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Posts Tagged ‘fêler’

Parce qu’il y a certains livres (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


 

Francis Picabia -   (6)

Parce qu’il y a certains livres qui sont
étincelles de pain doré,
Parce que ce sont livres à longue saveur plus
longue que mon temps
Parce que ruminante est la connaissance du dévolu.

Parce que mon corps est pesant de mémoire
autant que de jours
et qu’étant plus pesant il a plus d’élan.

Parce que le dessin de ma bouche
est le dessin d’une autre bouche
parce que je suis étranger à mon passage
et immuable dans l’immuable quête…

Peut-être que l’immobilité a reçu message
des bords mordorés qui dévorent leurs couleurs
Peut-être que la pulsation qui fêle chaque seconde
naît des confins noirs des midis de nudité.

Ruée de ma rivière et de ton fleuve ignorant saules
et prés pour se confondre
et se consumer à l’embouchure
Et nous voici centre de vie pic et caverne
Ma langue est la bêche humide qui prépare le creux
de la fécondité…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Francis Picabia

 

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Jusqu’à l’âme, et bien au delà (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Alors jusqu’à toi, mon pauvre ange,
Jusqu’à toi-même, toi compris.

Vous avez trouvé que mon cri
Sonnait d’une manière étrange!

Et vous vous êtes dit: Voilà
Un coeur qui chante sa réclame!

Et j’étais fêlé jusqu’à l’âme,
Jusqu’à l’âme, et bien au delà…

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Edvard Munch

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BAISER DE CRISTAL (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

Alexander Maranov   6

BAISER DE CRISTAL

Tu es faite de beaucoup de beauté,
De beaucoup de beauté, innombrable et immobile.

Avec quelles mains te retenir
Afin que l’albâtre ne se fêle ni ne se casse,
Pour que ne glisse point et ne disparaisse des yeux
Ton corps entier comme un poisson d’or.

Je ne sais que faire.

Te couvrir avec une toile
Te cacher avec un drap de lit ?

T’embrasser ou bien pleurer sur toi ?

Je cherche les seins, je fouille les cheveux,
Je baise tes lèvres pour te réveiller.

Il est une solitude sur les lèvres,
Un désert terrible.

Comme quand tu te penches et que tu baises
Tes propres lèvres dans le miroir.

Le froid baiser de cristal te fait peur

(Georges Themelis)

Illustration: Alexander Maranov

 

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Frissons (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
Frissons

Pleurez avec mon coeur
Pleurez avec mon coeur, orchestre fantastique;
Que mon rêve évoqua,
Pâles harmonicas
Et clavecins voilés, orgues aux cris mystiques;

Pleurez avec mon coeur tristement éperdu;
Cortèges des voix grises,
Roseaux que le vent brise,
Voix en deuil des baisers à tout jamais perdus;
Pleurez avec mon coeur tristement éperdu.

O pleurez dans le soir, douloureuse musique,
Vous, lyre que fêla
Le temps, violons las,
Et tympanons fanés, et harpes squelettiques;
O pleurez dans le soir, douloureuse musique.

Pleurez avec mon coeur, voix s’exhalant des tombes.
– O quel orchestre las
Gémit sous les lilas
Où parmi les parfums sanglotent des colombes; –
Pleurez avec mon coeur, voix s’exhalant des tombes.

Pleurez avec mon coeur, voix des mortes d’amour
Qui suintez de la terre
Molle des cimetières,
Voix d’ombre et voix de cendre aux imprécis contours;
Pleurez avec mon coeur, voix des mortes d’amour.

(Marie Dauguet)

 

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Bonheur rejoint (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2015



Bonheur rejoint, on chemine
sur toi comme au fil d’une lame.
Aux yeux tu es la lueur qui vacille,
au pied l’étendue glacée qui se fêle,
donc ne te touche pas qui le plus t’aime.

Si tu atteins les âmes envahies
de tristesse, et les éclaires, ton matin
est doux et troublant comme les nids aux cimaises.
Mais rien ne rachète les pleurs de l’enfant
dont le ballon, entre les murs, s’échappe.

***

Felicità raggiunta, si cammina
per te su fil di lama.
Agli occhi sei barlume che vacilla,
al piede, teso ghiaccio the s’incrina;
e dunque non ti tocchi chi più t’ama.

Se giungi sulle anime invase
di tristezza e le schiari, il tuo mattino
è dolce e turbatore come i nidi delle cimase.
Ma nulla paga il pianto del bambino
a cui fugge il pallone tra le case.

(Eugenio Montale)

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