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Poésie

Posts Tagged ‘feuille’

UNE BRANCHE CASSÉE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018



Illustration
    
UNE BRANCHE CASSÉE

Une branche s’est cassée.
Je la vois
prise entre les autres branches
ses feuilles déjà flétries.

Dans le jardin je sors
et je lève les yeux :
il faudra que je prenne l’échelle
pour dégager le bois
du bois enchevêtré.

Mais d’énormes nuages
bousculent parfois des pensées d’homme
et la branche
sous le ciel qui grince
devient une parole
dont je sens la terrible faiblesse.
Puisqu’elle vient de moi.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral
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Il était une feuille (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

(Robert Desnos)

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Pierre à pierre (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

Giampaolo Ghisetti -  (6)

Pierre à pierre

Pierre à pierre et pied à pied
Et coeur à coeur et tête à tête
Les beaux jours sont passés

Fil à fil et feuille à feuille
Et un à un et seul à seul
Les jours sont beaux et ne passent pas

Grain à grain corps à corps
Et côte à côte et main à main
Bien malin qui gagnera la bataille

Pierre à grain et seule à un
Et main à coeur et tête à coeur
L’amour est vaste comme le monde.

(Robert Desnos)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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Il était une feuille (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Il était une feuille avec ses lignes —

Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur —
Il était une branche au bout de la feuille —

Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur —
Il était un arbre au bout de la branche —

Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur —
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre —

Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur —
Au bout des racines il était la terre —

La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

(Robert Desnos)

Illustration: ArbreaPhotos

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Ramures (Clémentine Plantevin)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Ramures

Les arbres ont fini de pleurer
feuille à feuille
les rayons de l’été

Ils ont rendu à la terre froide
les dernières gouttes de soleil

Qui vont crisser sous nos pas gris
Le cœur plein de cernes
Ils tendent fières leurs ramures
Nues parfaites
Au ciel blanc

Ils se dressent patients
Dans le silence
Des brumes lentes

(Clémentine Plantevin)

le site de Clémentine ici

 

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: numéro 77
Traduction:
Editions: revue Traction-Brabant

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IL ÉTAIT UNE FEUILLE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



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IL ÉTAIT UNE FEUILLE

Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Fortunes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Après ce déluge (Ingeborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018




    
Après ce déluge
j’aimerais voir la colombe
et rien que la colombe
encore une fois sauvée.

Je sombrerais sans doute dans cette mer !
si elle ne s’envolait
si elle n’apportait pas
à la dernière heure la feuille.

***
Nach dieser Sintflut
möchte ich die Taube,
und nichts als die Taube,
noch einmal gerettet sehn.

Ich ginge ja unter in diesem Meer!
flög’ sie nicht aus,
brächte sie nicht
in letzter Stunde das Blatt.

***

After this deluge
I wish to see the dove
saved,
nothing but the dove.

I would drown in this sea
if it did not fly away,
if it did not return with the leaf
in the final hour.

(Ingeborg Bachmann)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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VISION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Paul Emile Chabas
    
VISION

I
Au matin, bien reposée,
Tu fuis, rieuse, et tu cueilles
Les muguets blancs, dont les feuilles
Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes
Dans ta blonde chevelure
Empêchent ta libre allure
Vers les clairière prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue,
L’audace de chaque branche
Qu’attiraient ta nuque blanche
Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre,
Et les griffes de la haie
Tracent parfois une raie
Rouge, sur ton cou de marbre.

II
Laisse déchirer tes voiles.
Qui es-tu, fraîche fillette,
Dont le regard clair reflète
Le soleil et les étoiles?

Maintenant te voilà nue.
Et tu vas, rieuse encore,
Vers l’endroit d’où vient l’aurore;
Et toi, d’où es-tu venue?

Mais tu ralentis ta course
Songeuse et flairant la brise.
Délicieuse surprise,
Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse
En te suspendant aux saules,
Tu glisses jusqu’aux épaules,
Dans l’eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe!
On dirait comme un lys double;
Mais l’eau, tout autour est trouble
Pleine de joncs mous et d’herbe.

III
Je t’ai suivie en satyre,
Et caché, je te regarde,
Blanche, dans l’eau babillarde;
Mais ce nénuphar t’attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.
Et les joncs t’ont enlacée.
Oh! mon coeur et ma pensée
Avec toi vont disparaître!

Les roseaux, l’herbe, la boue
M’arrêtent contre la rive.
Faut-il que je te survive
Sans avoir baisé ta joue?

Alors, s’il faut que tu meures,
Dis-moi comment tu t’appelles,
Belle, plus que toutes belles!
Ton nom remplira mes heures.

« Ami, je suis l’Espérance.
Mes bras sur mon sein se glacent. »

Et les grenouilles coassent
Dans l’étang d’indifférence.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cheval, cheval (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



    

Cheval, cheval

Cheval, cheval, il me faut un cheval !
mais je n’ai pas de royaume à donner.
Un destrier ? Non, un cheval de bois
en souvenir d’un antique manège.

Un chêne, un chêne ! Où trouver un grand chêne ?
Que dites-vous ? Pour rendre la justice ?
Je ne peux rendre en ne possédant pas.
C’est pour dormir sous les plus belles feuilles.

Des lys, des lys ! Apportez-moi des lys !
pas pour orner la couronne des rois,
plus simplement pour leur cambrure exquise
et le parfum jailli de la beauté.

Abeille, abeille ! oui, je veux une abeille !
non pour l’hommage à de vieux empereurs
mais pour voler avec elle, l’abeille
de fleur en fleur sous le soleil d’été.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Je veux pleurer parce que j’en ai envie (Federico García Lorca)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
Double poème du Lac Edem (extrait de)

[…]
Je veux pleurer parce que j’en ai envie
comme pleurent les enfants du dernier banc,
parce que je ne suis homme, poète ni feuille,
mais pulsation blessée qui sonde les choses de l’autre côté.

Je veux pleurer en disant mon nom,
rose, enfant et sapin au bord de ce lac,
pour dire ma vérité d’homme de sang
en tuant en moi la raillerie et la suggestion du mot.
[…]

***

Quiero llorar porque me da la gana
como lloran los niños del último banco,
porque yo no soy un hombre, ni un poeta, ni una hoja,
pero sí un pulso herido que sonda las cosas del otro lado.

Quiero llorar diciendo mi nombre,
rosa, niño y abeto a la orilla de este lago,
para decir mi verdad de hombre de sangre
matando en mí la burla y la sugestión del vocablo.

(Federico García Lorca)

 

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