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Poésie

Posts Tagged ‘feu’

Un Messager d’espérance (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Un Messager d’espérance vient à moi chaque jour.
Il m’offre, en échange d’une vie brève, la liberté éternelle.
Il vient, avec les vents du large, avec les brises errantes du soir,
Avec ce crépuscule diaphane qui met au ciel des légions d’étoiles.
Alors le vent chante pensivement ; les astres luisent d’un feu tendre,
Et des visions s’élèvent, et changent, et me tuent de désir…

(Emily Brontë)
Découvert chez Lara ici

 

 

 

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LA SAGESSE M’A ROMPU LES BRAS (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



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LA SAGESSE M’A ROMPU LES BRAS

La sagesse m’a rompu les bras, brisé les os
C’était une très vieille femme envieuse
Pleine d’onction, de fiel et d’eau verte

Elle m’a jeté ses douceurs à la face
Désirant effacer mes traits comme une image mouillée
Lissant ma colère comme une chevelure noyée

Et moi j’ai crié sous l’insulte fade
Et j’ai réclamé le fer et le feu de mon héritage.

Voulant y laisser pousser son âme bénie comme une vigne
Elle avait taillé sa place entre mes côtes.
Longtemps son parfum m’empoisonna des pieds à la tête

Mais l’orage mûrissait sous mes aisselles,
Musc et feuilles brûlées,
J’ai arraché la sagesse de ma poitrine,
Je l’ai mangée par les racines,
Trouvée amère et crachée comme un noyau pourri

J’ai rappelé l’ami le plus cruel,
la ville l’ayant chassé,les mains pleines de pierres.
Je me suis mise avec lui pour mourir sur des grèves mûres

Ô mon amour, fourbis l’éclair de ton coeur,
nous nous battrons jusqu’à l’aube
La violence nous dresse en de très hautes futaies
Nos richesses sont profondes et noires pareilles
au contenu des mines que l’éclair foudroie.

En route, voici le jour, fièvre en plein coeur scellée
Des chants de coq trouent la nuit comme des lueurs
Le soleil appareille à peine, déjà sûr de son plein midi,
Tout feu, toutes flèches, tout désir au plus vif de la lumière,
Envers, endroit, amour et haine, toute la vie en un seul honneur.

Des chemins durs s’ouvrent à perte de vue sans ombrage
Et la ville blanche derrière nous lave son seuil où coucha la nuit.

(Anne Hébert)

Illustration: Fidel Garcia

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Les yeux noirs (Dimitris Lipertis)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Les yeux noirs

Viens, jeune fille, que je regarde tes yeux noirs
Qui jettent ces flammes que produit le feu
Et s’ils réduisent mon malheureux cœur en morceaux
Ne t’en fais pas, ma belle, laisse-les le dévorer.

Mais si par hasard je brûle et deviens bois mi-brûlé,
Plante—moi dans ta cour, mets—toi dans un coin
Parce qu’en te voyant jour après jour
Il se peut que je pousse, que je trouve consolation.

Et une fois bien enraciné, je grimperai haut et fleurirai
J’étendrai des branches pour que tu viennes dessous,
Pour t’inonder de ma beauté, de mes fleurs
A cause de la douceur de ces yeux-là.

(Dimitris Lipertis)


Illustration: Fanny Verne

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QUAND TU SERAS BIEN VIEILLE… (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



 

QUAND TU SERAS BIEN VIEILLE…

Quand tu seras bien vieille et grise, dodelinant
Aux portes du sommeil près du feu : prends ce livre
Et lis sans te hâter, et rêve à la douceur
Qu’eurent tes yeux jadis, dans leurs ombres lourdes.

Combien aimaient alors ta grâce joyeuse,
Qu’ils aimaient ta beauté, de feint ou vrai amour !
Mais un seul homme aima en toi l’âme viatrice
Et aima les chagrins du visage qui change.

Penche-toi donc sur la grille embrasée
Et dis-toi, un peu triste, à voix basse :  » Amour,
Tu as donc fui, tu as erré sans fin sur la montagne,
Tu t’es caché dans l’innombrable étoile.  »

***

WHEN YOU ARE OLD

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read, and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep ;

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how Love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

(William Butler Yeats)

Illustration: Edouard Vuillard

 

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Voyez au vif le portrait d’un amant (Jean Godard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Voyez au vif le portrait d’un amant :
Je pleure et ris, je loue et vitupère,
Un même objet m’est funèbre et prospère,
Je perds courage et je vais m’animant.

Mon coeur, mes yeux s’en vont partout semant
Et feux, et flots ; mon âme est le repaire
D’espoir et peur ; jamais je ne tempère
Mon froid, mon chaud, qui vont ensemblement.

Je sens toujours un grand brasier d’Hercule,
D’où un glaçon jamais ne se recule ;
Je glace au feu, je brûle au coeur d’hiver ;

J’aime, je hais ; je me loue et me tance ;
Je quitte tout, puis je veux éprouver.
L’amour n’est rien qu’une mer d’inconstance.

(Jean Godard)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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La jeune fille (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



La jeune fille

Un soir fleurit soudain la beauté d’une épaule
et d’un visage et d’un regard battu de cils,
auprès du feu, dans une auberge de village
où sommeille un chien noir sur les carreaux de sang.

L’enfant plie sa fatigue et soulève la lampe
sans rien savoir du miracle qui l’a choisie
dans le couloir peuplé de manteaux vides
que ne tourmente pas l’absence du témoin.

Le miroir est cerné de plaies. L’orage
agite aux vitres ses lambeaux de soufre
tandis qu’au loin dans la nuit des alpages
des ombres frottent sur les roches leurs échines.

Et la beauté s’efface inaperçue
de ces vieillards qui pèsent grain et paille
mais on oublie de remonter l’horloge
dont la main de cuivre à l’aube se figera.

(Jean Joubert)

Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

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Epouvantable clarté (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



Eparpille, cherchant le lieu d’asile,
L’ordre fermé, le centre où se dissout
la meute de poussière – tu tournoies.

Quel messager? Le feu, la nuit, la pierre,
l’arbre fige ou bien l’oiseau fuyant
son propre cri dans le déluge de lumière?

– alors insaisissable, qui lacère
le visage mêlé au froid de sa dérive.

Dans le grand jour panique se dispersent
l’arbre, le feu, la terre délitée…

Saison d’appel, homme sans ombre,
glorieuse, épouvantable clarté.

(Jean Joubert)

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Il n’est pas un instant (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2017



Il n’est pas un instant où près de toi couchée
Dans la tombe ouverte d’un lit,
Je n’évoque le jour où ton âme arrachée
Livrera ton corps à l’oubli. (…)

Quand ma main sur ton cœur pieusement écoute
S’apaiser le feu du combat,
Et que ton sang reprend paisiblement sa route,
Et que tu respires plus bas,

Quand, lassés de l’immense et mouvante folie
Qui rend les esprits dévorants,
Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie
Le veilleur las et le mourant,

Je songe qu’il serait juste, propice et tendre
D’expirer dans ce calme instant
Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre
Que la paix de son cœur content.

Ainsi l’on nous mettrait ensemble dans la terre,
Où, seule, j’eus si peur d’aller ;
La tombe me serait un moins sombre mystère
Que vivre seule et t’appeler.

Et je me réjouirais d’être un repas funèbre
Et d’héberger la mort qui se nourrit de nous,
Si je sentais encor, dans ce lit de ténèbres,
L’emmêlement de nos genoux …

(Anna de Noailles)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

 

 

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La vie profonde (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

La vie profonde

Etre dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Etendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire les sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Sentir, dans son cœur vif, l’air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
– S’élever au réel et pencher au mystère.
Etre le jour qui monte et l’ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l’eau.
Et comme l’aube claire appuyée au coteau
Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise …

(Anna de Noailles)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

 

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La vie profonde (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017




La vie profonde

Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Sentir, dans son cœur vif, l’air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
– S’élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l’ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l’eau,
Et comme l’aube claire appuyée au coteau
Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise…

(Anna de Noailles)

 

 

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