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Poésie

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Depuis qu’Amour cruel empoisonna (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017




Depuis qu’Amour cruel empoisonna
Premièrement de son feu ma poitrine,
Toujours brûlai de sa fureur divine,
Qui un seul jour mon coeur n’abandonna.

Quelque travail, dont assez me donna,
Quelque menace et prochaine ruine,
Quelque penser de mort qui tout termine,
De rien mon coeur ardent ne s’étonna.

Tant plus qu’Amour nous vient fort assaillir,
Plus il nous fait nos forces recueillir,
Et toujours frais en ses combats fait être;

Mais ce n’est pas qu’en rien nous favorise,
Lui qui méprise les dieux et les hommes,
Mais pour plus fort contre les forts paraître.

(Louise Labé)

Illustration: Jules Joseph Lefebvre

 

 

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Le vent prend feu (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Maria Amaral
    
Le vent prend feu dans les lumières
qui font de la nuit une haute racine vivante.
Les objets tendent leur cou sans tête,
tendent leurs mains sans doigts.

Tant de bras se tordent sur les murs
que la chambre bascule et va se renverser.
Toi que j’aime, je te vois, fermée par ta bouche
et découverte peu à peu par ta propre lueur.

Ton corps est pareil à une eau
où le soleil entre de toute sa nudité.
Il y a dans ton regard de l’obscurité
qui brûle du feu sourd des vitres incendiées.

Quand tout s’éteint le monde est si vaste
que je me demande si tu existes encore,
si tu es bien contre moi de toute ta chair
qui a repris sa forme dure de plante.

La nuit devient si dense autour de nous
que, même serrés l’un contre l’autre,
nous sentons que cette nuit nous sépare
de tout ce qui n’est peut-être que notre peau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai cherché dans ta chair (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
J’ai cherché dans ta chair une raison de vivre,
je n’ai trouvé qu’un corps où ma bouche
revenait avec le même baiser d’acier,
la même pointe de feu hardie et désespérée.

Au moment où la terre remontait jusqu’à mes mains
dans le battement d’un ventre à peine déclos,
je criais ma joie à l’être sur lequel je roulais
comme sur la plus haute vague de la mer.

Je tentais de passer bien au-delà de cette chair
mais elle restait simplement franchie comme un pas
arqué dans un printemps de rosée,
comme une fente de soleil au coeur du monde.

Les mots que je disais pour lier l’espace à nous
s’abattaient comme des oiseaux
dans le regard desquels tout le ciel avait tenu
et l’amour demeurait imprenable entre nos yeux.

Ton corps perdait peu à peu son visage,
le monde un instant se fermait sur moi
et au plus clair de cette femme qui me cachait la terre
je trouvais des forêts de douceur.

Et nous étions aussi loin l’un de l’autre
que la lumière l’est de la pierre qu’elle touche.
Nous nous retrouvions dans notre nudité comme devant un miroir
qui n’a pas besoin du jour pour se reconnaître.

En pleine éternité, dans une chute interminable
de montagne en montagne, de clairière en clairière,
nos corps se tenaient aux branches de tendresse
qui naissaient d’un sein tendu contre mon épaule.

Nos chairs nues comme un matin de fenêtres
montaient d’un seul jet vers deux visages
qui s’étonnaient de n’avoir pour limite que le fond d’un regard.
Rien ne nous séparait lorsque nous fermions les yeux.

Le plaisir était neuf comme une coulée de métal.
Tu n’étais plus qu’un fruit tombé dans l’herbe
et pour y goûter il fallait chercher ta bouche,
il fallait se gorger de tes seins, de ton sexe.

Un baiser et notre existence n’avait plus de poids
Un sourire et l’amour recouvrait toutes les vallées
Un regard et la mer était au-dessus de nous
Un mot et le monde revenait lentement sous nos pieds.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Dépassé par le ciel (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Zdzislaw Beksinski 58beksinskio

Dépassé par le ciel, par ma voix
j’entretiens le feu que j’étais
avec la dernière flaque tranchée
la dernière feuille ensoleillée,
et dans mon cœur pèse
tout un caillot déteint
qui n’a connu que la lumière.
Je ne suis plus qu’une tache de terre
encerclée par la mort
je suis quelques pas
que je n’ai pu compter.
Les fenêtres sont fermées
autour de mon sang
qui boite à la place des tempes,
tirant ses ponts de souffrance.
L’eau bue à pleine source
dans le voyage de l’enfance
n’a pas donné de larmes
et je sens mieux la coupure
que mon corps fait avec le Monde.

(Lucien Becker)

 Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Je me sens si démesuré (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Hervé Masson
    
Je me sens si démesuré dans la nuit qui s’achève
que j’ai soudain contre moi la terre nue et mouillée,
la terre ouverte de ses ruisseaux, de ses chemins
sur le village où les tuiles veillent, teintées de feu.

Je n’ai rien à dire au soleil qui se lève
en colorant les veines de ma main, de mon front.
Je n’ai rien à dire au jour qui me reprend
dans l’enfilade de son ciel et de ses fenêtres.

Comme un coup de soleil sur la mer,
les femmes se répandent dans le jour
captives des regards où les hommes
se jettent de tout le poids de leur vie.

Et les femmes surprises par tant de vertige
se sentent si seules pour faire l’amour
qu’elles veulent n’être plus rien qu’un beau corps
pris, repris par des mains sûres de leurs caresses.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Dans un miroir brisé (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




Dans un miroir brisé

J’ai entendu dans ce soir plein d’étoiles
Des paroles irrémédiables,
J’ai senti ma tête tourner
Au-dessus de cet abîme en flammes;
La destruction hurlait à la porte,
Le jardin noir hurlait comme un hibou,
Et la ville, affaiblie jusqu’à mourir,
Était alors plus vieille que Troie.
Cette heure était insupportablement claire,
Et faisait un vacarme à en pleurer.
Le cadeau que tu m’as donné n’était pas
Celui que tu avais apporté de si loin,
Qui te paraissait un jouet absurde
Dans ce soir où tout était en feu.
Ce fut un très lent poison
Dans mon destin énigmatique.
Précurseur de tous mes malheurs,
Évitons de nous en souvenir!…
Cette rencontre qui n’a pas eu lieu
Continue à pleurer tout près d’ici.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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Le monde est en flammes (Mahava Sutra)(Sagesse bouddhique)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Le monde est en flammes, ô disciples !
De quel feu est-il embrasé ?
Du feu du désir, du feu de la haine,
Du feu de l’ignorance.

(Mahava Sutra)(Sagesse bouddhique)

 

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Le plafond trop bas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration
    

Le plafond trop bas écoute
s’il monte quelqu’un dans l’escalier.
La même ombre s’approche
avec le même tintement de coeur.

Dans la chambre sans lampe
que celle qui vient de la rue,
le feu fond dans ses cendres
et ne réchauffe pas la nuit

mes mains atteignent les choses
qui m’aiment en silence
comme des chiens trop doux.
Plus proche de moi que la douleur

la fenêtre m’éclaire de sa blessure.
J’ai vu, la nuit, des vitres béantes
qui suivent les gens comme des rails
et ne les quittent qu’à la mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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L’HOMME QUOTIDIEN (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Gilbert Garcin
    
L’HOMME QUOTIDIEN

Le vent se lève soudain d’une flaque
où par places se heurtent et se traquent
les meurtrissures de la nuit
et celles plus profondes du soleil.

La terre est froide et grande à son réveil
comme une chambre sans feu.
Je suis seul au bord de ma bouche lasse,
une cigarette respire à ma place.

Je me hâte vers un couloir sans fin
où les portes font des taches de tunnel,
où les ombres se cognent sans souffrance
et où les murs sont sales et éternels.

La lumière semble lourde et voûtée
sur un monde sans miracle, ni gaieté.
Dans la nudité du sang qui tourne en moi,
je respire le même caillou froid.

D’autres vivront ma vie à leur tour,
solitaires entres les hauts murs du coeur.
Seule la tête change de regard,
du coeur part la même plante de douleur.

[…]

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai nagé dans le coeur (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
j’ai nagé
dans le coeur du coeur noir
mordant à ton absence

je suis allé au tout profond
là où se récitent les nerfs
là où dansent les cendres

ma nuit a pleuré tout l’espace
dans le coeur du coeur noir
dans la bouche d’une étoile

le souffle en flammes
jusqu’à éteindre l’esprit
c’est la prière de mon désarroi

tant de mots pour trembler juste
dans le coeur du coeur noir
que je porte à mes lèvres

je te dis toute ma fatigue
tout ce qui m’a brûlé
en orties de grâce

je te dis les mots blessés
dans le coeur du coeur noir
pour étreindre l’invisible

pour aspirer
le lait de la lumière
pour boire le dernier sommeil

pas à pas
dans le coeur du coeur noir
là où le feu devient bleu

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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