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Poésie

Posts Tagged ‘feindre’

Qu’il est dur d’avancer (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Qu’il est dur d’avancer parmi les hommes
Tout en feignant de n’avoir pas péri,
Et de narrer le jeu tragique des passions
À tous ceux qui n’ont pas vécu encore.

Et de chercher, dans son cauchemar nocturne,
Un ordre au tourbillon désordonné du coeur,
Pour que, dans les pâles lueurs de l’art,
On devine le feu dévorant de la vie!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Le vent je l’entends qui soupire (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Le vent je l’entends qui soupire
L’automne n’a pas plus triste accent,
Au sol les feuilles mortes gisent
Aussi serrées que fleurs du printemps —

Cette nuit sombre m’a invitée
À vagabonder au loin.
Des sentiments anciens sur moi fondent
Comme vautours cernant leur proie —

Tendres ils furent jadis, et chéris,
Mais froids et sans joie à présent —
Que leur ombre tenace n’a-t-elle péri
Quand leur lumière a fui mon front !

On dirait la vieillesse qui feint
La souplesse de l’enfant,
Mon âme faussée durcie quand elle se plie
À leurs fantaisies sauvages

Pourtant je pourrais avec les plaisirs d’hier,
Du malheur d’hier obtenir l’oubli —
Afin que par la mort de mes plus chers trésors
Meurent mes plus mortels soucis

Oh alors l’aube d’un nouveau jour
Poindrait peut-être là-haut —
Un autre été dorerait ma joue,
Mon âme, un autre amour —

***

The wind I hear it sighing
With Autumn’s saddest sound,
Withered leaves as thick are lying
As spring flowers on the ground —

This dark night has won me
To wander far away.
Old feelings gather fast upon me
Like vultures round their prey —

Kind were they once, and cherished,
But cold and cheerless now —
I would their lingering shades had perished
When their light left my brow

Tis like old age pretending
The softness of a child,
My altered hardened spirit bending
To meet their fancies wild

Yet could I with past pleasures,
Past woe’s oblivion buy —
That by the death of my dearest treasures
My deadliest pains might die

O then another daybreak
Might haply dawn above —
Another summer gild my cheek,
My soul, another love —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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Encore aujourd’hui (Bilhana)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Alain Bonnefoit 153

Encore aujourd’hui
Il me souvient
De sa façon de feindre,
En secret, le sommeil,
A peine m’avait-elle aperçu à sa porte –
Lorsque je le touchais doucement,
Son corps mince frissonnait
Et ses joues s’épanouissaient.

Encore aujourd’hui
Il me souvient
Comme l’aurore rougissait le ciel,
De ma bien-aimée,
Le visage incliné,
En proie à la peine –
Lorsque je lui dis adieu,
Elle ne répondit pas,
Mais, me dévisageant avec intensité,
Elle soupira profondément.

Encore aujourd’hui
Il me souvient d’elle,
Timide à notre première rencontre –
Lorsque, avec douceur, j’avançai la main vers le vêtement
Drapant ses hanches,
D’une fleur de lotus fixée à son oreille,
Elle s’efforça d’étouffer la scintillante clarté
De la flamme vacillante.

Encore aujourd’hui
Il me souvient
Dans le temple de l’Amour
De mon étendard victorieux –
Etendue sur la couche de nos plaisirs,
Noyant mes lèvres dans sa bouche,
Enlaçant étroitement mon corps
De ses membres exténués d’amour.

Encore aujourd’hui
Mon coeur se souvient
De ses façons ensorcelantes,
Des tendres mots d’amour,
Des regards de côté,
De sa démarche ondoyante et lascive,
De ses lumineux sourires.

(Bilhana)

Illustration: Alain Bonnefoit

 

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N’approchez pas (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017



Illustration: Michael Parkes
    
N’approchez pas, ô mes lèvres,
Le langage de la raison
Repoussez-le et tenez-vous loin
Et toi, braise de la confusion, prolonge-toi en flammes

Nous sommes arrivés au bout de nos tentations
Sans feindre, sans poser de questions
Sans retour

(Adonis)

 

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LE SYLLOGISME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
LE SYLLOGISME

(Sur un air de complainte.)

Immortel est Socrate :
on parle encore de lui.
Or, Socrate est un homme,
or, on parle des hommes,
donc, immortels ils sont.

lmmortels sont les êtres
qui vivent sur la terre
les bêtes, les poissons,
les plantes et les pierres,
immortelles la vie
et la réalité.
Mais moi, moi qui vous parle,
je suis fait pour mourir,
telle est la vérité.

A chaque instant je meurs
je meurs à chaque aurore
et tout ce qui revit
et tout ce qui sourit
et l’amour immortel,
ils vivent de ma mort.

Quand je ferme les yeux
je sais que la lumière
continue à briller,
quand je ferme la bouche
je sais que la matière
continue à crier.
Donc, tout est immortel,
et moi, moi qui vous parle
je suis fait pour mourir
il n’en faut pas douter.

Sur cette sépulture
ou je resterai seul
laissez dormir les gens
laissez dormir les bêtes
laissez dormir les pierres
qui feignent de mourir :
moi je dors pour de bon
moi je meurs pour de bon
dans un monde immortel.

(Jean Tardieu)

 

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Chanson du paillasson (François Caradec)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017




    
Chanson du paillasson

Je suis couché devant ta porte
comme une bête grise et morte
ton paillasson.

Tous ceux qui chez toi sont entrés
sur moi ont essuyé leurs pieds
sans dir’ pardon.

Je hais les hommes malpolis
qui vont tout droit jusqu’à ton lit
et puis s’en vont

sans même feindre de me voir
je suis seul à m’apercevoir
de ce qu’ils sont.

(François Caradec)

 

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Fête de taches (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Fête de taches, gamme des bras
mouvements
on saute dans le « rien »
efforts tournants
étant seul, on est foule
Quel nombre incalculable s’avance
ajoute, s’étend, s’étend!
Adieu fatigue
adieu bipède économe à la station de culée de pont
lé fourreau arraché
on est autrui
n’importe quel autrui
On ne paie plus tribut
une corolle s’ouvre, matrice sans fond
La foulée désormais a la longueur de l’espoir
le saut a la hauteur de la pensée
on a huit pattes s’il faut courir
on a dix bras s’il faut faire front
on est tout enraciné, quand il s’agit de tenir
Jamais battu
toujours revenant
nouveau revenant
tandis qu’apaisé le maître du clavier feint le sommeil

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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QUAND TU SERAS BIEN VIEILLE… (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



 

QUAND TU SERAS BIEN VIEILLE…

Quand tu seras bien vieille et grise, dodelinant
Aux portes du sommeil près du feu : prends ce livre
Et lis sans te hâter, et rêve à la douceur
Qu’eurent tes yeux jadis, dans leurs ombres lourdes.

Combien aimaient alors ta grâce joyeuse,
Qu’ils aimaient ta beauté, de feint ou vrai amour !
Mais un seul homme aima en toi l’âme viatrice
Et aima les chagrins du visage qui change.

Penche-toi donc sur la grille embrasée
Et dis-toi, un peu triste, à voix basse :  » Amour,
Tu as donc fui, tu as erré sans fin sur la montagne,
Tu t’es caché dans l’innombrable étoile.  »

***

WHEN YOU ARE OLD

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read, and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep ;

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how Love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

(William Butler Yeats)

Illustration: Edouard Vuillard

 

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LA FORME DES ÉCLAIRS (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



    

LA FORME DES ÉCLAIRS

Les éclairs n’ont pas de forme définie,
les éclairs fabriquent leur propre forme.

Les éclairs durent ce que peuvent durer
des yeux noyés dans l’eau d’un verre.

Les éclairs de tes yeux sont ceux que je préfère,
quand tu n’es pas présente et que tu feins d’être avec moi.

(Homero Aridjis)

 

Recueil: Les poèmes solaires
Traduction: Ivan Alechine
Editions: Mercure de France

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L’Aurore (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017




L’Aurore est l’effort
De la Face Céleste
Pour à Nos yeux feindre
L’Ignorance du parfait.

(Emily Dickinson)

Illustration

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