Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘fête’

Le souffle atténué (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    

Le souffle atténué
le vent
béni de vieil oubli
Rien de prévisible
de clair
la bouche
écorche le sexe
Le corps humain
se perd dans l’incertain
Le coeur
on veut y croire
le coeur aimant
est vierge
On fait la grande lessive
pour ses habits de fête
On dit qu’on sait
on est
on pense toucher le ciel

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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A cette heure dans le monde (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



 


    
A cette heure dans le monde
Il y a peut-être une petite fille qui cueille des fleurs
Sur le bord de la voie dans un pays meilleur
Et dans un port de mer quelqu’un agite son mouchoir
Longuement comme un télégramme chiffré

Je pense à des automobiles chic
A un petit ruisseau plein d’écrevisses à Chavigné
A la dernière page d’un roman populaire
Un soir où le vent souffle
Je pense à cette petite gare perdue dans les bois
Où je ne descendrai jamais

À cette heure il y a
Des villas vides sur la côte
Et l’hôtel de la plage est couvert de fumée
Qui est fumée d’ennui ou fin d’une marée
Il y a un château étrange dans la nuit
Et le vieux jardinier lit du Montépin en fumant doucement sa pipe
Il y a sur l’océan un transatlantique
Qui est comme l’arche de Noé
Mais le garçon des troisièmes classes regrette
La métairie de ses parents et les jours de grand’fête
Et les compétitions cyclistes dans les bourgades du canton

A cette heure dans le monde
Une fleur s’entr’ouvre
Un poète retrouve soudain la raison
Et l’aviateur qui croyait tomber
dans la bouteille du soleil comme un ludion
ivre se met à rire et dégrafe son col

Ah dans cette minute où je ne vieillis pas
Comment penser à autre chose qu’à toi
A tes seins de colombe
A ta bouche
A tes mains
A ta beauté bien faite
À tes longues jambes qui m’emportent
À tes caresses qui fleurissent
Chaque soir comme un lilas

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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AU VIN (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
AU VIN

Dans son mètre d’airain l’Iliade te nomme
Et t’exalte, noir vin joyeux au cœur de l’homme.

Depuis l’aube des temps tu vas de main en main
Et du rhyton grec à la corne du Germain.

Tel le fleuve des jours et des nuits, tu déploies
Ton beau cours acclamé des amis et des joies.

Toujours l’homme le long des générations
Trouva sur son chemin ta flamme et tes lions,

Et ta fluence patriarcale et profonde
Fleurit de ses présents la mémoire du monde.

Tu donnes leur envol aux strophes des soufis
Qui te surnomment fleur, cimeterre et rubis.

Dans ton cristal vivant le saint autel adore
Le sang du Christ en une rouge métaphore.

Sésame dont le nom m’ouvre d’antiques nuits,
Dans la ténèbre offrande et feu qui me conduis,

Sois pour d’autres l’oubli qui signe la défaite;
Je te veux la ferveur, le partage et la fête.

T’appellerai-je un jour, vin du rouge péril
Ou de la mutuelle amour? Ainsi soit-il.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Confiance (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter

Confiance

Ils s’aiment en silence, et leur coeur se consume;
En attendant toujours l’instant qui doit venir.
Ils souffrent, mais pourtant ils n’ont pas d’amertume,
Ils savent que demain leur tourment va finir.

Ils savent que demain les Heures merveilleuses
Viendront sonner pour eux la fête de l’Amour
Et qu’Elles souriront aux belles amoureuses
Qui pleurent dans la nuit en espérant le jour.

Et dans le soir, fiévreusement, leurs bras se tendent
Bien qu’ils soient séparés, ils se parlent tout bas.
Ils disent doucement que leurs âmes s’attendent,
Et qu’il est des amours que l’on ne détruit pas.

(Ida Faubert)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

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Printemps (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Abel-Dominique Boyé
    
Printemps

Dieu récrit la nature encore une fois
aussi douce d’amour et rêveuse de mort
voici ma vie encore dans ce songe de sang
— que la campagne est pâle sous son odeur de vent.

Pourtant, c’en est fini du chemin tiède
des mains de mousseline et de l’air des colombes
ailes de lilas blanc des printemps d’autrefois
c’en est fini
les marronniers en sang ne se faneront pas.

Ne regarde plus derrière toi vers le sable chanteur
tu appris là le pas de soie des danses
c’en est fini des fêtes du silence
et la musique morte s’écrase dans le bruit.

C’en est fini du vent léger
qui laisse aux fleurs leur pollen
le vent de sang qui vient des plaines
plombe nos vies de son danger.

L’amour n’est plus sous l’or de mai
l’eau seule y tresse, si douce aux paumes
le piège où se prendront les fées.

Le tonnerre glisse des mains de Dieu
des astres filent de nos doigts
tiges de lumière en quête d’un fruit
d’un fruit de sang au creux des hommes
à longs tâtons à travers la nuit

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Promesse de mort (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Promesse de mort

Il n’y aura plus de fêtes
il n’y aura plus de vie
plus de visages de sourire calme
ce sera la mort et son attente

la mort, ce dernier jour, ce bout de l’horizon
cette vieille incroyable dont jamais le bâton
ne s’entend à trois pas et qui bat notre front
cachée dans l’aubépine que peint l’avril.

Avril, toutes tes jeunes ronces sont à mes lèvres
m’abreuvant de mon sang
j’attendais, j’attendais de ton aube en rosée
la vision d’un jour encore et d’une année…

et c’est la mort
bonsoir ma vie, sois calme et sage et patiente
regarde le beau ciel où l’on dit que tu vas
et cette terre de boue profonde

et c’est l’attente de la mort
sans montre et l’ombre va sonner ton heure
regarde le clocher dont la flèche en ton coeur
va fixer l’éternel.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Rien (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Rien, les arbres cavaliers qui traversent le vent
et vont, et vont, et vont
à gai plumet, lourds éperons
jeter les confettis d’amour aux fêtes du printemps.

Rien, les volets ouverts sur le coeur des chambres
où les rêves meurent poignardés de lumière
des infantes aux échevaux sans fin
dont nul page mortel ne bercera le sein.

Simplement le goutte à goutte de la vie
la torture toujours plus avant
le sourire aux durables dents
des chairs fiancées au crépuscule.

Où sont-elles les pâles et belles ?
J’effeuille la rue visage à visage
chrysanthème sans pétale d’amour

Elles sont en d’autres détours
à guetter l’absence rocheuse
et peut-être sont-elles heureuses
du pas des heures, morts de velours.

Le moulin tourne au creux de moi
jetant au ciel sa farine de vent
pour le pain transparent des passions plénières
vives du sang qui vêt les âmes.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Capucine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Capucine

A midi la chaleur est si forte sous le beau ciel de Séville,
que marchands, soldats, nobles, prêtres, chanoines,
archevêques, religieuses, abbesses, même le grand inquisiteur,
tout le monde fait la sieste.
Seules deux jeunes filles du couvent des Capucines
ne se livraient pas au sommeil.
Assises sous une charmille au fond du jardin du cloître,
elles causaient à voix basse.
Mais de quoi, je vous le demande, peuvent causer deux capucines
quand tout le monde dort, quand il fait si chaud?
De ce qui tient les jeunes coeurs éveillés,
de ce qui leur fait oublier la chaleur, la froidure, le vent et le soleil,
de fêtes, de plaisirs, de promenades en plein air, de danses, de liberté.

Il se pourrait bien aussi qu’elles parlassent d’autre chose,
mais nous n’en sommes pas assez sûrs pour l’affirmer.
—Je fais des rêves affreux.
—Il me semble que j’entends, [la nuit] le bruit d’une guitare sous la fenêtre de ma cellule,
et une voix qui m’appelle Inès!
—Si en effet un homme venait sous nos fenêtres?
—Si c’était le diable?
On dit qu’il rôde toujours autour des couvents.
Et les deux soeurs furent s’agenouiller dévotement
au pied d’une croix placée au milieu du jardin.

Pour peu qu’on connaisse la botanique,
on sait que les capucines sont des fleurs à passions ardentes.
Éclatantes le jour, on les voit la nuit s’entourer d’une auréole d’étincelles phosphorescentes.
Quelle idée leur avait fait choisir de préférence la vie claustrale?
C’est ce qu’on ne peut deviner,
à moins qu’elles n’aient été entrainées par une similitude de noms.

(J.J. Grandville)

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Retouche à la liaison (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




    
retouche à la liaison

Tu t’éloignes
avec ce penchement des fleurs trop tard cueillies
dont l’odeur de paille donne au couloir de la maison
le gris d’une parole mal entendue

et l’escalier ne monte plus qu’au souvenir des fêtes
vers la chambre
où la lumière a la tristesse
de l’amour-propre blessé.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Le sablier (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Le sablier

Mourir est une fête
Pour les vainqueurs du temps.

Les suicidés s’en vont
Deux par deux sous la lune.
Lèvre pour lèvre, échange
De baisers, de murmures.

Oiseau, dit la complainte.
Tigre, dit le poème.
Humain, dit le silence.

La nuit, les femmes brûlent
pour renaître au matin.
De longs serpents se glissent
Dans les rêves des morts.
Les mots mangent la bouche
De celui qui les dit.

Papillon ? — Crépuscule.
Rumeurs ? Non, quelques pierres
Parmi les trous d’un crâne.
Vases, bijoux, calices
Et nourritures mortes.

Et sans un cri, la mer.
Sans un regret, le ciel.
Sans un sourire, un arbre
Tremblant de son bois sec.

Cheveux de gazon vert,
Cheveux de neige et d’ombre,
Vibrez dans le vent noir.

(Robert Sabatier)

 

 

 

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