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Poésie

Posts Tagged ‘fibre’

La nuit (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

La nuit

I.

Le ciel d’étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l’ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l’onde où luit
Le drap d’or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l’heure, tout écoutait ;
Maintenant nul bruit n’ose éclore ;
Tout s’enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S’avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C’est l’heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure
Le grand Être mystérieux !

II.

Dans ses réflexions profondes,
Ce Dieu qui détruit en créant,
Que pense-t-il de tous ces mondes
Qui vont du chaos au néant ?

Est-ce à nous qu’il prête l’oreille ?
Est-ce aux anges ? Est-ce aux démons ?
A quoi songe-t-il, lui qui veille
A l’heure trouble où nous dormons ?

Que de soleils, spectres sublimes,
Que d’astres à l’orbe éclatant,
Que de mondes dans ces abîmes
Dont peut-être il n’est pas content !

Ainsi que des monstres énormes
Dans l’océan illimité,
Que de créations difformes
Roulent dans cette obscurité !

L’univers, où sa sève coule,
Mérite-t-il de le fixer ?
Ne va-t-il pas briser ce moule,
Tout jeter, et recommencer ?

III.

Nul asile que la prière !
Cette heure sombre nous fait voir
La création tout entière
Comme un grand édifice noir !

Quand flottent les ombres glacées,
Quand l’azur s’éclipse à nos yeux,
Ce sont d’effrayantes pensées
Que celles qui viennent des cieux !

Oh ! la nuit muette et livide
Fait vibrer quelque chose en nous !
Pourquoi cherche-t-on dans le vide ?
Pourquoi tombe-t-on à genoux ?

Quelle est cette secrète fibre ?
D’où vient que, sous ce morne effroi,
Le moineau ne se sent plus libre,
Le lion ne se sent plus roi ?

Questions dans l’ombre enfouies !
Au fond du ciel de deuil couvert,
Dans ces profondeurs inouïes
Où l’âme plonge, où l’oeil se perd,

Que se passe-t-il de terrible
Qui fait que l’homme, esprit banni,
A peur de votre calme horrible,
Ô ténèbres de l’infini ?

(Victor Hugo)

 

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Blessures du poète (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019


Rubens_-_Promethee_enchaine

Celui-là à l’écoute de ce feu
dans chaque fibre du temps
A l’écoute
de ce fleuve où trébuchent les ombres
et s’écoule sans férir
dans le flot du dedans

Celui-là hanté par l’indicible semence
de tout ce qui est nous
de tout ce qui sera

Celui-là empoigné par le verbe
broyeur de mots
Brassé par l’océan sans parois

Celui-là cible de chair
fendu par le cri des victimes
dévoré par l’ortie
étreint par les lois

Celui-là en mille morts

Celui-là en mille cendres

Mais toujours restauré
Mais toujours renaissant

Celui-là le poète
Retournant ciel et gouffres
Etreignant la vie reçue
puis rendue sans raison
Poursuivant jusqu’au tréfonds
de la terre et des hommes
l’unité dérobée de leur nom.

(Andrée Chedid)

Illustration: Pierre Paul Rubens

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DESTINÉE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
DESTINÉE

Tournés à la tâche
comme n’importe quelle
fibre créée
pourquoi nous plaindre?

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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La femme des longues patiences (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019



La femme des longues patiences

Dans les sèves
Dans sa fièvre
Écartant ses voiles
Craquant ses carapaces
Glissant hors de ses peaux

La femme des longues patiences
se met
lentement
au monde

Dans ses volcans
Dans ses vergers
Cherchant cadence et gravitations
Étreignant sa chair la plus tendre
Questionnant ses fibres les plus rabotées

La femme des longues patiences
se donne
lentement
le jour.

(Andrée Chedid)


Illustration

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L’homme de verre (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019



Illustration: Taisuke Mohri

    
L’homme de verre

Si droite est ma vision, si pure ma sensation,
si maladivement complète ma connaissance, et si déliée,
si nette ma représentation, et ma science si achevée
que je me pénètre depuis l’extrémité du monde jusqu’à ma parole silencieuse ;
et de l’informe chose jusqu’au désir se levant, le long de fibres connues et de centres ordonnés,
je me suis, je me réponds, je me reflète et me répercute.
Je frémis à l’infini des miroirs
— je suis de verre.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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À l’intérieur de soi (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



Illustration: Frédéric Didillon
    
À l’intérieur de soi
Sans cesse un autre et d’autres formes
Confusément naissantes, remplacées

(Se remplaçant, veines et fibres,
Sucres gouttant roses, laits
Engorgés des corolles,
Tumulte souterrain des graines),

Perdues pour le regard.

(Jean Tortel)

 

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L’INITIAL (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



Illustration: Josephine Wall
    
L’INITIAL
Âditama

Qui en mon for intérieur muet
arpente les brumes de ma pensée,
demeure près du coeur et pourtant
reste distant,
qui habite l’air à jamais inouï?
Mon espérance est de le chanter —
mais mon jour passe dans le silence
lancinant
de ne pouvoir dire mon sentiment.
Où sont les mots, les mots
qui me fuient ?

Le monde en pleurs qui ruisselle
dans mon sang
que veut-il —
qui connaît le message du primitif
originel ?

Le rayon qui franchit l’orage
perçant le voile des vapeurs
pour venir embrasser la planète
est l’enfant du paradis ;

les mots qu’il lui dit à l’oreille
la terre encore aujourd’hui
en répand le souvenir
parmi les brins d’herbe —
et entend,
les yeux sur son passage rivés,
l’air de son chant.

La pulsion première de la vie
palpite dans la moelle des figuiers,
ses harmoniques insonores vibrent .
nuit et jour au fond du ciel —
et mes veines jusque dans les fibres
résonnent d’elle ;

et dans les profondeurs du conscient
une danse se compose
de figures invisibles
au chant du feuillage susurrant.

Volubiles sont ces arbres, ces plantes
en feuilles et en fleurs —
au fond de l’abysse de silence
où le verbe est roi,

au travers des terres et des eaux
silencieux
j’écoute la respiration première
sacrée,
j’entends la muette rumeur
de la pensée enfouie.

Dans cet univers orphelin de parole
qui s’étend de la poussière terrestre
aux confins stellaires
je prends place
les yeux ouverts emplis d’un chant
sans sonorité.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Du mélèze de l’archipel tu as les fibres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



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Du mélèze de l’archipel tu as les fibres,
cette chair travaillée par les siècles du temps,
des veines qui ont vu l’océan des troncs d’arbres,
un sang d’herbe tombé du ciel dans la mémoire.
Et personne pour recueillir mon coeur perdu
parmi les racines, dans la fraîcheur amère
du soleil que multiplie la fureur de l’eau,
là vit l’ombre qui me laisse voyager seul.
C’est pourquoi tu es partie du Sud comme une île
peuplée et couronnée de plumes et de bois
et j’ai senti l’odeur des bosquets vagabonds,
retrouvé le miel noir connu dans la forêt,
sur ta hanche effleuré les pétales obscurs
qui sont nés avec moi pour construire mon âme.

***

Tienes del archipiélago las hebras del alerce,
la carne trabajada por los siglos del tiempo,
venas que conocieron el mar de las maderas,
sangre verde caída del cielo a la memoria.
Nadie recogerá mi corazón perdido
entre tantas raíces, en la amarga frescura
del sol multiplicado par la furia del agua,
allí vive la sombra que no viaja conmigo.
Por eso tú saliste del Sur como una isla
poblada y coronada por plumas y madera
y yo sentí el aroma de los bosques errantes,
hallé la miel oscura que conocí en la selva,
y toqué en tus caderas los pétalos sombríos
que nacieron conmigo y construyeron mi alma.

(Pablo Neruda)

Illustration:  Agnieszka Targowska

 

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Poète (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




    
Poète

Pour cette porte ouverte au parvis des poèmes
Mes pas aux tiens liés sur la flamme des mots
Du marchand de nuages et de l’aile des anges

Pour l’oracle lové dans la poussière d’étoiles
L’amitié océane sur le feston des vagues
L’errance amoureuse au labyrinthe obscur

Pour le rire pour le rêve pour les larmes de lune
Pour le dire et le taire pour le sang et les songes
De toutes les fibres de mon être merci

(Luciole)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

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L’été est plein de fibres (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



l’été est plein de
fibres
le soleil, grand luminaire
de raphia,
les oranges, dont tu
écartes les cloisons
de peau très fines…
plein de fibres, l’été,
d’herbes sédatives
que tu mâchonnes, appuyé
contre la maison…

(Katell Antoine)

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