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Poésie

Posts Tagged ‘femme’

Après la mélancolie (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Après la mélancolie sublime du désir,
quelle amère et désolante mélancolie que celle de la satiété !
Quel profond vide inattendu, après tout amour satisfait !
Et quel mépris pour ces lèvres de femme,
qui n’ont cependant commis que la faute adorable
d’avoir, les stupides, contenté nos désirs !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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A L’ABSENTE (Georges Druilhet)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



A L’ABSENTE

Que n’es-tu près de moi, sous tes fins cheveux blonds !…
Nous qui parle pouvoir d’un coup d’œil nous troublons,
Nous, poètes pensifs qu’une parole enivre,
Avons besoin surtout de tendresse pour vivre.
Sans la femme et le guide amical de sa main,
Nous ne saurions risquer nos pas sur le chemin
Que la vie a tendu de perfides embûches…
— Oh ! lorsqu’en l’âtre clair et gai flambent les bûches,
Je voudrais te sentir ici, près des landiers ;
Ou, quand les vastes cieux semblent incendiés
Au couchant, j’aimerais te conduire à l’orée
Du bois où se diffuse une cendre dorée.
Le crépuscule est doux aux amants. Lorsque à deux
Ils marchent, en suivant un sentier hasardeux,
Leurs mains s’enlacent mieux ; les prunelles en flammes
Eclairent les secrets cochés au fond des âmes ;

Et l’amer sentiment qu’ici-bas tout finit.
Que la feuille s’envole avec l’herbe du nid,
A l’heure où la forêt, veuve d’ombre, abandonne
Sa parure éphémère aux souffles de l’automne,
Cette angoisse des cœurs, si prompte à les saisir
Qu’elle devrait glacer aux veines le désir,
Bien au contraire ajoute à sa toute-puissance…
— Rien ne lasse l’Amour, rien, pas même l’absence,
Tu le sais, puisque loin de toi je rêve encor
A ton visage pur nimbé de rayons d’or.

(Georges Druilhet)

 

 

 

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BEAU MARBRE… (René Ménard)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



Beau marbre vieux bois que j’aime fibre à fibre
Fleurs qui donnez la jeunesse à mes lèvres
Laines où je m’enveloppe encore de mon enfance
Parfums qui suscitez des lumières dans mes yeux
Musique auréolant les arbres des jardins
Je vis! Je crois vivre! Des frères pleins d’aventure
Chantent à tue-tête sur les chemins de l’éternité
Des femmes de leur corps me font une patrie
Voici des pierres debout qui soulèvent des villes
Sérieuses de tous les gestes de la patience humaine
Et le passé des hommes
Comme la géographie de ma mémoire.

(René Ménard)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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Courrier du coeur (Georges Sand)(Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018


 

georges-sand-alfred-de-musset-f6

 

aimer-s

 

baiser

 

Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j’ai
bien compris l’autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l’affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l’abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.
Votre poupée

(Georges Sand)

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

(Alfred de Musset)

Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.

(Georges Sand)

 

 

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Le menacé (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



Le menacé

C’est l’amour. Je devrais me cacher ou fuir.

Les murs de ma prison grandissent, comme en un rêve atroce.
Le beau masque a changé, mais comme toujours c’est le seul.
De quoi peuvent me servir mes talismans :
l’exercice des lettres, la vague érudition,
l’apprentissage des mots dont l’âpre Nord se servit pour chanter ses mers et ses épées,
la sereine amitié, les galeries de la Bibliothèque, les choses courantes, les coutumes,
le jeune amour de ma mère, l’ombre militaire de mes morts, la nuit intemporelle, la saveur du sommeil ?

Etre avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps.

Déjà la cruche se brise sur la fontaine, déjà l’homme se lève à la voix de l’oiseau,
déjà s’assombrissent ceux qui regardent aux fenêtres mais l’ombre n’a pas apporté la paix.

C’est, je le sais bien, l’amour : le désir anxieux d’entendre sa voix,
l’attente et la mémoire, l’horreur de vivre dans la succession.

C’est l’amour avec ses mythologies, avec ses petites magies inutiles.

Il y a un coin de rue où je n’ose passer.

Déjà les armées m’encerclent, les hordes.

(Cette chambre est irréelle, elle ne l’a pas vue.)

Le nom d’une femme me dénonce.

J’ai mal à une femme dans tout mon corps.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Ah, femme (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Alexander Nedzvetskaya (5)

Que de fois, un rêve
nous fait, de jour, prendre les armes,
accuser, défendre — ah femme nôtre ! —
une aigrette sur la lune !

— Ah, femme, plus qu’un corps,
âme presque, au point
où celui-là va vers celle-ci
et où l’âme est presque celui-là :
germe de confusions
de vérité et de mensonge ! —

Femme, et nous ne savons pas
quel domaine est le tien ;
où prendre ta part, rose ambiguë !

***

¡Qué de veces, un sueño
nos hace tomar armas en el día,
acusar, defender — iay mujer nuestra—
a un vilano en la luna!

—¡ay, mujer, más que cuerpo,
casi alma, en el punto
en que aquél va hacia ésta
y el almas es casi aquél;
jermen de confusiones
de verdad y mentira!—

¡Mujer, y no sabemos
qué dominio es el tuyo;
dónde tomar tu parte, ambigua rosa!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

 

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Que de fois (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Vladimir Volegov

Que de fois, un rêve
nous fait, de jour, prendre les armes,
accuser, défendre — ah femme nôtre ! —
une aigrette sur la lune !

— Ah, femme, plus qu’un corps,
âme presque, au point
où celui-là va vers celle-ci
et où l’âme est presque celui-là :
germe de confusions
de vérité et de mensonge ! —

Femme, et nous ne savons pas
quel domaine est le tien ;
où prendre ta part, rose ambiguë !

***

¡Qué de veces, un sueño
nos hace tomar armas en el día,
acusar, defender — iay mujer nuestra—
a un vilano en la luna!

—¡ay, mujer, más que cuerpo,
casi alma, en el punto
en que aquél va hacia ésta
y el almas es casi aquél;
jermen de confusiones
de verdad y mentira!—

¡Mujer, y no sabemos
qué dominio es el tuyo;
dónde tomar tu parte, ambigua rosa!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Vladimir Volegov

 

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LES OBJETS RENVERSES (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



David Hockney -VanGoghChair1988

 

LES OBJETS RENVERSES

On peut mentir à ses amis,
rester muet devant les femmes,
mais à l’objet qui vit sans bruit
comment lui dérober son âme ?

L’oreiller gonflé, bien en place,
parle des nuits passées ailleurs.
Un tapis alourdi de traces
trahit la bête et la fureur.

Taches, cendres, poussière, odeurs,
monceau de signes sur la table,
vous accablez vos créateurs
de témoignages implacables.

Ni la peur ni la récompense
ne vous poussent à déposer,
hors l’étrange et sûre vengeance
contre qui vous a méprisés.

Vous démontez les alibis,
verrous tirés, vieilles empreintes.
Parmi les meubles ennemis
un homme est seul avec ses craintes.

(Axel Toursky)

Illustration: David Hockney

 

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Douleur (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Douleur

Ce soir je me sens malheureux
C’est qu’il a menti le beau songe
Je m’exaltais en plein mensonge
Ah ! comme j’en sors douloureux

Je croyais, et c’était ma gloire
J’espérais, c’était mon bonheur
Et maintenant, j’ai dans le coeur
Le mal affreux de ne plus croire

Je pleure, et ma main tremble un peu
Demain, je serai triste encore
Je verrai sans plaisir l’aurore
Et sans plaisir l’infini bleu

Quand on souffre par une femme
Sans espoir d’être consolé
On ne voit, d’un oeil désolé
Que le ciel sombre de son âme

(Albert Lozeau)


Illustration

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Impérissable créature (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Impérissable créature,
D’où te vient, non ta valeur,
Mais ce qu’en notre âme tu es,
Cette force que trahison,
Désillusion jamais n’épuisent,
Qui, toujours vive, à vous nous condamne ? Invincibles
Vous rôdez dans l’obscure trame
De nos cités, vous maintenez en vie
Une race détruite, vous les ultimes
Ministres de l’espérance, fût-elle vaine
En fin de compte !

Faut-il adoucir des souffrances :
Une femme le pourra ; un homme désespère
De son destin : c’est encore une femme
Qui le soutiendra le long du rocailleux chemin ;
Un homme brise son épée :
La femme aimée la lui remet,
Pure et brillante, en main.
Et pourtant nous savons
Combien cruelle, vile, traîtresse
Elle est.

Siècles et millénaires
S’étaient entassés l’un sur l’autre
Et désormais elle languissait, se défaisait
La race humaine, jadis glorieuse…
Sur la pourriture, sur le purin
Quelque chose flottait et c’était une femme.

***

Inesauribile creatura,
Donde ti viene, non già il tuo valore,
Ma quello che nel nostro anima sei,
Quella virtù che tradimento,
Che delusione non sgomenta,
Che sempre viva a voi ci sforza ? Invitte
Voi vi aggirate per l’oscura trama
Delle nostre città, serbate in vita
Una razza distrutta, voi ministre
Ultime di speranza, e sia pur vana
Infne !

Un male è da lenire
Una donna potrà ; dispera un uomo
Del suo destino : ed una donna ancora
Lo sosterrà lungo la via ronchiosa ;
Un uomo spezza la sua spada
Schietta e lucente nella mano
A lui la riporrà la donna amata.
E tuttavia sappiamo pure
Quanto feroce, vile, traditrice,
Ella.

S’erano i secoli, i millenni
L’uno sull’altro accatastati
Ed oramai languiva e si sfaceva
La stirpe umana, un di gloriosa…
Sul putridume, sul liquame
Qualcosa galleggiava : era una donna.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: William Bouguereau

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