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L’AUBERGE « À LA PETlTE ÎLE » (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

VIncent Van Gogh

L’AUBERGE « À LA PETITE ÎLE »

La nuit, pour calmer un âpre combat,
d’autant plus féroce qu’il se passe en moi seul,
je pense à des luttes plus lointaines : je pense à Lissa,

aux Balkans, à Trieste, au vieux ghetto ;
enfin je me réfugie dans une taverne;
de son seul souvenir j’attends le sommeil.

Déserte tout au long de la chaude journée,
elle a sur ses murs une petite île peinte,
vert émeraude, et tout autour la mer et ses poissons.

Mais de fumée et de chants à la nuit elle est pleine ;
un Dalmate tient contre lui la fille la plus dévêtue ;
le matelot retrouve la sirène.

Moi j’écoute et la compagnie me plaît,
il me plaît de ne pas penser à un paradis
trop différent de cette allégresse

qui s’enroue dans les choeurs et enflamme le visage.

(Umberto Saba)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

 

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MIROIR (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

https://arbrealettres.files.wordpress.com/2010/06/blake_ancient_of_days.jpg

MIROIR

Mis à nu
par ton oeil féroce, obsidien,
par la colère
blême et aboyant
contre le miroir — chien qui te fixait
d’un regard aveuglant:

le dieu de Spinoza,
échappé des franges du discours, géométrique,
circulant dans la courbe
de l’exil,
hasarde un autre monde.

(Paul Auster)

Illustration: William Blake

 

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Présences (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

Présences

Cette nuit fut si étrange que c’était
Comme si mes cheveux se dressaient sur ma tête.
Depuis le coucher du soleil j’ai rêvé
Que des femmes en riant, craintives ou féroces,
Dans des froissements de dentelles ou d’étoffes soyeuses,
Montaient l’escalier qui craquait. Elles avaient lu
Tout ce que j’avais mis en vers sur cette chose monstrueuse :
Un amour écouté mais non pas partagé.
Elles se tinrent sur le seuil de ma porte et se tinrent
Entre mon grand pupitre de bois et l’âtre
Jusqu’à ce que je puisse entendre battre leurs coeurs :
L’une est une catin, l’autre une enfant
Qui jamais ne jeta sur un homme un regard de désir,
Et une autre encore, qui sait, une reine.

***

Presences

This night has been so strange that it seemed
As if the hair stood up on my head.
From going-down of the sun I have dreamed
That women laughing, or timid or wild,
In rustle of lace or silken stuff
Climbed up my creaking stair. They had read
All I had rhymed of that monstrous thing
Returned and yet unrequited love.
They stood in the door and stood between
My great wood lectern and the fire
Till I could hear their hearts beating :
One is a harlot, and one a child
That never looked upon man with desire,
And one, it may be, a queen.

(William Butler Yeats)

Illustration

 

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Du calme, vieux fou (William Faulkner)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



    

Du calme, vieux fou: ce n’est pas pour toi.
Quelque part c’est le printemps avec du vert et de l’or pur
Et cruel avril ensemencé par une vallée encaissée,
Quelque part l’amère lune décroissante pâlit
Et le jour de colline en colline s’éveille dans un froid féroce.

Sur la terre déjà alerte et pleine de vent et de soleil
Où les printemps refécondent leur mouvement vernal,
Où je dors maintenant, je gis et m’accroche,
Mais sauvage la terre qui m’abrita à mes vingt et un ans.

Quelque part une lune croissante qui ne me trouvait pas
Priva ensuite du bleu les jardins sans vent,
Quelque part une verte blessure perdue (mais c’est mieux
Qu’un accablement totalement oublié)
Quelque part une jeunesse, une bouche charmante à embrasser…

***

Somewhere is spring with green and simple gold
And cruel April spawned by loined vale,
Somewhere the dying bitter moon grows pale
And day from hill to hill wakes fie ry-cold.

In earth yet quicked and filled by wind and sun
Where springs rewomb their vernal gesturing,
Where I now sleep, I closer lie and cling,
But wild were earth housed me at twenty-one.

Somewhere a moon that waxed and found me not
Then waned the windless gardens of the blue,
Somewhere a lost green hurt (but better this
Than in rich desolation long forgot)
Somewhere is youth, a grave sweet mouth to kiss —
Still, you fool, lie still: that’s not for you.

(William Faulkner)

 

Recueil: Hélène: ma cour
Traduction: Michèle Plâa et Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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RÉALITÉ (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



Cypris   hl

RÉALITÉ

La nature est partout la même,
A Gonesse comme au Japon.
Mathieu Dombasle est Triptolème ;
Une chlamyde est un jupon.

Lavallière dans son carrosse,
Pour Louis ou pour Mars épris,
Etait tout juste aussi féroce
Qu’en son coquillage Cypris.

O fils et frères, ô poètes,
Quand la chose est, dites le mot.
Soyez de purs esprits, et faites.
Rien n’est bas quand l’âme est en haut.

Un hoquet à Silène échappe
Parmi les roses de Poestum.
Quand Horace étale Priape,
Shakespeare peut risquer Bottom.

La vérité n’a pas de bornes.
Grâce au grand Pan, dieu bestial,
Fils, le réel montre ses cornes
Sur le front bleu de l’idéal.

(Victor Hugo)

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Chant de jeunesse (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Chant de jeunesse

Beau temps
Printemps
Vingt ans
Eh quoi le ciel est-il si vaste et si grande la terre
Que tant et tant d’immensité nous oblige à nous taire?

1
Vigueur! Vigueur! ô jeunesse
C’est jour de soleil et c’est jour de liesse
Devant nos pas c’est la vie
C’est jour de soleil et c’est jour de liesse
Nos coeurs jamais ne dévient
C’est jour de vigueur
C’est jour de chaleur
C’est jour de soleil et c’est jour de liesse

2
Un cri! un chant! Qu’on se lève
C’est nuit de désir et c’est nuit de rêve
C’est nuit de foi, nuit de noces
C’est nuit de désir et c’est nuit de rêve
O soif ardente et féroce
C’est nuit de l’amour
Avant le beau jour
C’est nuit de désir et c’est nuit de rêve

3
De nuit en jour, vol de plumes
Pour nous le soleil à son tour s’allume
Un cri lointain nous appelle
Pour nous le soleil à son tour s’allume
Adieu la nuit qui fut belle
Pour nous la vigueur
Pour nous le labeur
Pour nous le soleil à son tour s’allume!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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TABLEAU DE SAINTETÉ (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Mary Cassatt
    
TABLEAU DE SAINTETÉ

La mère et l’enfant, éternel objet
De tout philosophe et de tout artiste!
Chasser ta pensée ou féroce ou triste,
Sans la mère et sans l’enfant, qui le fait?

Un chapeau trop grand, un verre de lait,
C’est l’enfant content. Et la mère insiste
Pour le faire boire. Oh! la grâce existe
Au milieu du crime, au milieu du laid.

Le ton rouge et frais des mignonnes lèvres
Nous font oublier nos malsaines fièvres.
Oh! les petits mots qu’on ne comprend pas.

La mère, charmante, hésite à sourire,
Elle sait l’amour qu’on ne peut pas dire
Tenant doucement son fils dans ses bras.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Justice déparée (André Simoncini)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Justice déparée
Qui sublime la douleur

Dérive immatérielle
Glissade enivrante
Comme un droit
Au vertige féroce
Un dernier regard braqué
Vers la cime pâlissante

Enfin en symbiose
Avec l’éternité.

(André Simoncini)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Ma dame nue (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018




    
ma dame nue sur fond
de crépuscule est un accident

dont l’agrément dépasse aisément l’intention
du génie—
toute peinture se sent honteuse
devant cette musique,et la poésie n’arrive
à s’en approcher tant elle est craintive.

et pourtant toutes deux la disent merveilleuse
Mais moi(dans mes bras ayant pris

le tableau)je le presse lentement

contre ma bouche,goûte le rythme précis
féroce
et sage d’une
impeccable
nonchalance. Savoure le prix

d’un geste inimaginable

chaud exact impie

***

my naked lady framed
in twilight is an accident

whose niceness betters easily the intent
of genius—
painting wholly feels ashamed
before this music,and poetry cannot
go near because perfectly fearful.

meanwhile these speak her wonderful
But i(having in my arms caught

the picture)hurry it slowly

to my mouth,taste the accurate demure
ferocious
rhythm of
precise
laziness. Eat the price

of an imaginable gesture

exact warm unholy

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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J’ai retenu la vie (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Illustration
    
J’ai retenu la vie
Pour que dure l’instant sous le poids des mémoires
j’ai retenu la nuit
plus doucement qu’une main de femme
plus longuement sans oublier
contre des murs vivants
sur un étroit chemin utile comme un arbre

Pour que le don de Mort recouvre les eaux sures
J’ai retenu la mer
loin des cathédrales dont elle se glorifie
loin de ces araignées qui tissent
encore des vagues pour attirer la plage
et des rochers tordus où s’en ira la vie
j’ai retenu la vie
j’ai retenu la mer

Pour que reste le cri des oiseaux de l’orage
ceux qui n’ont plus rien dit depuis la grande attente
ceux qui prient chaque fois pour les morts en puissance
et détiennent la tour d’où soufflent tous les vents
j’ai retenu la mer
la nuit est moins féroce
qui permet au soleil
un temps de revenir

(Nadia Tueni)

 

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