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La Femme de Loth (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Marvin Haye

La Femme de Loth

La femme de Loth regarda en arrière,
et elle devint une statue de sel
Genèse 19, 2.6

Et le Juste marchait derrière l’ange de Dieu
Immense et lumineux sur la montagne noire
Mais la détresse parlait fort à sa femme:
Non, il n’est pas trop tard, tu peux encore la voir
Ta Sodome natale, ses tours rouges,
La place où tu chantais, la cour où tu filais,
Et les fenêtres vides de la haute maison
Où tu as donné des enfants à ton mari bien aimé.
Elle se retourne — frappés soudain d’une douleur mortelle,
Ses yeux déjà s’aveuglent,
Et son corps se raidit, sel transparent,
Et ses jambes rapides dans la terre s’enracinent.

Qui pleurera cette femme ?
Quelle importance a-t-elle ?
Mais mon coeur, lui, jamais n’oubliera
Celle qui, pour un regard, donna sa vie.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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J’ai un certain sourire (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



J’ai un certain sourire, regarde:
Là, ce mouvement des lèvres presque imperceptible.
Pour toi seul je le garde —
C’est l’amour qui me le donne.
Qu’importe, si tu es dur, insolent,
Qu’importe, si tu aimes d’autres femmes.
Devant moi, un lutrin d’or,
Près de moi, mon fiancé aux yeux gris.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Les fleurs de Paris (Albert Mérat)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



 

Luiza Gelts

Les fleurs de Paris

Pour faire tous les coeurs contents
Avril revient. C’est le printemps
Qui pleure, qui rit et barbotte,
Et qui, chargé de falbalas,
Nous offre ses premiers lilas
« Fleurissez-vous ! deux sous la botte ! »

Puis, comme un rêve parfumé,
Les petites roses de mai,
Et les dernières violettes,
Avec les frais muguets des bois,
Pareils à des chapeaux chinois
Qui feraient trembler leurs clochettes ;

Les seringas et les oeillets,
Points rouges, blancs et violets,
Fleurs en boutons et fleurs écloses,
Les bluets comme dans les blés,
Et les coquelicots mêlés
Aux résédas parmi les roses…

Car les jardins, les bois, les champs,
Qui connaissent bien nos penchants,
Ayant des fleurs, nous les envoient.
Ils en gardent toujours assez.
Nous marchons à pas trop pressés ;
Il est bon que nos yeux les voient.

Que le pavé soit sec ou gras,
Jonchant les charrettes à bras,
Déjà souffrantes et pâlies,
Elles embaument, voulant bien
Ne rien coûter ou presque rien,
Bien que nous les trouvions jolies.

Frêles, elles mourront demain
Dans l’eau d’un vase, ou dans la main
Distraite et blanche d’une femme,
Et, bienfaisantes pour chacun,
En rendant un dernier parfum,
Elles exhaleront leur âme.

(Albert Mérat)

Illustration: Luiza Gelts

 

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Les taches brunes (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Les taches brunes,
sur les mains, on
les nomme fleurs

de cimetière — ne
les redoute pas. Ces
ombres chaque jour

plus présentes, vois-les
comme des petites
feuilles que les
automnes, tendrement,

posent peu à peu sur
ta peau, rappelle-toi
la femme paisible

qui laissait filer
sa laine, entre ses doigts
piqués des mêmes
taches brunes.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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CONFIDENCES (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



 

Alexander Daniloff

CONFIDENCES

Les cœurs bavardent, les cœurs se disent
Tu bats trop fort…
— Toi, tu bats trop lentement.
— J’ai battu si vite, si vite !
— Et moi pas assez encore…
Tout m’appelle,
Tout m’attire, m’entraine,
Les femmes, les larmes, les livres,
Les villes, les fleuves, le ciel.

(André Spire)

Illustration: Alexander Daniloff

 

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LA MUSIQUE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Dariusz Branski

LA MUSIQUE

Non, ne la fais pas naître,
car elle a un corps et une âme,
comme une femme ; ne crée pas
la mort en la créant ; laisse
sa nudité dans la sérénité
— sans existence — du piano !

Non, non ; qu’elle ne dresse pas
son beau corps sur le crépuscule,
pour retomber ensuite, sous l’immense
noirceur de sa chevelure libre !

***

LA MÚSICA

¡No la hagas nacer,
que tiene cuerpo y alma,
igual que una mujer; no seas
creador de la muerte con crearla; deja
su desnudez en la serenidad
—no existente— del piano!

¡No, no; que no levante
su cuerpo hermoso en el crepúsculo,
para luego caer, bajo la inmensa
negrura de su abierta callebera!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Dariusz Branski

 

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Tu ressemblais (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Dorina Costras touching_the_ephemeral_inset

Tu ressemblais,
passionnée déjà, et même courroucée,
à un coucher de soleil après l’orage.

La lueur rouge de tes yeux ruisselants
illuminait, ici et là, ton ombre tragique,
en un ultime couronnement ;
— oh, quelle nostalgie immense d’un crépuscule
(celui-ci!)
qui devait arriver ! —

Où ai-je donc vu un paysage de ville
— quartiers ouverts au couchant
de la mer, façades aux vitres parcourues
d’une lumière rouge sang —,
si terriblement, glorieusement unique,
qu’on eût dit une femme ?

… Qui ressemblait à une femme inconnue ;
— oh, quelle nostalgie immense d’une femme
(toi !)
qui devait arriver ! —

***

Parecías,
apasionada ya, y aún iracunda,
una puesta de sol tras la tormenta.

El fulgor rojo de tus ojos chorreantes
iluminaba, aquí y allá, tu sombra trájica,
en coronación última;
—¡ oh,qué nostaljia inmensa de un crepúsculo
(¡éste!)
que había de venir!—

¿Dónde vi yo un paisaje de ciudad
— barrios abiertos al ocaso
del mar, con las fachadas de cristales recorridas
de roja luz sangrante—,
así terriblemente, gloriosamente único,
que parecía una mujer?

… Que parecía une mujer desconocida;
— ¡oh, qué nostaljia ïa inmensa de una mujer
(¡tú!)
que había de venir!—

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Dorina Costras

 

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Conduisez la danse (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




Sous ces arbres-ci ou ces arbres-là
Conduisez la danse.
Conduisez la danse, nymphes ingénues,
Jusqu’au plaisir ample
Que vous prenez à la vie. Conduisez la danse,
Soyez quasi femmes
Par votre plaisir déversé en rythmes,
En solennels rythmes
Rentrant malicieux à la terre antique
Devant notre pauvre
Vie qui ne sait pas sous ces mêmes arbres
Conduire la danse…

(Fernando Pessoa)

Illustration: Marcel Mangin

 

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Un passant marche est-ce moi ? (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



Illustration: Jean-Paul Vignot
    
un passant marche est-ce moi ?
et ta voix me redit tranquille :
oui marche
je ne suis pas femme pour un poème

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Lettre à la femme aimée au sujet de la mort Fresque peinte sur un mur obscur
Traduction:
Editions: Cheyne

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TRISTE SOIR (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



Kees van Dongen e [800x600]

TRISTE SOIR

La femme chantait comme une barbare
En le café vide tard dans la nuit,
Comme une barbare, à déchirer l’âme…
Et quelle révolte autour, quelle flamme !…
Les tympanons hurlaient et dans le bruit
La femme chantait comme une barbare.

La femme chantait comme une barbare…
Et nous fumions, noyés dans un halo,
Bande de fêtards infiniment tristes,
En rêvant d’un monde qui point n’existe.
Et dans de longs, sataniques échos,
La femme chantait comme une barbare.

La femme chantait comme une barbare,
Et quelle révolte, autour, quelle flamme !…
Plus personne alors chez soi n’est rentré,
Le front sur la table on a tous pleuré,
Tandis qu’en la salle, à déchirer l’âme,
La femme chantait comme une barbare…

(George Bacovia)

 Illustration: Kees van Dongen

 

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