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LA CHANSON DES ÂGES PERDUS (Satprem)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2023




    
LA CHANSON DES ÂGES PERDUS

Il y a quelque chose qui
manque qui manque tant
dans nos vies

Une fenêtre qui s’ouvrirait
un infini qui sourirait
un coin du coeur
qui s’enfoncerait
dans Ta grande vague
qui coulerait là
comme à jamais

Il y a quelque chose qui manque
qui manque tant
dans nos vies
Un quelque chose qui est pour toujours
qui comble chaque heure
comme une musique connue
comme une douceur perdue
et retrouvée dans cet instant

Il y a quelque chose qui crie qui crie tant dans nos vies
Quelque chose qui n’est pas là
et qui troue nos vies

d’une peine sans nom
d’un appel si vieux
qu’il est comme toutes les peines
du monde
d’un appel si chaud
qu’il est comme un amour
sans fond
pour toutes ces vies
ces vies perdues

Ah ! trouvera-t-on
ce quelque chose qui
manque qui manque tant
dans une petite seconde
comme dans les âges perdus ?

(Satprem) (1923-2007)

Recueil: Un feu au coeur du vent Trésor de la poésie indienne Des Védas au XXIème siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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SUR UN AIR LENT (Li Qing Zhào)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2023



Illustration: Dai Dunbang
    
SUR UN AIR LENT

Quêter, quérir, fouiller, fureter,
Froidure vide, froid dur limpide,
Morne monotonie, amère mélancolie, lamentable ennui…
Douceur subite, retour du froid,
Cette saison où je souffre le plus de respirer ;
Avec trois gobelets et deux coupes de vin clair,
Comment y résister, quand le soir vient, quand le vent s’énerve ?
Voici les oies sauvages parties,
Le plus cruel à mon coeur,
Pourtant nous étions bien complices aux temps passés.

Partout au sol les chrysanthèmes s’amoncellent,
Défraîchis et déchus
à présent, qui viendrait prendre la peine de les ramasser ?
Veillant près de la fenêtre,
Solitaire, par moi-même comment parviendrai-je à rejoindre l’obscurité ?
Au sterculier vient s’adjoindre la bruine,
Qui jusqu’au crépuscule dégoutte et dégouline ;
Et toute cette composition,
Comment le seul mot de « souci » pourrait-il en donner le sens ?

***

(Li Qing Zhào) (1084 — après 1149)

Recueil: Quand mon âme vagabonde en ces anciens royaumes Poèmes Song illustrés par Dai Dunbang
Traduction: du Chinois par Bertrand Goujard
Editions: De la Cerise

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Je pense à toi (Salih Diyab)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2023



Illustration: Amedeo Modigliani
    
Je pense à toi
sur mon chemin
pour trouver la maison
pour voyager tranquille
vers le soir
et arriver indemne
au matin

en passant
la longue file des jours
aux cous inclinés tels des
portraits de Modigliani
je traverse midi
où la désolation
est un olivier luisant

chaque fois que je ferme
mes yeux sur ton odeur
je vois la petite main
de la rose
mes pensées bleuissent
deviennent cerfs-volants
mon coeur divague
plus qu’une fenêtre

j’ouvre la porte
j’entre doucement
pour que ton sommeil se promène
à la manière d’un ange

***

(Salih Diyab)

 

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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Songe d’une nuit d’été (Cécile Coulon)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2023



Illustration: Benjamin Chaud
    
Songe d’une nuit d’été

C’est une mélodie simple qui passe par la fenêtre,
les amants sont rompus, ils vont pour s’endormir,
mais dans la chaleur du soir le plus fort
c’est le désir.
La voilà qui demande : Encore?
Et lui de répondre : Peut-être…

(Cécile Coulon)

 

Recueil: Les romantiques
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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Parcourons la nouvelle maison américaine (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023




    
Parcourons la nouvelle maison américaine

Il y a des portes
qui veulent être libres
de leurs gonds pour
voler avec de parfaits nuages.

Il y a des fenêtres
qui veulent être
détachées de leur
chambranle pour courir avec
les daims à travers les prés
de l’arrière-pays.

Il y a des murs
qui veulent rôder
avec les montagnes
à travers les premières
lueurs de l’aube.

Il y a des sols
qui veulent digérer
leurs meubles pour en faire
des fleurs et des arbres.

Il y a des toits
qui veulent voyager
gracieusement avec
les étoiles à travers
des cercles d’obscurité.

***

Let’s Voyage into the New American House

There are doors
that want to be free
from their hinges to
fly with perfect clouds.

There are windows
that want to be
released from their
frames to run with
the deer through
back country meadows.

There are walls
that want to prowl
with the mountains
through the early
morning dusk.

There are floors
that want to digest
their furniture into
flowers and trees.

There are roofs
that want to travel
gracefully with
the stars through
circles of darkness.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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Je suis allongé chez une étrange nana (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023




Illustration: Grégoire Mathieu
    
Je suis allongé chez une étrange nana
Pour Marcia

Je suis allongé chez une étrange nana.
Elle est brûlée par le sumac et le soleil
et elle est malheureuse
Elle va et vient,
lointains mouvements de vers solennels.

Elle ouvre et ferme les choses.
Elle fait couler de l’eau,
elle arrête de faire couler de l’eau.

Tous les sons qu’elle émet sont éloignés.
Ils pourraient être dans une ville différente.
C’est le crépuscule et les gens regardent
par les fenêtres de cette ville.
Leurs yeux sont emplis des sons
de ce qu’elle fait.

***

I Lie Here in a Strange Girl’s Apartment
For Marcia

I lie here in a strange girl’s apartment.
She has poison oak, a bad sunburn
and is unhappy.
She moves about the place
like distant gestures of solemn glass.

She opens and closes things.
She turns the water on,
and she turns the water off.

All the sounds she makes are faraway.
They could be in a different city.
It is dusk and people are staring
out the windows of that city.
Their eyes are filled with the sounds
of what she is doing.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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Premier adieu (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2022




Premier adieu

Les étoiles s’avancent tristement
au ciel nu
les vents demandent avec détresse,
pourquoi je suis si calme.

Et la fenêtre déverse
l’éclat de la pleine lune,
ô rayons chéris, apaisez
mon coeur et sa peine !

Je ne sais si je dois rire, plaisanter,
ou pleurer ici —
mes yeux sont emplis de douleur
mais aussi d’ironie amère.

Et mes mains passent
ici et là presque en tremblant,
et mes pensées s’élargissent
à l’infini comme une mer.

J’ai entendu tinter les cloches
brièvement vers minuit.
Cela veut dire à présent pour moi
qu’on a fait une tombe.

On a enterré une année,
le nouvel an s’annonce.
On a enterré mon coeur,
et nul ne s’est enquis de moi.

(Friedrich Nietsche)

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HOMME MORT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2022




    
HOMME MORT

Moi qui n’en suis pour rien dans ma venue sur terre
Qui n’ai jamais appris les mots que pour me taire
Et marche lentement de peur de tout briser
Croyez-vous que je puisse encor vous satisfaire

Tant de mains attendues n’en valent plus la peine
Une heure d’amitié ne fait pas la semaine
Est-ce mon sang déjà qui teinte le pavé
Mon coeur découragé qui tire sur sa chaîne

A quoi bon ces matins sans hâte de l’enfance
Ces fausses libertés mes désobéissances
Les grains d’or du soleil au fond du sablier
Puisque toute ma vie est faite de silence

C’est là dans mon grenier derrière la fenêtre
Avec le ciel qui bouge au fond pour me remettre
Un instant dans le cycle effarant du passé
Que je serai tenté un soir de disparaître

Alors que vous importe un cri dans le naufrage
Le fardeau de ma joie est un maigre bagage
De la douleur, mon Dieu, j’en eus toujours assez
Mon ombre fut mon seul compagnon de voyage

(René Guy Cadou)

 

Recueil: René Guy Cadou Poésie la vie entière oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Seghers

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POUR VIVRE ICI (Paul Éluard)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2022




POUR VIVRE ICI

I

Je fis un feu, l’azur m’ayant abandonné,
Un feu pour être son ami,
Un feu pour m’introduire dans la nuit d’hiver,
Un feu pour vivre mieux.

Je lui donnai ce que le jour m’avait donné :
Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,
Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,
Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.

Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
Au seul parfum de leur chaleur;
J’étais comme un bateau coulant dans l’eau fermée,
Comme un mort je n’avais qu’un unique élément.

II

Le mur de la fenêtre saigne
La nuit ne quitte plus ma chambre
Mes yeux pourraient voir dans le noir
S’ils ne se heurtaient à des ruines

Le seul espace libre est au fond de mon coeur
Est-ce l’espace intime de la mort
Ou celui de ma fuite

Une aile retirée blessée l’a parcouru
Par ma faiblesse tout entier il est cerné
Durerai-je prendrai-je l’aube
Je n’ai à perdre qu’un seul jour
Pour ne plus même voir la nuit

La nuit ne s’ouvre que sur moi
Je suis le rivage et la clé
De la vie incertaine.

III

La lune enfouie les coqs grattent leur crête
Une goutte de feu se pose sur l’eau froide
Et chante le dernier cantique de la brume

Pour mieux voir la terre
Deux arbres de feu emplissent mes yeux

Les dernières larmes dispersées
Deux arbres de feu me rendent la vie

Deux arbres nus
Nu le cri que je pousse
Terre

Terre vivante dans mon coeur
Toute distance conjurée
Le nouveau rythme de moi-même
perpétuel

Froid plein d’ardeur froid plein d’étoiles
Et l’automne éphémère et le froid consumé
Le printemps dévoué premier reflet du temps
L’été de grâce par le coeur héros sans ombres

Je suis sur terre et tout s’accommode du feu.

IV

Autour des mains la perfection
Mains pâles à déchirer le sang
Jusqu’à ce que le sang s’émousse
Et murmure un air idéal

Autour de tes mains la nature
Compose ses charmes égaux
À ta fenêtre
Aucun autre paysage
Que le matin toujours

Toujours le jour au torse de vainqueur

La jeunesse comblant la chair

En caressant un peu la terre
Terre et trésor sont mêlés
En écartant quelques brins d’herbe
Tes mains découvrent le soleil
Et lui font de nouveaux berceaux.

V

Aucun homme n’est invisible
Aucun homme n’est plus oublié en lui-même
Aucune ombre n’est transparente

Je vois des hommes là où il n’y a que moi
Mes soucis sont brisés par des rires légers
J’entends des mots très doux croiser ma voix sérieuse
Mes yeux soutiennent un réseau de regards purs

Nous passons la montagne et la mer difficiles
Les arbres fous s’opposent à ma main jurée
Les animaux errants m’offrent leur vie en miettes
Qu’importe mon image s’est multipliée
Qu’importe la nature et ses miroirs voilés
Qu’importe le ciel vide je ne suis pas seul.

(Paul Éluard)

Illustration

 

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Vive voix (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2022




Illustration: Christophe Leparoux
    
Vive voix

Pleine terre à craquer
Maison de serre chaude
O visage à deux mains
Nacelle de l’oubli
Les copeaux du couchant volent sous l’établi

Tu veilles
Ton enfant se lisse dans ses ailes
Lentement tu descends les marches
Les prunelles
Une rose épargnée envahit la fenêtre

Déjà
Et dans le sang
Ta femme va paraître

Alors le vent soulève une larme
Un rideau
Le plafond s’enhardit jusqu’au bord du tréteau
Et la scène écartée du ciel et de la rampe
Appareille à jamais vers la plus haute lampe.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: René Guy Cadou Poésie la vie entière oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Seghers

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