant de la ville,
tout près le murmure frémissant du silence —
légère fleur rouge, blanche fleur.

Vous êtes mon coeur, mon coeur solitaire vivant,
tout autour mon corps s’agite,
une voix cruelle feint joie et chagrin,
foudroie mon corps, mais dedans déjà le noir —
vous vivez solitaire en moi, mon coeur vivant.

Vous êtes si sombre et pourtant si proche —
fleur pour les yeux et coeur en moi —
je cherche à dire mon désir.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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L’autre (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
L’autre

De quel lieu me vient ce regard
qui quelquefois monte à mes yeux
quand je les laisse sur un visage
se reposer de la distance ?

C’est comme cette eau de la citerne
qui se dégage de son mystère,
dans sa profondeur sans temps
un ténébreux souvenir tremble.

Métamorphose, rapt double
qui me dévoile un être distinct
derrière cette identité feinte
de mes pupilles hallucinées.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Ne feins pas la tendresse (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Ne feins pas la tendresse.
En toi se tendent les nerfs.
Epaules et rotules
fracassent la vie.
Et s’amenuisent aussi
pupilles et paroles.

(Jacques Izoard)

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FÊTE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



Illustration: Guy Leroy
    

FÊTE

il est tard la fumée des feux d’herbe
sait mieux que nous le tourbillon des gestes
ce vin nous grise que le vent verse

je dessine avec de feints mystères
l’horoscope des pierres qui sont là
elles se font planètes nous tournons

au son soudain de ses aigres guitares
la pluie si nue que j’ai peine à la voir
saura-t-elle reconduire les lieux

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Qu’il est dur d’avancer (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Qu’il est dur d’avancer parmi les hommes
Tout en feignant de n’avoir pas péri,
Et de narrer le jeu tragique des passions
À tous ceux qui n’ont pas vécu encore.

Et de chercher, dans son cauchemar nocturne,
Un ordre au tourbillon désordonné du coeur,
Pour que, dans les pâles lueurs de l’art,
On devine le feu dévorant de la vie!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Le vent je l’entends qui soupire (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Le vent je l’entends qui soupire
L’automne n’a pas plus triste accent,
Au sol les feuilles mortes gisent
Aussi serrées que fleurs du printemps —

Cette nuit sombre m’a invitée
À vagabonder au loin.
Des sentiments anciens sur moi fondent
Comme vautours cernant leur proie —

Tendres ils furent jadis, et chéris,
Mais froids et sans joie à présent —
Que leur ombre tenace n’a-t-elle péri
Quand leur lumière a fui mon front !

On dirait la vieillesse qui feint
La souplesse de l’enfant,
Mon âme faussée durcie quand elle se plie
À leurs fantaisies sauvages

Pourtant je pourrais avec les plaisirs d’hier,
Du malheur d’hier obtenir l’oubli —
Afin que par la mort de mes plus chers trésors
Meurent mes plus mortels soucis

Oh alors l’aube d’un nouveau jour
Poindrait peut-être là-haut —
Un autre été dorerait ma joue,
Mon âme, un autre amour —

***

The wind I hear it sighing
With Autumn’s saddest sound,
Withered leaves as thick are lying
As spring flowers on the ground —

This dark night has won me
To wander far away.
Old feelings gather fast upon me
Like vultures round their prey —

Kind were they once, and cherished,
But cold and cheerless now —
I would their lingering shades had perished
When their light left my brow

Tis like old age pretending
The softness of a child,
My altered hardened spirit bending
To meet their fancies wild

Yet could I with past pleasures,
Past woe’s oblivion buy —
That by the death of my dearest treasures
My deadliest pains might die

O then another daybreak
Might haply dawn above —
Another summer gild my cheek,
My soul, another love —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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Encore aujourd’hui (Bilhana)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Alain Bonnefoit 153

Encore aujourd’hui
Il me souvient
De sa façon de feindre,
En secret, le sommeil,
A peine m’avait-elle aperçu à sa porte –
Lorsque je le touchais doucement,
Son corps mince frissonnait
Et ses joues s’épanouissaient.

Encore aujourd’hui
Il me souvient
Comme l’aurore rougissait le ciel,
De ma bien-aimée,
Le visage incliné,
En proie à la peine –
Lorsque je lui dis adieu,
Elle ne répondit pas,
Mais, me dévisageant avec intensité,
Elle soupira profondément.

Encore aujourd’hui
Il me souvient d’elle,
Timide à notre première rencontre –
Lorsque, avec douceur, j’avançai la main vers le vêtement
Drapant ses hanches,
D’une fleur de lotus fixée à son oreille,
Elle s’efforça d’étouffer la scintillante clarté
De la flamme vacillante.

Encore aujourd’hui
Il me souvient
Dans le temple de l’Amour
De mon étendard victorieux –
Etendue sur la couche de nos plaisirs,
Noyant mes lèvres dans sa bouche,
Enlaçant étroitement mon corps
De ses membres exténués d’amour.

Encore aujourd’hui
Mon coeur se souvient
De ses façons ensorcelantes,
Des tendres mots d’amour,
Des regards de côté,
De sa démarche ondoyante et lascive,
De ses lumineux sourires.

(Bilhana)

Illustration: Alain Bonnefoit

 

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N’approchez pas (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017



Illustration: Michael Parkes
    
N’approchez pas, ô mes lèvres,
Le langage de la raison
Repoussez-le et tenez-vous loin
Et toi, braise de la confusion, prolonge-toi en flammes

Nous sommes arrivés au bout de nos tentations
Sans feindre, sans poser de questions
Sans retour

(Adonis)

 

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