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Poésie

Posts Tagged ‘fermée’

Le parc (André Gide)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Le parc

Quand nous avons vu que la petite porte était fermée,
Nous sommes restés longtemps à pleurer ;
Quand nous avons compris que ça ne servait pas à grand’chose,
Nous avons repris lentement le chemin.

Tout le jour, nous avons longé le mur du jardin,
D’où parfois nous venaient des bruits de voix et de rires ;
Nos pensions qu’il y avait peut-être des fêtes sur l’herbe,
Et cette idée-là nous faisait mélancoliques.

Le soleil vers le soir a rougi les murs du parc ;
Nous ne savions pas ce qui s’y passait, car on ne voyait
Rien que des branches qui, par-dessus le mur, s’agitaient
Et qui laissaient de temps en temps tomber des feuilles.

(André Gide)

 

 

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Un homme seul (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Un homme seul,
dans une chambre fermée,
lève le bras dans un geste d’adieu.

Un autre homme seul,
Sur un chemin désert,
lève son bras dans le même mouvement.

Un soupçon presque impossible
relie les deux gestes:
la blessure de prendre congé
finit de s’ouvrir
quand il n’y a rien ni personne
de qui prendre congé.

Et ces gestes deviennent
la clé de l’homme:
être un pur congé.

(Roberto Juarroz)

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Ste-Léa (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018


Ste-Léa

La vieille a marché tout le long de l’allée
Se courbant à chaque pas
Pour caresser la terre autour des jeunes pousses
Puis elle s’en est allée
Maintenant la porte est fermée
Et la vieille s’est endormie

(Pierre Albert-Birot)


Illustration: Ron Mueck

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On sait qu’un jour la bouche sera fermée par la terre (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2017



on sait qu’un jour
la bouche sera fermée
par la terre
et la terre refermée

bouches sans nombre déjà devenues sol

à la longue sous la langue
on arrive à saisir
une basse continue des morts
ce sol tassé ou terre battue

comme une langue — mère — mort — terre
si on veut

il n’y a pas d’ailleurs

(Antoine Emaz)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Chambre de la douleur (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017


Chambre de la douleur

La porte est bien fermée
Une goutte de sang reste encor sur la clé

Tu n’es plus là mon père
Tu n’es pas revenu de ce côté-ci de la terre
Depuis quatre ans
Et dans la chambre je t’attends
Pour remailler les filets bleus de la lumière

La première année j’eus bien froid
Bien du mal à porter la croix
Et j’usai mes belles mains blanches
A raboter mes propres planches
Déjà prêt à partir sans toi

Puis ce fut le printemps la pâque
Je te trouvai au fond de chaque
Sillon de chaque grain de blé
Et dans la fleur ouverte aux flaques
Impitoyables de l’été

Jamais plus les oiseaux n’entreront dans la chambre
Ni le feu
Ni l’épaule admirable du soir
Et l’amour sera fait d’autres mains
D’autres lampes

O mon père
Afin que nous puissions nous voir.

(René-Guy Cadou)

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Une noix (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



 

Une noix

Une noix
Qu´y a-t-il à l´intérieur d´une noix?
Qu´est-ce qu´on y voit?
Quand elle est fermée
On y voit la nuit en rond
Et les plaines et les monts
Les rivières et les vallons
On y voit
Toute une armée
De soldats bardés de fer
Qui joyeux partent pour la guerre
Et fuyant l´orage des bois
On voit les chevaux du roi
Près de la rivière

Une noix
Qu´y a-t-il à l´intérieur d´une noix?
Qu´est-ce qu´on y voit?
Quand elle est fermée
On y voit mille soleils
Tous à tes yeux bleus pareils
On y voit briller la mer
Et dans l´espace d´un éclair
Un voilier noir
Qui chavire
On y voit les écoliers
Qui dévorent leurs tabliers
Des abbés à bicyclette
Le Quatorze Juillet en fête
Et ta robe au vent du soir
On y voit des reposoirs
Qui s´apprêtent

Une noix
Qu´y a-t-il à l´intérieur d´une noix?
Qu´est-ce qu´on y voit?
Quand elle est ouverte
On n´a pas le temps d´y voir
On la croque et puis bonsoir
On n´a pas le temps d´y voir
On la croque et puis bonsoir
Les découvertes.

(Charles Trenet)

 

 

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La robe (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



La robe

Lorsque la porte fut fermée,
lorsque la robe fut tombée,
il naquit au creux des ténèbres
une grande rose funèbre,

robe fanée, couleur d’automne,
sur la terre qui l’abandonne
au destin de toutes les fleurs
dans la roulotte du voleur.

Mais jaillie, vêtue de tes seins,
de cette agonie de satin,
à ma bouche heureuse tu portes
ce qui renaît des roses mortes.

(Jean Joubert)


Illustration: Giovanni Boldini

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Mes paupières en se levant (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017


Mes paupières en se levant

Mes paupières en se levant ont laissé vides mes yeux
Laissé mes yeux ouverts dans une grande solitude
Et les serviteurs de mes yeux ne sont pas allés
Mes regards ne sont pas allés comme des glaneuses
Par le monde alentour
Faire des gerbes lourdes de choses
Ils ne rapportent rien pour peupler mes yeux déserts
Et c’est comme exactement s’ils étaient
demeurés en dedans
Et que la porte fût restée fermée.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

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MAISON FERMÉE (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016





MAISON FERMÉE

Je songe à la désolation de l’hiver
Aux longues journées de solitude
Dans la maison morte —
Car la maison meurt où rien n’est ouvert
Dans la maison close, cernée de forêts

Forêts noires pleines
De vent dur
Dans la maison pressée de froid
Dans la désolation de l’hiver qui dure

Seul à conserver un petit feu dans le grand âtre
L’alimentant de branches sèches
Petit à petit
Que cela dure

Pour empêcher la mort totale du feu
Seul avec l’ennui qui ne peut plus sortir
Qu’on enferme avec soi
Et qui se propage dans la chambre

Comme la fumée d’un mauvais âtre
Qui tire mal vers en haut
Quand le vent s’abat sur le toit
Et rabroue la fumée dans la chambre
Jusqu’à ce qu’on étouffe dans la maison fermée

Seul avec l’ennui
Que secoue à peine la vaine épouvante
Qui nous prend tout à coup
Quand le froid casse les clous dans les planches
Et que le vent fait craquer la charpente

Les longues nuits à s’empêcher de geler
Puis au matin vient la lumière
Plus glaciale que la nuit.

Ainsi les longs mois à attendre
La fin de l’âpre hiver.

Je songe à la désolation de l’hiver
Seul
Dans une maison fermée.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

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Je suis inquiet, assoiffé d’infini (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2016



 

Je suis inquiet, assoiffé d’infini.
Mon âme s’épuise en son désir d’atteindre aux sphères inconnues.

O Grand Au-delà! le pénétrant appel de ta flûte!
J’oublie, j’oublie toujours que je n’ai pas d’ailes pour voler,
que je suis indissolublement rivé à ma place ici-bas.

Anxieux, je ne puis trouver le sommeil.
Je suis un étranger en un pays étrange.
Ton souffle m’arrive, murmurant un impossible espoir.
Ton langage est proche de celui de mon coeur.

O Grand Lointain, le pénétrant appel de ta flûte!
J’oublie, j’oublie toujours que j’ignore le chemin,
que je n’ai pas de coursier ailé.

Je suis inattentif, vagabond en mon propre coeur.
Dans la brume ensoleillée des heures languides,
quelle immense vision de Toi se dessine sur le bleu du ciel!

O Être suprêmement lointain, le pénétrant appel de ta flûte!
J’oublie, j’oublie toujours que dans la maison où je vis seul,
toutes les grilles sont fermées.

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Gao Xingjian

 

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