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Poésie

Posts Tagged ‘feuille’

Retouche à la clairière (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



retouche à la clairière

en plein bois dans les feuilles à l’affût
le jour a posé sa lanterne
la lumière est seule et reste à rebrousse-poil
accablée de murmures

(Daniel Boulanger)

 Illustration

 

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Comme Feuilles – Il Se déplie – Et puis – Il se referme – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Comme Feuilles – Il Se déplie –
Et puis – Il se referme –
Puis se perche sur la Capeline
De Quelque Bouton d’Or –

Puis dans sa course Il heurte
Et renverse une Rose –
Et puis il ne fait Rien –
Puis plus loin sur un Foc – Se pose –

Et balance, Grain de Poussière
Dans Midi suspendu –
Entre – revenir Ici-bas –
Ou migrer vers la Lune –

De Lui qu’adviendra-t-il la Nuit –
L’Ignorance borne
Le privilège de le dire –
De Lui qu’adviendra-t-il – Le Jour –

Où le Gel – étreindra le Monde –
Des Vitrines – le montrent –
Un Sépulcre en curieuse Soie floche –
Une Abbaye – un Cocon –

***

He parts Himself- like Leaves –
And then – He closes up –
Then stands opon the Bonnet
Of Any Buttercup –

And then He runs against
And oversets a Rose –
And then does Nothing –
Then away opon a Jib – He goes –

And dangles like a Mote
Suspended in the Noon –
Uncertain – to return Below –
Or settle in the Moon –

What come of Him at Night –
The privilege to say
Be limited by Ignorance –
What come of Him – That Day

The Frost – possess the World –
In Cabinets – be shown –
A Sepulchre of quaintest Floss –
An Abbey – a Cocoon –

(Emily Dickinson)

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Oh ! pour remplir de moi ta rêveuse pensée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

Albert Joseph Moore (5) [1280x768]

Oh ! pour remplir de moi ta rêveuse pensée,
Tandis que tu m’attends, par la marche lassée,
Sous l’arbre au bord du lac, loin des yeux importuns,
Tandis que sous tes pieds l’odorante vallée,
Toute pleine de brume au soleil envolée,
Fume comme un beau vase où brûlent des parfums ;

Que tout ce que tu vois, les coteaux et les plaines,
Les doux buissons de fleurs aux charmantes haleines,
La vitre au vif éclair,
Le pré vert, le sentier qui se noue aux villages,
Et le ravin profond débordant de feuillages
Comme d’ondes la mer,

Que le bois, le jardin, la maison, la nuée,
Dont midi ronge au loin l’ombre diminuée,
Que tous les points confus qu’on voit là-bas trembler,
Que la branche aux fruits mûrs ; que la feuille séchée,
Que l’automne, déjà par septembre ébauchée,
Que tout ce qu’on entend ramper, marcher, voler,

Que ce réseau d’objets qui t’entoure et te presse,
Et dont l’arbre amoureux qui sur ton front se dresse
Est le premier chaînon ;
Herbe et feuille, onde et terre, ombre, lumière et flamme,
Que tout prenne une voix, que tout devienne une âme,
Et te dise mon nom !

(Victor Hugo)

Illustration: Albert Joseph Moore

 

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Soudain (Radovan Ivsic)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



et la nuit si vite
dans les ramures houleuses
et la petite fille
soudain en rêve si vite
et les branches les branches les branches

elle court elle court
mais l’ombre ne veut pas à tous les coups
ni les feuilles
ni ses mains ni la merveille
ni ses yeux légers

alors lentement
elle marcha sur le rire
sur la rive
s’étonna devant ses mains
et se dit oh tout bas

si longtemps
elle courut sur les frondaisons
qu’elle devint
tourbillon autour de ses doigts
et forêt pour chaque poisson

par la main au bleu
toutes les pierres par la main
le sommeil par la main
la vague par les feuilles
le noir par les feuilles

puis elle devint
tellement triste qu’elle retira
la nuit de la forêt
des coquillages des nuages
et s’en alla pas à pas

(Radovan Ivsic)


Illustration

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L’HEURE FROIDE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



 

Louis Flahaut rj9 [1280x768]

L’HEURE FROIDE
Au comte Ferdinand de Strada.

Les crépuscules du soir m’ont laissé tant de pierreries dans la mémoire,
qu’il me suffit de prononcer ces mots  » crépuscules du soir, splendeurs des couchants  »
pour évoquer à la fois les souvenirs solennels de vie antérieure et les ravissements de jeunesse enivrée.

Et puis, après le crépuscule, la douce nuit transparente
ou bien encore la bonne nuit, épaisse comme des fourrures.

Alors, à Paris, le gaz s’allume.
L’été, le gaz, brillant parmi les arbres des jardins, donne aux feuilles qu’on ne voit qu’en dessous,
des tons verts et mats de décor de féerie.
L’hiver, le gaz dans le brouillard

(Charles Cros)

Illustration: Louis Flahaut

 

 

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Bonhomme de neige (Wallace Stevens)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Bonhomme de neige

Il faut posséder un esprit d’hiver
Pour regarder le gel et les branches
Des pins sous leur croûte de neige ;

Avoir eu froid longtemps
Pour contempler les genévriers hérissés de glace,
Les épicéas, bruts dans l’éclat lointain

Du soleil de janvier ; et ne pas imaginer
De détresse aucune dans le bruit du vent,
Le bruit d’une poignée de feuilles,

Qui est le bruit de l’étendue
Emplie du même vent
Soufflant dans le même lieu nu

Pour qui écoute, écoute dans la neige,
Et, n’étant rien lui-même, ne contemple
Rien qui ne soit là et le rien qui est.

***

The Snow Man

One must have a mind of winter
To regard the frost and the boughs
Of the pine-trees crusted with snow;

And have been cold a long time
To behold the junipers shagged with ice,
The spruces rough in the distant glitter

Of the January sun; and not to think
Of any misery in the sound of the wind,
In the sound of a few leaves,

Which is the sound of the land
Full of the same wind
That is blowing in the same bare place

For the listener, who listens in the snow,
And, nothing himself, beholds
Nothing that is not there and the nothing that is.

(Wallace Stevens)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Le Banc de Pierre (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Le Banc de Pierre

Au fond du parc, dans une ombre indécise,
Il est un banc, solitaire et moussu,
Où l’on croit voir la Rêverie assise,
Triste et songeant à quelque amour déçu.
Le Souvenir dans les arbres murmure,
Se racontant les bonheurs expiés ;
Et, comme un pleur, de la grêle ramure
Une feuille tombe à vos pieds.

Ils venaient là, beau couple qui s’enlace,
Aux yeux jaloux tous deux se dérobant,
Et réveillaient, pour s’asseoir à sa place,
Le clair de lune endormi sur le banc.
Ce qu’ils disaient, la maîtresse l’oublie ;
Mais l’amoureux, cœur blessé, s’en souvient,
Et dans le bois, avec mélancolie,
Au rendez-vous, tout seul, revient.

Pour l’œil qui sait voir les larmes des choses,
Ce banc désert regrette le passé,
Les longs baisers et le bouquet de roses
Comme un signal à son angle placé.
Sur lui la branche à l’abandon retombe,
La mousse est jaune, et la fleur sans parfum ;
Sa pierre grise a l’aspect de la tombe
Qui recouvre l’Amour défunt !…

(Théophile Gautier)

Illustration

 

 

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Chanson d’été (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Chanson d’été

Le soleil brûlant
Les fleurs qu’en allant
Tu cueilles,
Viens fuir son ardeur
Sous la profondeur
Des feuilles.

Cherchons les sentiers
A demi frayés
Où flotte,
Comme dans la mer,
Un demi-jour vert
De grotte.

Des halliers touffus
Un soupir confus
S’élève
Si doux qu’on dirait
Que c’est la forêt
Qui rêve…

Chante doucement ;
Dans mon coeur d’amant
J’adore
Entendre ta voix
Au calme du bois
Sonore.

L’oiseau, d’un élan,
Courbe, en s’envolant,
La branche
Sous l’ombrage obscur
La source au flot pur
S’épanche.

Viens t’asseoir au bord
Où les boutons d’or
Foisonnent…
Le vent sur les eaux
Heurte les roseaux
Qui sonnent.

Et demeure ainsi
Toute au doux souci
De plaire,
Une rose aux dents,
Et ton pied nu dans
L’eau claire.

(Albert Samain)

Illustration: Pascal Giroud

 

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Jadis, alors que je gisais dans une cave (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Jadis, alors que je gisais dans une cave,
Avec un cadavre comme feuille de papier,
Éclairé au plafond par la neige phosphorescente –
J’ai écrit avec un morceau de charbon
Un poème sur le cadavre de papier de mon voisin.
Maintenant, il n’y a même plus un cadavre, –
Blancheur déshonorée,
Drapée dans de la suie.

(Avrom Sutzkever)

Illustration

 

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L’épaule nue (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2017



L’épaule nue

D’une épaule nue
le désir bondit
comme un léopard

s’agite sous les feuilles
mord une branche
crache une plume

et le ciel
aux palmes
s’ensanglante

La nuit très vite tombe
Est-ce l’hiver?
l’annonce des tempêtes?

Un châle masque le soleil

(Tourne les yeux
ouvre le livre!)

(Jean Joubert)

Illustration: Pascal Renoux

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