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Poésie

Posts Tagged ‘feu’

J’entends les extrémités délirer (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



J’entends les extrémités délirer
J’entends la taille sangloter, les hanches reposer

L’extase m’emporte
J’entre dans le désert de l’émotion violente je crie ton nom

Je descends aux sphères inférieures
Du côté du monde le plus étroit —
Je vois le feu et les larmes sur même plateau

Je vois la Ville des villes
Et ma coupe déborde.

Ainsi parle le seigneur corps.

(Adonis)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »? (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


benoit-extase

Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »?
Alors blottis-toi sur le seuil –
Le Rouge – est la teinte commune du Feu –
Mais lorsque le vif Minerai

A surmonté l’épreuve de la Flamme –
Il frémit au sortir de la Forge
Sans autre couleur que la Lumière
Du Brasier non consacré –

Le moindre Village, est fier d’avoir son Forgeron –
Son Enclume dont le son égal
Est le symbole de la Forge plus subtile
Qui sans bruit travaille – au dedans –

Affinant avec Brasier, et Marteau
Ces impatients Minerais
Jusqu’à ce que la Lumière choisie
Répudie la Forge –

(Emily Dickinson)

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C’était Midi (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


Girodet - Effet de Lune, Endymion (1793)

A mon modeste Foyer vint Son feu –
Et toute ma Maison embrasée
Flamba et frémit, d’une brusque clarté –
C’était l’Aurore – c’était le Ciel –

Illuminé non par un bref Eté –
Avec limite de Déclin –
C’était Midi – sans Nouvelle de Nuit –
Non, Nature, c’était le Jour –

(Emily Dickinson)

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Cela me frappait – chaque Jour – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017


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Cela me frappait – chaque Jour –
Foudre aussi neuve
Que si la Nue se fendait sur-le-champ
Pour vomir le Feu –

Cela me brûlait – dans la Nuit –
Et Calcinait Mon Rêve –
Et se ravivait à mes yeux –
A chaque retour du Matin –

Je croyais l’Orage – chose brève –
La plus Folle – la plus vite –
Mais de Ceci la Nature a perdu la Date –
Elle l’a laissé dans le Ciel –

(Emily Dickinson)

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Les bois sacerdotaux (Antonin Artaud)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



Les bois sacerdotaux chamarraient l’horizon
Où les lampes du soir rallumaient leurs feux rouges;
Au rideau des forêts où mille branches bougent
Peignaient leurs cheveux d’étranges visions.

Une femme parût, de sardoine et d’opale
Décorant son manteau pourpre comme le ciel;
Ses yeux brillaient dans l’or bleui des cheveux pâles.
Sacerdotales fleurs aux feux surnaturels.

Un rebec cajôleur aux doigts des mains divines
Si doucement pleurait que les rois des bois noirs
Appelaient par delà les célestes collines
Les reines accoudées aux balustres du soir.

Un vent plus fort tordit les crinières des bois
Eveillant les orgues des profondeurs sonores
Et la voix se perdit comme efface l’aurore
Dans les voiles du jour les bagues de ses doigts.

(Antonin Artaud)

Illustration: Herb Dickinson

 

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Extase (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Extase

Lorsque les yeux fermés
J’ai écrit un poème, tout à coup
Ma main a été brûlée,
Et quand je suis parti
de ce feu noir,
Le papier a respiré
Un nom comme un lys : Dieu.
Mais ma plume, dans la crainte et l’émerveillement,
a percé le mot
Et écrit à la place
Un mot plus familier : l’Homme.

Depuis lors, une voix inconnue
Me hante comme un oiseau invisible
Qui picore, picore contre la porte de mon âme :
Est-ce pour cela que tu m’as échangé ?

(Avrom Sutzkever)

 

 

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Jour de réconciliation (Gerrit Achterberg)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Jour de réconciliation

Le saint survient. J’ai touché
les frontières de Dieu et de l’homme et de l’animal.
Le voile se fend. Le saint est là.
Le saint des saints s’éveille

Je suis rendu identique à vous.
Vie et mort ne sont plus entrebâillés.
Les parois des quatre régions célestes
pivotent et s’ouvrent. Vous êtes décrochée

du papier qui vous tenait liée
aux lettres, qui étaient rassemblées
pour ce qu’elles savent de vous diversement ;

jeu par soi-même animé en bruissant
jusqu’à tant de feu, que nulle fibre ne reste
entre ce qui est et ce qui écrit là-dessus.

***

Verzoendag

Het heilige gebeurt. Ik heb graakt
grenzen van God en mens en dier.
Voorhangsel scheurt. Het heilige is hier.
Het heilige der heilige ontwaakt.

Ik word geheel met u gelijk gemaakt.
Leven en dood staan niet meer op een kier.
De wanden draaien open van de vier
hemelgewesten. Gij zijt losgehaakt

van het papier, dat u gebonden hield
aan lettertekens, die tesamen stonden
om wat zij wisselend van u bevonden ;

spei door zichzelve ritselend bezield
tot zoveel vuur, dat er geen vezel blijft
tussen wat is en wat er over schrijft.

(Gerrit Achterberg)

Illustration : Sandrine Genet

 

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À Philis (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



À Philis

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

(Pierre de Marbeuf)


Illustration: Frederic Leighton

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Fille versatile (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Fille versatile

Tantôt tu es tout près de moi
Tantôt tu vagabondes
Jusqu’à l’horizon
Où fusionnent le ciel
Et la terre qui s’éloigne du soleil
Pour entrer dans la nuit.

Tu me fuis parfois
Mais tu reviens toujours.
Je sais qu’un jour
Tu m’oublieras.
Même des braises attisées
Ne peuvent ranimer
Un feu qui s’est éteint.

Ton rire fait fuir la nuit
Que retenaient les étoiles
Tu perçois en marchant
Tous les frissons de la terre

Sous les nuages endormis
Tu vas au hasard des routes.
Ta voix me parvient
Pour s’unir à la mienne
Mais je crains toujours de te perdre.

Quand je te retrouve
Au paroxysme de l’angoisse
Tu partages avec moi
Tous les secrets
Que tu as percés
Au cours de tes rencontres
Et ta nudité énigmatique
Provoque de nouveaux fantasmes
Dans le désordre des miroirs amoureux

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Pascal Renoux

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Racistes (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Racistes

Voilà ce qu’ils disent :
l’anémone est plus intelligente que la rose
le sable est plus beau que le chat
et la pierre a toujours été
supérieure au potiron

Ils reprochent au noir
d’être plus noir que le blanc
comme si on reprochait au feu
d’être plus chaud que la neige
et au miel d’être plus sucré que la vague

Et s’ils ont peur de leur ombre
c’est qu’ils se doutent un peu
que haïr l’étranger
c’est avoir peur de soi.

(Jean-Pierre Siméon)

 

 

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