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Poésie

Posts Tagged ‘fibre’

L’homme de verre (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019



Illustration: Taisuke Mohri

    
L’homme de verre

Si droite est ma vision, si pure ma sensation,
si maladivement complète ma connaissance, et si déliée,
si nette ma représentation, et ma science si achevée
que je me pénètre depuis l’extrémité du monde jusqu’à ma parole silencieuse ;
et de l’informe chose jusqu’au désir se levant, le long de fibres connues et de centres ordonnés,
je me suis, je me réponds, je me reflète et me répercute.
Je frémis à l’infini des miroirs
— je suis de verre.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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À l’intérieur de soi (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



Illustration: Frédéric Didillon
    
À l’intérieur de soi
Sans cesse un autre et d’autres formes
Confusément naissantes, remplacées

(Se remplaçant, veines et fibres,
Sucres gouttant roses, laits
Engorgés des corolles,
Tumulte souterrain des graines),

Perdues pour le regard.

(Jean Tortel)

 

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L’INITIAL (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



Illustration: Josephine Wall
    
L’INITIAL
Âditama

Qui en mon for intérieur muet
arpente les brumes de ma pensée,
demeure près du coeur et pourtant
reste distant,
qui habite l’air à jamais inouï?
Mon espérance est de le chanter —
mais mon jour passe dans le silence
lancinant
de ne pouvoir dire mon sentiment.
Où sont les mots, les mots
qui me fuient ?

Le monde en pleurs qui ruisselle
dans mon sang
que veut-il —
qui connaît le message du primitif
originel ?

Le rayon qui franchit l’orage
perçant le voile des vapeurs
pour venir embrasser la planète
est l’enfant du paradis ;

les mots qu’il lui dit à l’oreille
la terre encore aujourd’hui
en répand le souvenir
parmi les brins d’herbe —
et entend,
les yeux sur son passage rivés,
l’air de son chant.

La pulsion première de la vie
palpite dans la moelle des figuiers,
ses harmoniques insonores vibrent .
nuit et jour au fond du ciel —
et mes veines jusque dans les fibres
résonnent d’elle ;

et dans les profondeurs du conscient
une danse se compose
de figures invisibles
au chant du feuillage susurrant.

Volubiles sont ces arbres, ces plantes
en feuilles et en fleurs —
au fond de l’abysse de silence
où le verbe est roi,

au travers des terres et des eaux
silencieux
j’écoute la respiration première
sacrée,
j’entends la muette rumeur
de la pensée enfouie.

Dans cet univers orphelin de parole
qui s’étend de la poussière terrestre
aux confins stellaires
je prends place
les yeux ouverts emplis d’un chant
sans sonorité.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Du mélèze de l’archipel tu as les fibres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



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Du mélèze de l’archipel tu as les fibres,
cette chair travaillée par les siècles du temps,
des veines qui ont vu l’océan des troncs d’arbres,
un sang d’herbe tombé du ciel dans la mémoire.
Et personne pour recueillir mon coeur perdu
parmi les racines, dans la fraîcheur amère
du soleil que multiplie la fureur de l’eau,
là vit l’ombre qui me laisse voyager seul.
C’est pourquoi tu es partie du Sud comme une île
peuplée et couronnée de plumes et de bois
et j’ai senti l’odeur des bosquets vagabonds,
retrouvé le miel noir connu dans la forêt,
sur ta hanche effleuré les pétales obscurs
qui sont nés avec moi pour construire mon âme.

***

Tienes del archipiélago las hebras del alerce,
la carne trabajada por los siglos del tiempo,
venas que conocieron el mar de las maderas,
sangre verde caída del cielo a la memoria.
Nadie recogerá mi corazón perdido
entre tantas raíces, en la amarga frescura
del sol multiplicado par la furia del agua,
allí vive la sombra que no viaja conmigo.
Por eso tú saliste del Sur como una isla
poblada y coronada por plumas y madera
y yo sentí el aroma de los bosques errantes,
hallé la miel oscura que conocí en la selva,
y toqué en tus caderas los pétalos sombríos
que nacieron conmigo y construyeron mi alma.

(Pablo Neruda)

Illustration:  Agnieszka Targowska

 

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Poète (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




    
Poète

Pour cette porte ouverte au parvis des poèmes
Mes pas aux tiens liés sur la flamme des mots
Du marchand de nuages et de l’aile des anges

Pour l’oracle lové dans la poussière d’étoiles
L’amitié océane sur le feston des vagues
L’errance amoureuse au labyrinthe obscur

Pour le rire pour le rêve pour les larmes de lune
Pour le dire et le taire pour le sang et les songes
De toutes les fibres de mon être merci

(Luciole)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

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L’été est plein de fibres (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



l’été est plein de
fibres
le soleil, grand luminaire
de raphia,
les oranges, dont tu
écartes les cloisons
de peau très fines…
plein de fibres, l’été,
d’herbes sédatives
que tu mâchonnes, appuyé
contre la maison…

(Katell Antoine)

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C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Omar Ortiz    
    
C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT

C’était le soir. Tombant du ciel d’été.
De fous désirs, ardents comme une flamme,
Intimement m’ont visité.
Ma peau touchait ta peau de femme.
Toute ma vie, alors, pulsait
Sur le petit espace
Où ta peau, soudain, à ma peau se fiançait.

Je le sais à présent, c’est toi qu’il me fallait,
Que je cherchais, lorsque ma raison fit surface.
Vous, lointains inhumains,
Ô vous ! petites fleurs à la fine corolle,
— Aux fins dessins,
Entendez-vous de son doux giron la parole ?
Elle est pour moi trop lourde assurément :
La totalité de la femme!
Telle une abeille bourdonnant,
Dès lors, de tout mon coeur bruissant,
Lanceur de comètes, je clame:

Que sont auprès de toi le vignoble au soleil,
Le céleste animal au pelage d’aurore
Empli de fraîcheur dès l’éveil
Ou bien encore
Le bercement matinal des buissons
Sur les coteaux intacts aux tendres mamelons !
Des baisers de la femme
Bouillonne sous ta peau
Toute la gamme.
Souvent j’ai peur, car nous formons un écheveau
Inextricable ! Et s’il me reste quelques fibres
Qui semblent libres,
Tu t’en saisis. Ô combien nous nous désirons !
Mais si c’est même amour que tous deux respirons,
Je le vis tel un roc dessous lequel j’enrage
Et toi comme un coussin plus léger que nuage.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Une fibre plus mince que la pensée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Illustration: Remedios Varo Uranga
    
Une fibre plus mince que la pensée,
un fil au calibre nul,
unit nos yeux quand nous ne nous regardons pas.

Quand nous nous regardons
nous unissent tous les fils du monde,
mais celui-là manque,
qui seul donne l’ombre
à la lumière la plus secrète de l’amour.

Quand nous ne serons plus,
restera peut-être ce fil
pour unir nos places vides.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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BEAU MARBRE… (René Ménard)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



Beau marbre vieux bois que j’aime fibre à fibre
Fleurs qui donnez la jeunesse à mes lèvres
Laines où je m’enveloppe encore de mon enfance
Parfums qui suscitez des lumières dans mes yeux
Musique auréolant les arbres des jardins
Je vis! Je crois vivre! Des frères pleins d’aventure
Chantent à tue-tête sur les chemins de l’éternité
Des femmes de leur corps me font une patrie
Voici des pierres debout qui soulèvent des villes
Sérieuses de tous les gestes de la patience humaine
Et le passé des hommes
Comme la géographie de ma mémoire.

(René Ménard)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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Lavé des pluies (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



Illustration    
    
à la mémoire de Jean Baucomont

Lavé des pluies
Brassé des vents
Brûlé des feux du jour
Jusqu’à la fibre ultime

Stèle ou colonne
De temple antique

Tu ne dis plus de toi
Que la pure durée
D’une voix qui acquiesce
Au cœur patient du monde

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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