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Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

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Fantaisie (Pétrus Borel)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Fantaisie

Oiseaux ! oiseaux que j’envie
Votre sort et votre vie !

Votre gentil gouvernail,
Votre infidèle pennage,
Découpé sur le nuage,
Votre bruyant éventail.

Oiseaux ! oiseaux ! que j’envie
Votre sort et votre vie !

Vos jeux, aux portes du ciel ;
Votre voix sans broderie,
Écho d’une autre patrie,
Où notre bouche est sans fiel.

Oiseaux ! oiseaux ! que j’envie
Votre sort et votre vie !

Sans besoin et sans arroi ;
Sans ambition qui ronge ;
Sans bastille où l’on vous plonge ;
Sans archevêque et sans roi !

Oiseaux ! oiseaux ! que j’envie
Votre sort et votre vie !

Sans nobles, sans conquérants ;
Sans juges à cœur aride ;
Sans famille qui vous bride ;
Et sans héritiers riants !

Oiseaux ! oiseaux ! que j’envie
Votre sort et votre vie !

Sans honteuse volupté ;
Sans conjugaux esclavages ;
Francs ! volontaires ! sauvages !
Vive votre liberté ! ! !

Oiseaux ! oiseaux ! que j’envie
Votre sort et votre vie !

(Pétrus Borel)

Illustration: Georges Braque

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Réversibilité (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Réversibilité

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu’on froisse?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine?
Ange plein de bonté connaissez-vous la haine?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,
Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avide!
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté;
Mais de toi je n’implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières!

(Charles Baudelaire)

 

 

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Jour sans soleil (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Jour sans soleil

La brume a noyé l’horizon blafard,
Les vents font le bruit d’un taureau qui beugle,
Et, sur les prés nus, le ciel sans regard
S’ouvre, vide et blanc comme un œil d’aveugle.

Ce n’est pas la nuit, ce n’est pas le jour ;
Du zénith glacé, je sens, comme un givre,
Tomber sur mon cœur, qui n’a plus d’amour,
Le dégoût d’être homme et l’ennui de vivre.

Les temps sont passés où, sous le ciel bleu,
Sonnait dans ma chair le galop des fièvres ;
Toute joie est morte ou m’a dit : adieu !
J’ai le doute à l’âme et le fiel aux lèvres…

Dormez dans la nue, ô rayons sacrés !
Plus de souvenir et plus d’espérance !
Mon cœur, loin de vous, descend par degrés,
Sous l’océan froid de l’indifférence !…

(Louis Bouilhet)

Illustration

 

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Terre intérieure (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Terre intérieure

Ma vie, ma blanche vie au revers des images.
Ma vie, mon éprise, ma claire, mon emportée ;
Comme une eau dans l’heure certaine,
Son vertige par coeur.

Ma vie, ma dénudée, mon âpre, mon impatiente,
Brûle, brûle l’aile de soie ;
Brûle les peurs, les mailles, le noeud des barques,
Le fiel, l’encens, l’herbe desséchée.

Ma vie, ma féroce vie, mon cristal et mes monstres ;
Ma vie dans l’éternel combat,
Nouée sous les labours et sous l’écorce ;
Ma vie grave d’enfance-roi.

Ma vie, ma tendre vie, ô mon premier visage,
Ton cri nul ne peut l’apaiser.
Ma vie, ma pierreuse vie, ô ma vie sans atteinte ;
Ma blanche, mon âpre, ma claire, ma dénudée.

(Andrée Chedid)


Illustration: Laszlo Mindszenti

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ÉNIGME II (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018




    
ÉNIGME II

L’oreille a beau capter
le moindre son
L’oeil se saisir
de chaque parcelle du jour
Les mains ont beau palper
les choses de la terre
La bouche goûter
aux saveurs et au fiel
Les narines respirer
l’air qui anime nos corps

L’univers s’esquive
Masquant ses réponses.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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POUR CONNAITRE DE MOI (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Pour connaître de moi
Le meilleur et le pire,
Un filet de ton sang
Sous chacun de mes pas
Depuis toujours attend.

Errant, parlant,
Je sais à quelles fibres
Commencent la faim, le désert.
Mon silence est plein de pierres
Où tu te chauffes les mains
Et dans le mouvant refuge
Où chaque soir nous ramène,
Contre la nuit, l’habitude
La bonne chaleur nous défend,
Complices dans la honte,
Dans le fiel de nos bouches
Cernant nos deux sommeils.

Cette molle blessure au goût de larmes
Où dorment les mauvaises pensées
Comme ses joyaux dans l’ombre
Fait le tour de notre peine
Se souvient de notre temps.

(Jean Rousselot)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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MALADE (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2017



Illustration: Eve Carton
    
MALADE

jadis rayonnait son visage
le mal l’a pris avec audace
la joie n’y avait plus de place
et le rire y faisait ombrage

son visage tourné vers le ciel
y coulent des larmes de fiel
il vit dans le sel de ses pleurs
prostré renfermé sur sa peur

il rivalise avec la pénombre
déjà de lui-même il sombre

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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Je vis sans hivers sans lieux nul temps n’est plus (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017




    
Je vis sans hivers sans lieux nul temps n’est plus
qu’un autre j’ai cessé d’entendre le bruit que fait l’eau
aujourd’hui je ne dis pas le monde est bain de fiel je
ne dis pas voici des yeux et des merveilles je suis
soir et neutre

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Je suis un crabe ponctuel
Editions: Gallimard

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A son amie toute tremblante de l’abord d’une abeille (Balthazar de Bonnecorse)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
A son amie toute tremblante de l’abord d’une abeille

As-tu peur qu’en suçant elle outrage les roses,
En boutons incarnats sur tes lèvres écloses ?

Non, non, le doux baiser qu’elle prend sur leur sein
N’est pas comme le tien un baiser assassin,
Qui porte d’un accord amiable et farouche
L’aiguillon dans le cœur et le miel sur la bouche :

C’est un sucre sans fiel, un dommage innocent,
Moins nuisible qu’utile au lys qu’il va suçant.

Ces petits Amours appâtés,
On les a vus voler autour de ces beautés ;
Ils n’osaient toutefois s’arrêter sur leurs bouches ;

Dès le moment qu’ils y passaient,
Avec leur éventail elles les repoussaient,
Et chassaient les Amours comme on chasse les mouches.

(Balthazar de Bonnecorse)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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