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Posts Tagged ‘fêlé’

LA CLOCHE FÊLÉE (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



cloche fêlée

LA CLOCHE FÊLÉE

Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente

Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.

(Charles Baudelaire)

 

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LE CORPS N’EST PAS TON CORPS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Alphonse Mucha Spring 1896 panel

LE CORPS N’EST PAS TON CORPS

Le corps, dois-tu dire, n’est pas ton corps.
Nous devons parer les morts d’une rose sur la poitrine
D’une couronne de myrte.
Aimons-nous les uns les autres.
Que le corps de l’homme ne craigne point
Le corps de la femme, en harmonie, en silence.
Aimons-nous les uns les autres.
Le corps de la femme tremble et s’approche.

Derrière, l’ombre nous protège,
L’amour nous fait peur, le sommeil nous entraîne.
En harmonie, en silence.
Enfin la mort nous emporte — aimons-nous les uns
les autres —
Et nous glisse dans son tiroir.

(Tu dois prendre soin de, ton corps même au
printemps
Préparer sa fête avec une rose sur la poitrine,
Une couronne de myrte.)

Là sont les mains avec les doigts immobiles.
Là les yeux et tout ce que les yeux cachent
Dérobés à la lumière, comme des coquilles vides.
Les lèvres bien closes et fêlées.

(Nous ne demanderons plus rien, qui ne puisse être donné
Et nous n’interrogerons pas : nous serons nous-mêmes la réponse.)

(Georges Themelis)

Illustration: Alphonse Mucha

 

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De temps à autre (Omar Khayyâm)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



 

Frans Francken argent  2

De temps à autre, un homme se dresse dans ce monde,
Etale sa fortune et proclame : c’est moi !
Sa gloire vit l’espace d’un rêve fêlé,
Déjà la mort se dresse et proclame : c’est moi !

(Omar Khayyâm)

Illustration: Frans Francken

 

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Les grains de charbon, la vitre fêlée (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Les grains de charbon, la vitre fêlée, chaque fois ma vie recommençait.
Les bois germaient et les maisons où je ne connaissais personne,
les champs où l’homme n’était plus qu’une silhouette.
Ils passaient, je passais.

Des souvenirs seule me restait la tendresse indistincte
qui glissait de moi sur le monde.
Et maintenant où je m’en fonce dans mes fantômes ? Je danse !
Fraternel le petit nuage qui me frôle, diaphane entre terre et ciel.

Moi sans vous ?
Moi qu’un pas loin de vous arrache à soi-même
et qui partout vous emporte dans ma poche de sarigue ?
Ah rendue au vent, au tourbillon, à la solitude du soleil !
Ah sauvage !

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Pierre Corratgé

 

 

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IMAGERIES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration
    
IMAGERIES

La vie qui mêle sans art
Carrossiers et palmipèdes
Dans une grande chaleur
Où sous un froid éternel,

L’éléphant, la crapaudine,
Le bolet nécromancien,
Et ce phagocère olympien
Qu’on appelait Léopoldine,

Qui fait dérailler les trains
Puis le vol de la Grande Ourse,
Dans le ciel inaltérable
Écartelé de soleil,

La vie ne m’a rien donné
Qu’une tendresse insoluble,
Fêlée d’une cornemuse
Au bord peureux des forêts.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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La bouteille fêlée (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018




la bouteille fêlée
qui gardera longtemps son dépôt violet bleu

(Jean Follain)

Illustration

 

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CANTILÈNE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
CANTILÈNE

les doigts fuyants de la lumière
chaque jour tentent de nous apprendre
les rudiments du vrai deuil

vous mes muettes condisciples
tant usées que vous devenez pieuses
choses fêlées passées dépareillées
vous me devancez d’un souffle
pour savoir et pour oublier

qui fera boire les verres qui se brisent
crier la voix qui se manque

un soir tout juste un peu plus sombre
le silence aux yeux en amande
viendra vers notre amour sans geste
bénir en nous l’enfance errante
avec un léger tremblement

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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VOYAGEURS EN EREWHON* (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration
    
VOYAGEURS EN EREWHON*

Tu ouvres ta
Robe sur le lit
Poussiéreux où personne
N’a dormi depuis des années
Une chouette gémit sur le toit
Tu dis mon
Chéri mon
Chéri
Dans la lumière fumante de la vieille lampe
A pétrole tes épaules tes seins tes fesses
Sont comme des fleurs de pêcher
D’énormes étoiles lointaines écartées
Derrière la vitre fêlée
Immenses animaux immortels
Chacun un oeil
Te regardent
Ouvrir ton corps
Nuit sans fin
Forêt sans fin
Maison abandonnée toute une vie
Dans la forêt dans la nuit
Personne n’arrivera jamais
A cette maison
Seule
Dans le monde noir
Au pays des yeux

* Erewhon : anagramme de «nowhere», littéralement : «nulle part».
Titre d’un célèbre roman de Samuel Butfer (N.d.T.).

(Kenneth Rexroth)

 

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Tout proches (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017




    
Tout proches
la terre et les objets familiers
Le corps est aux travaux du jour
met de l’ordre dans les chambres
tond l’herbe redresse les murs
s’enchante du temps qui passe
Toute seule cependant
lointaine sourdine
une tête fêlée
travaille à l’indicible

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Immensité criminelle (Georges Bataille)9

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



 

Immensité criminelle
vase fêlé de l’immensité
ruine sans limites

immensité qui m’accable molle
je suis mou
l’univers est coupable

la folie aimée ma folie
déchire l’immensité
et l’immensité me déchire

je suis seul
des aveugles liront ces lignes
en d’interminables tunnels

je tombe dans l’immensité
qui tombe en elle-même
elle est plus noire que ma mort

le soleil est noir
la beauté d’un être est le fond des caves un cri
de la nuit définitive

ce qui aime dans la lumière
le frisson dont elle est glacée
est le désir de la nuit

(Georges Bataille)

Illustration: Joseph Galante

 

 

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