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Poésie

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Mon amour en légers atours (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



Mon amour en légers atours
Va passant parmi les pommiers,
Là où les vents joyeux ne rêvent
Que de courir de compagnie.

Où s’attardent les vents joyeux
Pour courtiser les jeunes feuilles
Mon amour s’en va lentement
Penchée vers son ombre dans l’herbe.

Où le ciel tend sa coupe bleue
Par-dessus la terre qui rit,
Mon amour relève, légère,
Sa robe d’une exquise main.

***

My love is in a light attire
Among the apple-trees,
Where the gay winds do most desire
To run in companies.

There, where the gay winds stay to woo
The young leaves as they pass,
My love goes slowly, bending to
Her shadow on the grass;

And where the sky’s a pale blue cup
Over the laughing land,
My love goes lightly, holding up
Her dress with dainty hand.

(James Joyce)

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Le corps d’Eurydice (2/4) (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



Certains soirs elle ne savait pas
Ce qui, d’elle, était devenu insaisissable:
Une poignée de plumes rousses
Sur le ciel lisse, où volaient les fleurs du cerisier.
Où l’atteignait, porté par quelque souffle,
Un parfum indéfinissable. Etait-ce
Le laurier rose, dont la feuille est empoisonnée?
Sinon quel souvenir, ou quel désir
Aurait meublé les couches de lumière déclinante,
Et l’espace qui était en elle ce miroir
Obscurci, ce point de fuite, une heure
Avec de légers nuages sur le ciel pâle?
Un moment du monde aurait passé:

« Reprendre le chemin qui ramène
Vers ce lieu de moi-même où tout s’apaise
Et s’équilibre, est-ce tellement difficile
Mère mauvaise? Et me fondre dans ce qui m’appelait:
La nuit accueillante où le corps ne vieillit pas. »

Une vivante. Elle a fait son deuil d’elle-même.
Elle a erré parmi les petits noms de l’amour,
Les objets familiers: beaucoup de fleurs,
D’étoffes, de bijoux, pour embellir une vivante.
Pour retenir sur elle la lumière. Et la passion?
Et le manque, et le besoin, et le plaisir?
Enfin pour finir cette chambre
Sans lit et sans miroirs, où elle se dévisageait
Un moment dans une fenêtre blanche,
Avant de se détourner tout à fait du dehors,
Respirant profondément l’odeur douceâtre
Des bouquets fanés sur la table:

« Nue dans la mémoire, comme dans l’amour,
C’est là que j’ai appris à être impitoyable
Avec ma vie, à n’être plus que du temps
Sans désir comme le soleil sur les pierres nues,
Les pages, désertées d’êtres écrites. »

Ce qui, d’elle, était devenue méconnaissable,
Une partie d’elle-même donc, sa main seulement
Ou sa personne tout entière, les concours
De ce qu’on nomme l’âme? Et beaucoup plus tard
Ce furent d’autres fleurs, celles des paulownias
Qui forment une sorte de ciel mauve
Quand le vrai ciel s’emplit de noir.
Ce qu’il faudrait, de toute urgence, ressaisir,
Elle ne savait toujours pas. – Et pourquoi
Saisir plutôt que se laisser saisir?
Elle regardait alors ces grappes de fleurs,
Respirait cette brume mauve. Elle était capable
D’en jouir. Puis le bleu plus profond
Se mettait tout autour, c’était
Un chef-d’oeuvre de tendresse,
De distraction, ou de destruction:

« Mère mauvaise, non, je n’ai pas changé ma vie.
Mais je suis revenue, parmi les miens, quel que fût
Cet inconnu qui me forçait à aimer l’amour.
Dérobée à lui-même, mes gestes mutilés,
Ceux d’une autre? Sa tête perdue. »

(Claude Adelen)

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La pleine page de l’aube (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



La pleine page de l’aube
les platanes cédant à l’automne
la terre feuille de tant de feuilles

La jubilation du vent
Ses chants mêlés de terre

Les bruissements répétés
de ce qui n’entre pas dans la lumière

(Georges Bonnet)

Illustration

 

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Le mûrissement des fruits (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Le mûrissement des fruits
dans la constante dévotion des feuilles

Les papillons en folie
dans l’impudence d’être

A l’écart un rosier
qui tarde à fleurir
Comme une robe
qu’on n’ose pas mettre

(Georges Bonnet)

 

 

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LES PERLES DE JADE (Tchan-Tiou-Lin)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



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LES PERLES DE JADE

J’ai vu passer la première épouse du grand Mandarin Lo-Wang-Li ;
elle se promenait à cheval près du lac,
dans l’allée où la lune blanchit les feuilles de saule.

En se promenant elle a laissé tomber de son cou quelques perles de jade ;
un homme, qui se trouvait là, les a ramassées et s’est enfui très joyeux.

Mais moi, je n’ai pas ramassé de perles,
parce que je regardais seulement le beau visage de la jeune femme,
plus blanc que la lune dans les feuilles de saule,
et je m’en suis allé en pleurant.

(Tchan-Tiou-Lin)

 

 

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Si peu de vie soudain (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2017



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Si peu de vie soudain
Un journal oublié sur un banc

Des feuillages jaunis
la chute de quelques feuilles

Un monument aux morts
droit dans sa mémoire

(Georges Bonnet)

 

 

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La pente douce s’en était allée (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



La pente douce s’en était allée
saisie par la rivière

En des matins rouillés
Les feuilles chantèrent avant le jour
Les ombres ne firent plus corps

Le coeur serra éperdument son butin

(Georges Bonnet)

 

 

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LES PROFONDEURS DU SILENCE (László Marsall)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



LES PROFONDEURS DU SILENCE

Serait-ce rêve-vent ?
Vague chant des poissons rejetés sur la plage ?
Psaumes de fourmillement
dans un tibia enseveli ?

Ce n’est plus l’oreille qui l’entend
c’est le Qui-sous-la-Peau à l’affût

Feuille de papier dans le noir
filigranes qui crient
dans germe de la pomme de terre
la micro-houle de la mer
la respiration
que le mur renvoie dans le visage du dormeur

Le léger bruit des chaînes de carbone
plume d’aile touche
la main glissée dans le squelette du coeur

car l’ange n’est pas muet
plus chuchotant que le chuchotant
et plus effrayant

(László Marsall)

 

 

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ON ALLUME DU FEU (Chanson populaire Hongroise)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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ON ALLUME DU FEU

On allume du feu
malgré tout il s’éteint.
Il n’y a pas d’amour
qui n’ait pas une fin.

Fais-le, ma mie, fais-le,
ton feu de flammes bleues,
que j’y réchauffe enfin
mes deux fragiles mains.

Amour, amour, amour,
maudit mal de toujours !
Que n’as-tu pas fleuri
sur chaque feuille d’arbre ?

Sur chaque feuille d’arbre,
près de chaque taillis
où t’y aurait cueilli
chaque fille esseulée ? !

Près de chaque taillis,
sur chaque feuille d’arbre
où t’y aurait cueilli
chaque gars esseulé ? !

(Chanson populaire Hongroise)

 

 

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Il faut savoir être un arbre (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



Il faut savoir être un arbre durant les quatre saisons,
Et regarder, pour mieux se taire,
Ecouter les paroles des hommes et ne jamais répondre,
Il faut savoir être tout entier dans une feuille
Et la voir qui s’envole.

(Jules Supervielle)

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