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Posts Tagged ‘fiacre’

Veillée d’Avril (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Veillée d’Avril

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon cceur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or

Et voilà qu’à songer, me revient un accord,
Un air bête d’antan, et,sans bruit tu te lèves
O menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

(Jules Laforgue)

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RUE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Dorina Costras resentimente1_mare_inset

RUE

Dans l’obscurité d’en bas, un vague fiacre
— pavé humide et profus ! —
qui, diffus, fait demi-tour,
s’en va, sans présence et sans poids,
sans existence, comme
défait dans la cendre des morts.

D’un balcon sans lumière encore,
une forme noire fait un signe d’adieu
à celle qui part — à cette heure ? —

Celle qui part— vagues couleurs mates —
n’a-t-elle pas de corps ?
C’est un costume de bal masqué,
d’un néant qui s’en va, en fiacre, vers un rêve.

***

CALLE

Por la oscuridad de abajo, un simón vago
—¡adoquinado húmedo y profuso!—,
que da, difuso, la vuelta,
va, sin presencia ni peso,
sin existencia, como
deshecho en el cenizo de los muertos.

De un balcón aún sin luz,
despide un bulto negro
a la que parte —&a esta hora ?—

La que parte — vagos colores mates—
¿no tiene cuerpo?
Es un traje de máscara
de una nada que va, en simón, a un sueño.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration; Dorina Costras

 

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Chanson de la fille miraculeuse (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Dans sa cape blanche
la lune hèle un fiacre;
pauvre cheval mort
d’avoir attendu la lune.

Avec ses béquilles de feu,
l’étoile ivre de se poursuivre,
étoile le ciel.

Tous les mots que je découvre
ont une origine miraculeuse.

Les tombes ouvertes,
c’est une fille de joie
qui chante à tue-tête.
Elle tient d’une main un crayon,
de l’autre le vent –

pour tous les mots de ma chanson.

(Edmond Jabès)

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Retouche au contre-jour (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Retouche au contre-jour

un fiacre dépose le soleil
au pied de la mer immobile
des gants de fine peau jouent les oiseaux
sous des arbres à moustache de chat

un rire vide le fond du ciel
il reste une marque de lèvres

l’âme se rappelle sa naissance difficile
la césarienne du premier chagrin

(Daniel Boulanger)

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Bouffée de printemps (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Bouffée de printemps

Tout poudroie au soleil, l’air sent bon le printemps.
Les femmes vont, au Bois sous leurs ombrelles claires.
Chiens, bourgeois et voyous, chacun a ses affaires.
Tout marche. Les chevaux de fiacre « ont vingt ans ».

Dans les jardins publics Guignol parle aux enfants
Aux tremblants crescendos des concerts militaires
Que viennent écouter de jaunes poitrinaires
Frissonnant aux éclats des cuivres triomphants.

Aux magasins flambants les commis font l’article,
Derrière les comptoirs des hommes à l’air fin
Pour vérifier un compte ont chaussé leur bésicle,

Chacun trime, rit, flâne ou pleure, vit enfin!
Seul, j’erre à travers tout, la lèvre appesantie
Comme d’une nausée immense de la vie.

(Jules Laforgue)


Illustration

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Spleen (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Spleen

Tout m’ennuie aujourd’hui. J’écarte mon rideau.
En haut ciel gris rayé d’une éternelle pluie,
En bas la rue où dans une brume de suie
Des ombres vont, glissant parmi les flaques d’eau.

Je regarde sans voir fouillant mon vieux cerveau,
Et machinalement sur la vitre ternie
Je fais du bout du doigt de la calligraphie.
Bah! sortons, je verrai peut-être du nouveau.

Pas de livres parus. Passants bêtes. Personne.
Des fiacres, de la boue, et l’averse toujours…
Puis le soir et le gaz et je rentre à pas lourds…

Je mange, et bâille, et lis, rien ne me passionne…
Bah! Couchons-nous. — Minuit. Une heure. Ah! chacun dort!
Seul, je ne puis dormir et je m’ennuie encor.

(Jules Laforgue)

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LE COIN (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



LE COIN

Les vieux miséreux attendent, en battant la semelle, qu’un patron les embauche.
Ils attendent et frissonnent, les mains dans les poches,
Ils ne se parlent pas entre eux car ils ne se connaissent pas.
Parfois l’un d’eux murmure Nom de Dieu tout bas.

Les fiacres en roulant près du trottoir, les éclaboussent
Les passants en pardessus, sans les voir les repoussent
La pluie souvent fes mouifle jusqu’aux os
Ils relèvent le col de la veste courbent un peu plus le dos
Disent Sacré bon Dieu de bon Dieu et toussent.

Ça durera jusqu’au jour où dans l’hôpital
Ils cracheront le reste de la vie en noir en pensant « Ça y est jusqu’à la gauche »
Ils pleureront peut-être comme un petit gosse qui a mal
Et crèveront en murmurant : C’est-y l’bon Dieu qui m’embauche ?

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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Couples maudits (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



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Couples maudits

Les criminels parfois ne sont pas les méchants,
Mais ceux qui n’ont jamais pu connaître en leur vie
Ni le libre bonheur des bêtes dans les champs,
Ni la sécurité de la règle suivie.

Que d’amour ténébreux sans lit et sans foyer !
Que de coussins foulés en hâte dans les bouges !
Que de fiacres errants honteux de déployer
Par des jours sans soleil leurs sales rideaux rouges !

Tous ces couples maudits, affolés de désir,
Après l’atroce attente (ô la pire des fièvres !),
Dévorent avec rage un lambeau de plaisir
Que le moindre hasard dispute au feu des lèvres;

Car tous ont attendu de longs jours, de longs mois,
Pour ne faire, un instant, qu’une chair et qu’une âme,
Au milieu des terreurs, sous l’oeil fixe des lois,
Dans un baiser qui pleure et cependant infâme…

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration

 

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DITES! DITES! (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2015



DITES! DITES!

Ah ! dites, dites
Où sont passés les troglodytes?

Où sont passés les troglodytes?
Où sont passés les Mohicans?
Et Blériot avec son biplan ?
Et l’Arabie pas Séoudite ?

Où sont passés les fiacres
Qu’étaient couverts de nacre?
Et les cochers boiteux
Qui devenaient le Diable en moins de deux?

Où sont passées les Amazones
Qui n’avaient qu’un sein comme bouclier?
Où est parti le puits de Dôme ?
Que sont devenus les Alliés ?

La guerre de Cent Ans ? Celle de Soixante-Dix ?
Et celle de Trente Ans?
Et Vercingétorix
Mon ancêtre, mon Gaulois,
Où donc est-il passé avec ses guêtres et ses oies?

Où sont passés les habitants
Des cavernes du bon vieux temps
Qui s’éclairaient modestement
Au moyen de vers luisants ?

Où sont passés les Thermopyles?
Où sont passés les Thermidors ?
Et les Anglais qu’ont pris la pile
Quand Jeanne d’Arc était en or ?

Et Léontine la femme à Léon ?

Et ce monsieur Napoléon
Qui donnait son foie
A tous les soldats
Et faisait semblant d’être là
Même quand il était dans les draps
Avec la Joséphine extra?

Et Samson? Et Dalila ?

Ah ! dites, dites
Y’en a des choses qui existent.

Moi, je veux bien. Moi, je vous crois.
Mais faut vraiment avoir la Foi!

(René de Obaldia)


Illustration: Johann Heinrich Wilhelm Tischbein

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