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La Bergère (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2022




Illustration: Jean-François Millet
    
La Bergère

Elle a un fouet et des mitaines,
elle a un gros fichu de laine,
un bonnet rouge sur la tête, et
ses joues sont sous le bonnet
encore plus rouges qu’il n’est.

Des petits garçons, qui gardent les vaches
dans le pré voisin, sont venus vers elle;
on ne voit pas leurs mains qu’ils cachent
dans les poches
de leurs culottes
(des culottes en grosse milaine); ils lui
disent: «Est-ce qu’on fait un feu?»

Elle ne répond rien, ils s’étonnent; ils lui
disent: «Puisque tu as des pommes…» On ne
sait pas si elle veut.
« Nous, on te donne les allumettes,
les allumettes et puis le bois.
Ça vaut bien ça… Tu ne veux pas? »

Elle veut bien, c’est qu’il fait froid.
Elle leur a donné ses pommes, ils ont
été chercher le bois.

Et il fait froid et c’est l’automne, et
ils l’ont mise au milieu d’eux, et,
eux, ils se serrent contre elle, tout
en tendant leurs
mains au feu.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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La Vieille (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2022




    
La Vieille

Elle était déjà bien vieille
quand les vieux d’à présent étaient petits, elle
est d’un autre temps, elle est restée, et puis elle
s’est oubliée.

Elle est du temps passé où les femmes
portaient des coiffes de dentelles, et
des fichus brodés, des jupes de milaine
avec beaucoup de plis.

Elle est du temps où on parlait encore patois,
où les gens allaient à la ville,
une fois par année, aux fêtes de la Dame;
et, montant à la cathédrale
avec des graines dans leur poche,
ils faisaient le tour de la grosse cloche.

Elle est d’un temps si vieux qu’on ne s’en souvient
plus. Mais, elle, elle s’en souvient, elle ferme les yeux
pour mieux s’en souvenir;
et elle est là, assise au soleil sans rien dire,
songeant à son passé, à ceux qui sont partis
et à sa solitude.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Les Maisons (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Les Maisons

Les vieilles maisons sont toutes voûtées,
elles sont comme des grand’mères
qui se tiennent assises, les mains sur les genoux,
parce qu’elles ont trop travaillé dans leur vie;
mais les neuves sont fraîches et jolies
comme des filles à fichus
qui, ayant dansé, vont se reposer
et qui se sont mis une rose au cou.
Le soleil couchant brille dans les vitres,
les fumées montent dévidées
et leurs écheveaux embrouillés
tissent aux branches des noyers
de grandes toiles d’araignées.
Et, pendant la nuit, sur les toits,
l’heure du clocher dont les ressorts crient — et le poids descend —

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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A l’éternel madame (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

Christiane Vleugels -  _21 [1280x768]

A l’éternel madame

Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre,
Eternel Féminin ! … repasse tes fichus ;
Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l’heure,
Me montrer comme on fait chez vous, anges déchus.

Sois pire, et fais pour nous la joie à la malheure,
Piaffe d’un pied léger dans les sentiers ardus.
Damne-toi, pure idole ! et ris ! et chante ! et pleure,
Amante ! Et meurs d’amour !… à nos moments perdus.

Fille de marbre ! en rut ! sois folâtre !… et pensive.
Maîtresse, chair de moi ! fais-toi vierge et lascive…
Féroce, sainte, et bête, en me cherchant un coeur…

Sois femelle de l’homme, et sers de Muse, ô femme,
Quand le poète brame en Ame, en Lame, en Flamme !
Puis – quand il ronflera – viens baiser ton vainqueur !

(Tristan Corbière)

Illustration: Christiane Vleugels

 

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SPHINX (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Gustave Moreau
    
SPHINX

Toutes les femmes sont des fêtes,
Toutes les femmes sont parfaites,
Et dignes d’adoration,
Sous les fichus ou sous les mantes
Toutes les femmes sont charmantes,
Oui, toutes, sans exception;

Toutes les femmes sont des Belles
Sous les chapeaux ou les ombrelles
Et sous le petit bonnet blanc;
Toutes les femmes sont savantes,
Les princesses et les servantes,
Les ignorantes… font semblant;

Toutes les femmes sont des reines :
Impératrices souveraines
Et grisettes de magasin,
Et premières communiantes,
Avant comme après si liantes
Avec les lèvres du cousin;

Toutes les femmes sont honnêtes,
Le coeur loyal et les mains nettes,
En sabots, ou sur les patins;
Adorables prostituées,
Nous mériterions vos huées :
C’est nous qui sommes les… pantins.

Toutes les femmes sont des saintes,
Surtout celles qui sont enceintes
Tous les neuf mois sans perdre un jour,
Et qui de janvier à décembre
Se pâment la nuit dans leur chambre
Par la volonté de l’Amour.

Toutes, toutes, sont bienheureuses
D’élargir leurs grottes ombreuses
D’où l’amour a fichu la peur
Par la fenêtre… déchirée,
« Et la fille déshonorée »?
Rit dans sa barbe… de sa peur,

Plus fines que nous et meilleures,
Efles nous sont supérieures…
Chaque Français, dans tous les cas,
S’il les aborde se découvre
Et c’est le plus grand, dans le Louvre,
Qui sait saluer… le plus bas,

Belle, parfaite, reine, sainte,
Honnête si ce n’est enceinte,
Tout cela s’applique fort bien
A la femme que tu veux être…
Mais… si l’on pouvait Vous connaître,
Ah!… quant à moi… je ne sais rien…
Devant Vous je songe, immobile,
Tel, droit, sur son cheval Kabyle,
Bonaparte, au regard de lynx,
Sans suite, seul, un grand quart d’heure,
Au soleil des sables, demeure
Fixe et rêveur, devant le Sphinx!

(Germain Nouveau)

 

Recueil: La Doctrine de l’Amour Valentines
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sonne, résonne, ma talianka (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Sonne, résonne, ma talianka aux peaux mélodieuses.
Cours à la barrière, la belle, au-devant du fiancé.

De bleuets mon coeur s’illumine, le turquoise l’embrase.
Je chanterai sur la talianka les yeux bleus de ma belle.

Dans les remous du lac ce n’est pas d’aurore qu’est tissée l’épure,
derrière le coteau ton fichu brodé, furtif, s’évanouit.

Sonne, résonne, ma talianka aux peaux mélodieuses.
Écoute, la belle, écoute, l’aubade du fiancé.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Dans les journaux (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Dans les journaux

À l’aube elle se leva. Elle bénit ses enfants.
Et les enfants ont rêvé un songe joyeux.
Elle déposa, s’inclinant jusqu’à terre,
Sa toute dernière prosternation.

Kolia ouvrit les yeux. Son soupir de joie
Salua le songe qui bleuissait encore.
Un tintement de verre gronda et s’éteignit:
C’était la porte du bas qui claquait.

Les heures passèrent. Un homme est venu,
Avec, sur son bonnet, un insigne d’étain.
L’homme cognait à la porte, attendait.
Personne n’ouvrait. On jouait à cache-cache.

C’était l’Épiphanie. Il faisait froid et gai.

Ils avaient caché le fichu rouge de maman.
Le matin, elle mettait ce fichu en partant.
Aujourd’hui, elle avait laissé son fichu:
Les enfants s’en allaient le cacher dans les coins.

Le crépuscule affleurait. Les ombres des enfants
Dansaient sur les murs à la lueur des lanternes.
Quelqu’un montait en oomptant les marches,
S’arrêta. Et pleura. Et frappa à la porte.
L’oreille aux aguets ils ouvrirent la porte :

La grosse voisine apportait de la soupe.
Elle dit: «Mangez.» Et puis, comme maman,
Elle se prosterna et bénit les enfants.

Maman ne souffre pas, mes enfants tout roses.
Elle est allée se coucher sur les rails.
À l’excellente femme, à la grosse voisine
Merci, merci. Maman ne pouvait pas…

Elle va bien maintenant. Elle est morte, maman.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Le buffet (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




Le buffet

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

– Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

(Arthur Rimbaud)

 

 

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Le démon dans ces bois repose (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015



 

Corinne Reignier  (15) [1280x768]

Le démon dans ces bois repose ;
Non le grand vieux Satan fourchu ;
Mais ce petit belzébuth rose
Qu’Agnès cache dans son fichu.

On entre plein de chaste flamme,
L’oeil au ciel, le coeur dilaté ;
On est ici conduit par l’âme,
Mais par le faune on est guetté.

La source, c’est la nymphe nue ;
L’ombre au doigt vous passe un anneau ;
Et le liseron insinue
Ce que conseille le moineau.

Tout chante ; et pas de fausses notes.
L’hymne est tendre ; et l’esprit de corps
Des fauvettes et des linottes
Eclate en ces profonds accords.

Ici l’aveu que l’âme couve
Echappe aux coeurs les plus discrets ;
La clef des champs qu’à terre on trouve
Ouvre le tiroir aux secrets.

Ici l’on sent, dans l’harmonie,
Tout ce que le grand Pan caché
Peut mêler de vague ironie.
Au bois sombre où rêve Psyché.

Les belles deviennent jolies ;
Les cupidons viennent et vont ;
Les roses disent des folies
Et les chardonnerets en font.

La vaste genèse est tournée
Vers son but : renaître à jamais.
Tout vibre ; on sent de l’hyménée
Et de l’amour sur les sommets.

Tout veut que tout vive et revive,
Et que les coeurs et que les nids,
L’aube et l’azur, l’onde et la rive,
Et l’âme et Dieu, soient infinis.

ll faut aimer. Et sous l’yeuse,
On sent, dans les beaux soirs d’été,
La profondeur mystérieuse
De cette immense volonté.

Cachant son feu sous sa main rose,
La vestale ici n’entendrait
Que le sarcasme grandiose
De l’aurore et de la forêt.

Le printemps est une revanche.
Ce bois sait à quel point les thyms,
Les joncs, les saules, la pervenche,
Et l’églantier, sont libertins.

La branche cède, l’herbe plie ;
L’oiseau rit du prix Montyon ;
Toute la nature est remplie
De rappels à la question.

Le hallier sauvage est bien aise
Sous l’oeil serein de Jéhovah,
Quand un papillon déniaise
Une violette, et s’en va.

(Victor Hugo)

Illustration: Corinne Reignier

 

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