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Poésie

Posts Tagged ‘feuille’

Dans la cage du temps (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




dans la cage du temps
la dormeuse regarde ses yeux esseulés

le vent lui apporte, ténue,
la réponse des feuilles

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Calirezo

 

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Dans la parole de l’air (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Dans la parole de l’air

L’air n’est pas épais, la fumée éclaire

L’heure n’écrase plus ni grain

Ni souvenir d’aucune moisson, ô moulin d’ombre

Puisque vieillir est mon lot favorable

Dans l’automne rouge où crie la pie

L’air est léger ce matin
Les fumées des feux s’élèvent dans la pluie
Rien ne pèse en vain

Il n’y a plus ni fuites de feuilles ni vieillissement dans ces réseaux sans mémoire

L’air ne parle pas des haies d’avant

La pie ne regrette plus

L’éclair de la mésange traverse un songe nommé

forêt
L’odeur des petits feux endort les paysages
Même les noms des choses passent
Comme dans les errances des sages
Et la tranquillité de l’air ou de l’eau

n’est plus en cause
Aucune grâce n’est coupable
Dans la parole de l’air sans menace
Hors de toute contradiction à défaire

(Jacques Chessex)

 

 

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Avant nous à travers les mêmes arbres (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018




Avant nous à travers les mêmes arbres
Le vent soufflait, quand il faisait du vent,
Et les feuilles ne bougeaient pas
D’une autre façon qu’aujourd’hui.

Nous passons, nous nous agitons, en pure perte.
Nous ne faisons pas plus de bruit dans tout ce qui existe
Que les feuilles des arbres
Et le souffle des vents.

Lors par délaissement assidu essayons
De confier tous nos efforts à la Nature
Et de ne pas vouloir vivre plus fort
Que ne vivent les arbres verts.

Inutiles, les grands airs que nous nous donnons.
À part nous-mêmes, rien de par le vaste monde
Ne salue notre grandeur, rien
N’est enclin à sur nous se régler.

Si sur ce rivage, ici, mes empreintes,
Sur le sable, la mer en trois vagues, trois, les efface,
Qu’en sera-t-il sur la haute plage
Où la mer est le Temps ?

(Fernando Pessoa)

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Produire en soi (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2018




    
Une feuille, c’est bien.
Kirilov

Produire en soi la possibilité d’un mouvement à jamais plus pur.
Entrer dans ce qui, au coeur du langage, dans la quasi constance des mots,
se prête à une certaine aimantation.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il serait si facile (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration
    
Il serait si facile de dévoiler
Cette lumière ou cette ombre… Un mot :
Et l’existence, qui en moi existe seule
Sous les voix que chaque homme s’invente
Pour se rapprocher de vérités
Fuyantes, serait exprimée, finalement.
Mais ce mot n’existe pas.
Si toutefois j’écoute dans le bruit
Qui monte du quartier, un son un peu
Plus clair — ou que j’aspire dans l’odeur
De la saison un souffle plus précis
De feuilles mouillées, de pluie, alors,
Allusive, l’indicible vie qui est la mienne
Se dessine à mes yeux, rien qu’un instant,
Et je ne saurais la supporter… Mais un jour,
Ah un jour, je hurlerai à cette vue,
La révélation sera un hurlement…

***

Sarebbe cosi facile svelare
questa luce o quest’ombra… Una parola :
e l’esistenza che in me esiste cola
sotto le voci che ogni uomo inventa
per avvicinarsi a verità
fuggenti, sarebbe espressa, infine.
Ma questa parola non esiste.
Se tuttavia ascolto nel rumore
che sale dal rione, un suono un poco
più terso — o aspiro nell’odore
della stagione un più preciso auto
di foglie fradice, di pioggia, allora,
allusa, l’indicibile mia vita
mi si disegna, per un solo istante…
E non so sopportarla… Ma un giorno,
ah un giorno, urlero , a quella vista,
sarà un urlo la rivelazione…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Adulte ? Jamais
Traduction: René de Ceccaty
Editions: Points

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L’apprenti fantôme (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



L’apprenti fantôme

Une lumière qui avance lentement comme l’eau
Dans un morceau de sucre. Une lumière
Qui me découvre peu à peu. Ai-je une bouche
Comme les gens d’ici ? Des bras, des jambes ? Quel miroir

Me rendra soudain à moi-même ? Quelle baguette
Magique, me fera redevenir semblable
À ceux qui m’ont fermé leur porte ? Et je tournais
Autour de leur maison comme un vent fou de désespoir

Ah Est-il merveille plus grande que ces yeux
Qui relient la face à l’univers qui l’entoure ?
Ils savent percer le lointain mais aussi comme une feuille
Ô la pluie pénètre ils savent retenir d’énormes visions.

Et l’oreille qu’émeut la voix de l’ami ou le grondement
Du tonnerre ? Et les mains qui pétrissent le pain ?
Et les pieds qui, soumis, silencieux comme deux chiens,
Conduisent l’homme sur les traces de la lumière ?

Hommes et femmes qui êtes d’ici et qui savez
Reconnaître chaque pierre et qui vous appelez
Avec des noms pleins jusqu’au bord de souvenirs.
Puis-je apprendre vos jeux, puis-je vous dire,

Quelle joie est la vôtre: le matin au réveil
Vos doigts qui retrouvent comme un clavier le monde
Le soleil du parler rayonne dans vos bouches
Chaque mot est aimé par vos pères et vos enfants.

(Ilarie Voronca)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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VERLAINE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2018



 

VERLAINE

Je ne puis te donner fruit ni fleur. Feuille ou branche,
Si. Feuille d’orme, non, ni d’agreste glycine.
Feuille de la forêt, parfumée de résine,
A ta gloire apportant la rosée du matin.

(Manuel Bandeira)

 

 

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Rupture (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Carrie Vielle (15)

Rupture

J’effacerai le temps
J’effacerai les jours
Mais je sais qu’au retour
J’irai me questionnant

Voilà
J’ai les mains vides
Vides sont mes mains
Vides
Parfois je les regarde, stupide
Et les feuilles tombent dans l’air limpide
Encore une fois

J’effacerai les places
J’effacerai les traces
Me faisant un espace
Dont tu seras absent

Encore une fois
Voilà
J’ai les mains vides
Et du creux de mes paumes arides
S’échappent fuyant entre mes doigts
Les restes d’un espoir pesant

J’effacerai les peines
J’effacerai les joies
Notre route bifurqua
Et chacun eut la sienne

Voilà j’ai les mains vides
Vides sont mes mains
Vides
Et les feuilles tombent dans l’air limpide
Encore une fois

(Esther Granek)

Illustration: Carrie Vielle

 

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Que ne suis-je ! (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Carrie Vielle (11)

Que ne suis-je !

Si j’étais oiseau
J’entrerais
Par la fenêtre
Où tu écris
Et te caresserais
Les joues
Du bout de mes ailes

Oiseau que ne suis-je !

Si j’étais fenêtre
Cette fenêtre
Où tu écris
Mes vitres te seraient
Miroir
Et je t’y caresserais
Le visage
Du bout de mes reflets

Fenêtre que ne suis-je !

Si j’étais plante
Cette plante entourant la fenêtre
Où tu écris
Je me tresserais
En couronne
Et t’en ceindrais le front
Et te caresserais
Les cheveux
Du bout de mes feuilles

Cette plante que ne suis-je !

Si j’étais l’Autre
Cet Autre
Auquel tu écris…

Moi qui
Jamais
N’ai
Caressé
Tes joues
Tes cheveux
Ni ton front
Même du bout de mes doigts…

Cet Autre que ne suis-je !

(Esther Granek)

Illustration: Carrie Vielle

 

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LA GRANDE CHÈVRE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



chèvre 0

LA GRANDE CHÈVRE

La grande chèvre avait déjà brouté la vieille gardeuse et la forêt.
De la maison, elle ne fit qu’une bouchée. Un quartier de lune maintenant.
Puis tout un vent du nord.
Et alors, la bique de boire un si grand coup de mer qu’en va-t-à-pied z’à Douvres.
Enfin, enfin, une feuille de laitue !
Si j’avais eu cette feuille de laitue tout de suite, dit-elle,
je n’aurais rien mangé d’autre.

(Norge)

Illustration

 

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