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Poésie

Posts Tagged ‘feuillu’

Qui rêve à qui? (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Qui rêve à qui?

Si je dors longtemps à l’ombre
du grand saule droit au bord de l’étang
le rêve de l’arbre entrera dans mon rêve
Mon corps feuillu frémira pour chasser
un pic-vert en train de marteler mon écorce
pendant que je retourne à l’école
en tablier noir afin d’apprendre à lire
et que la maîtresse ressemble à l’infirmière
dont je ne vois que les yeux
derrière le masque bleu
Est-ce le saule qui se rêve écolier dans la classe enfantine?
Est-ce moi qui me fais tronc branches feuilles agitées?
Ou bien la vie vivante qui mélange nos rêves?

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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La route des vents (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Jean Georges Cornelius
    
La route des vents

Lui sur lequel on voudrait poser
une épaule, un regard, un ciel,
lui musant sur la route des vents
et s’inscrivant au hasard des vagues
tout en haut, à l’écume du destin,
lui, quand même là, entre parenthèses
entre sommeil au matin feuillu
de tendresse et non serment, loin,
tout de même de lui, au sourire
entre guillemets, ensoleillé
clair, en marche singulière « vers »
vers, simplement « vers », en marche « vers »
un « vers » qui ne lui appartient pas.

Lui, sa rencontre avec l’arbre
d’un printemps et l’ami patient.
Lui qui rompt
le quotidien
l’emmurement et le murmure
du temps, jouit de l’éphémère,
interroge les questions sans point,
sans attente, et sans durée.
Sans attache, sans voeux, amoureux
de la dérive et du navire,
à la fois du joug et du galop
arrimé quand même au port,
à toi pour un temps.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Arbres (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
à la mémoire de Jean Onimus

Arbres
Soyez
Les obscurs veilleurs
Sous l’écorce des siècles
Le souffle spiralé
Des germinations

Soyez
La cantate rugueuse
Des racines
La voix enfouie qui frémit
Aux fractures des rocs

Arbres
Soyez
Le pleur des ramures d’hiver
Le cri aveugle des bourgeons
Tâtonnant dans leurs songes

Soyez
La louange verticale
La paix ruisselante
Le contre-point d’or et d’ombre
Sous l’immuable clarté

Arbres
Soyez
L’Alleluia feuillu
L’Amen fleuri des cimes
Le Répons murmurant
A la ferveur infuse
Des étoiles.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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APPAREIL DE LA TERRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration
    
APPAREIL DE LA TERRE

Les fondations
pleines de bêtes
de la maison du bord de route
font résister ses murs loyaux
poulaillers, clapiers
ruches pleines ou veuves
s’étendent au fond des horizons
amis, ennemis et des indifférents
égarés, réunis par leurs pas
retrouvent détours feuillus
raccourcis de prudence
carrefours à l’herbe haute
et parfois cherchent au grand soleil
la bravoure.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un bruit de fers qui s’entrechoquent (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



Un bruit de fers qui s’entrechoquent avait lieu dans ma tête dès que je prenais la plume.
Duel entre deux mots, deux manières d’exprimer le même sentiment et la même situation.
Comment faire pour que le mot tristesse soit aussi chargé en désolation que le mot « Hozn »,
que le mot arbre soit aussi feuillu que le mot « chagarat »?
Comment réunir dans un même corps deux langues aux antipodes l’une de l’autre?
Ce qui est beau pour l’une ne l’est pas pour l’autre.
L’humour dans l’une devenant sarcasme dans l’autre.
Ecrire deux langues en une était mon rêve.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

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La source (Pierre-Albert Jourdan)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2016



La source

Tu es venue.
Nul lyrisme dans ta voix.
Le seul bruissement de ton bonjour
feuillu, étouffé;
tes grands gestes
qui se dissolvent dans le ciel.
Tout est discrétion, profondeur.

Je m’avance les yeux fermés,
sourd à tout bruit alentour.
Tu es toute ma mémoire.
Des premières pluies languissent.
Je respire cet air amoureux.

Les plaies apparaîtront plus tard,
lorsque le sang de la vigne pillée
s’étalera contre le flanc de la montagne,
le ciel pâle.

Plus lointaine alors et douce,
terriblement vivante.

Plus lointaine encore
et tu seras l’adieu,
la dernière relation imperceptible
d’un geste las.

(Pierre-Albert Jourdan)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Stéphane Cuny

 

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La demeure entourée (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



 

La demeure entourée

Le corps de la montagne hésite à ma fenêtre :
 » Comment peut-on entrer si l’on est la montagne,
Si l’on est en hauteur, avec roches, cailloux,
Un morceau de la Terre, altéré par le Ciel ?  »
Le feuillage des bois entoure ma maison :
 » Les bois ont-ils leur mot à dire là-dedans ?
Notre monde branchu, notre monde feuillu
Que peut-il dans la chambre où siège ce lit blanc,
Près de ce chandelier qui brûle par le haut,
Et devant cette fleur qui trempe dans un verre ?
Que peut-il pour cet homme et son bras replié,
Cette main écrivant entre ces quatre murs ?
Prenons avis de nos racines délicates,
Il ne nous a pas vus, il cherche au fond de lui
Des arbres différents qui comprennent sa langue.  »
Et la rivière dit :  » Je ne veux rien savoir,
Je coule pour moi seule et j’ignore les hommes.
Je ne suis jamais là où l’on croit me trouve
Et vais me devançant, crainte de m’attarder.
Tant pis pour ces gens-là qui s’en vont sur leurs jambes.
Ils partent, et toujours reviennent sur leurs pas.  »
Mais l’étoile se dit :  » Je tremble au bout d’un fil,
Si nul ne pense à moi je cesse d’exister.  »

(Jules Supervielle)

 

 

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