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Posts Tagged ‘fidélité’

Fidélité (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2020


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Les phalènes
Sont folles
Qui voltent et qui volent
A perdre haleine,
Qui volent et se collent
Sur la lampe à pétrole…
Ces phalènes sont folles.

Et le vent est dément
Qui sait un chant
Un chant touchant,
Qui sait un chant touchant
Qu’il siffle sur deux temps
Et le souffle en sifflant
Aux feuilles doucement…
Le vent est bien dément.

Mais le poisson
Lui qu’est-il donc
Est-il fou est-il sage
Qui naît et nage
Qui file gaiement
Qui file et va
Qui va et s’ébat
Qui s’ébat bêtement
Dans l’eau qui le cuira?

Moi suis-je fou
Qui crois à tout
Qui crois en toi
Moi qui crois tout en toi?
Mais suis-je fou
Moi qui écoute tout
Qui écoute ta voix
Moi qui t’écoute
Qui t’écoute toute?

Les phalènes sont folles
Et le vent est dément…
Mais le poisson et moi
Sommes-nous fous vraiment?

(Birago Diop)

 

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DE TOI… (Rachel Korn)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
DE TOI…

De toi je suis trempée comme la terre l’est d’une pluie printanière,
Mon jour le plus blond se suspend
Au pouls battant de tes paroles tues
Comme l’abeille aux fleurs du marronnier.

Je suis vers toi comme promesse des moissons
Dans le temps,
Quand le blé dans les champs se mesure au froment
Et se déploie avec l’espoir de tout ce qui verdit
Sur le plancher net des greniers.

Sourd à la pointe de mes doigts la fidélité sur ta tête lasse,
Et toutes mes années
Sont des champs que foulent tes pas
Et qui se gonflent
De la douleur
De t’aimer, ô mon bien-aimé.

(Rachel Korn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La poésie domine l’absurde (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



La poésie domine l’absurde.
Elle est l’absurde suprême:
La cruche élevée à hauteur de la bouche amoureuse
Emplissant celle-ci de désir et de soif, de distance et d’abandon.
Elle est l’inconstance dans la fidélité.
Elle envoisine l’isolé.

(René Char)

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Ton nom (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Mon corps
était plus immense
que la terre
et je n’en connaissais
qu’une toute petite parcelle.

J’accueille
des promesses de félicité
si innombrables,
du fond de mon âme,
que je te supplie de garder
pour nous seuls
Ton nom.

(René Char)

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AUTRE FOIS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

AUTRE FOIS

Fidélité du soir
les yeux clos qui répondent oui
lenteur et mollesse
le soir vole
et des milliers d’ailes
ou une seule plus grande
s’étendent et font un bruit
qui élargit le silence
qui éloigne la nuit
un peu plus loin
encore un peu plus loin
Ce n’est pas le repos
mais la soif des pays froids
qui ne réclame pas
Ce n’est pas l’angoisse
le soir est un bon chien qui attend
Et puis ce vide qui cherche
ce murmure qui tournoie
ce chemin qui monte et qui descend
cet homme qui souffle la lumière
ce feu qui va mourir
tout ce qui n’existe pas
et qui est là
encore une fois
puis une autre fois

(Philippe Soupault)

Illustration: Carry Akroyd

 

 

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Au bois joli (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Au bois joli

L’arbre ne va pas à l’école
L’arbre ne va pas à la guerre
L’arbre se plaît là où il est
L’arbre ne fait pas de tourisme
L’arbre ne va pas au travail
L’arbre ne prend pas de vacances
Il accepte le temps qu’il fait
L’arbre prend le temps comme il vient
Et l’arbre ne se plaint de rien.

L’arbre monte à la lumière et creuse vers l’antipode.
Ni maître, ni disciple, ni patron, c’est l’arbre.
Arbre appelle oiseau, nid, hamac, écureuil.
L’automne le décoiffe, il se découvre même pour saluer
l’hiver.

On s’imagine qu’il a élu là sa racine de toute éternité.
On pense toujours qu’il ne passera pas l’hiver.
Mais il n’empêche, c’est lui qui nous enterre.
L’arbre, il lui faut un siècle pour se faire.
Au bipède déprédateur, il suffit d’une minute pour
l’assassiner, d’un déjeuner d’affaires, d’un conseil
d’administration pour organiser le massacre des arbres.
Si les hommes savaient comme il s’en moque, l’arbre !
Lui qui fera de l’ombre sur leurs marbres.

L’arbre ne fait pas le mal, l’arbre ne fait pas d’argent,
l’arbre ne fait pas d’histoire, l’arbre ignore la colère,
la fatigue, le sommeil.
Flammèches chlorophyliennes, éphéméride végétal,
confident du temps.
Philosophie de son mutisme, lui le télépathe du ciel, le
vigilant guetteur des vents.

Arbre mon ami, arbre au coeur secret, mon voisin discret,
il faut te couper pour savoir ton âge.
Arbre du cercueil, ta sève vaut notre sang.
L’arbre est innocent.
Même si l’animal vertical l’a destiné aux bois de justice,
aux croix, aux poteaux d’exécution, aux gibets, aux pals,
aux garrots, aux cages, aux clôtures, aux piloris, aux
crosses, aux échafauds, aux miradors, aux palissades,
aux bâtons, aux triques, aux baguettes de tambour, aux
matraques, aux carcans.

Ô la tristesse des feux de joie !
L’arbre est éponge, humus, poumon, calendrier, livre,
ombre et lyre.
L’arbre habille le globe de sa robe oxygène.
L’arbre c’est la paix, la fidélité, froufrou du silence, un
bloc de patience, la stabilité, le gnomon des jours.
L’arbre fait la vie.
Et l’arbre sait se taire.

L’arbre
libre.

(Bernard Lorraine)

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Cet amour (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2019



Illustration: Vladimir Aleksandrov
    
Cet amour – je le surestime peut-être
Faisant de n’importe quelle femme une déesse
Aux cheveux et aux dents admirables,
Et de ses gestes vides un monde de signification,
Et de son sourire, la fidélité même,
Et de sa moindre parole
l’immortalité.
Je suis trop gai peut-être,
Trop solennel, insincère,
Noyé dans mes pensées
Affamé d’un amour que je sais vrai
Mais trop beau.
Trop d’amour affaiblit,
Tous mes gestes
Dérobent mes grandes forces
Et les offrent
A ta main, à ta lèvre, à ton front.

(Dylan Thomas)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vision et Prière (et autres poèmes)
Traduction: Alain Suied
Editions: Gallimard

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Allégeance (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



Allégeance

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima ?

Il cherche son pareil dans le vœu des regards.
L’espace qu’il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l’espoir et léger, l’éconduit.
Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma solitude est son trésor.
Dans le grand méridien où s’inscrit son essor,
Ma liberté la creuse.

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima et
L’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ?

(René Char)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Leonid Afremov

 

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Fidélité à l’éclair (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




    
[Fidélité à l’éclair, un livre de conversations avec Daniel Gonzales Dueñas et Alejandro Toledo.
Un livre qui s’ouvre d’emblée sur cette question : quel est le sens de la verticalité dans votre poésie ?
Il y répond en évoquant d’abord son expérience de la lecture des poètes dans sa jeunesse, une lecture attentive où lui apparaissait déjà que : ]

Même chez les grands poètes, il y avait des zones plus faibles, un peu lâches,
des zones qu’on pouvait remplacer, laisser de côté.

Je trouvais, ajoutait-il, chez de nombreux auteurs (et aujourd’hui dans la majeure partie de la poésie),
des passages où la description, l’anecdote ou l’effusion sentimentale dévoraient la poésie.

Alors j’ai commencé à éprouver la nostalgie d’une aventure qui serait la recherche d’une poésie plus dense,
où chaque élément serait comme quelque chose d’irremplaçable, où déplacer une virgule,
changer un mot de place ou un blanc serait une catastrophe…

une poésie qui ne se limiterait pas à cultiver l’atmosphère, les réactions sentimentales,
mais qui aurait (qui oserait avoir) possibilité d’unifier une fois pour toutes
ce qui a été si absurdement séparé : la pensée et l’émotion.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fidélité à l’éclair
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Lettres vives

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La mesure d’un jardin (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



La mesure d’un jardin sur une terre de grand espace.
Une fleur pour les marches de l’air
qui chante sur le sol une musique couleur de rose.
Les marguerites sèches
qui s’ouvrent encore le jour et se ferment la nuit.
Cette infime respiration,
une pincée de vie entre les doigts obscurs,
est notre fidélité.

(Heather Dohollau)

Illustration

 

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