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Posts Tagged ‘fière’

Cogito III (Jean Lescure)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Cogito III

Les jeunes pousses que j’oppose
par mes travaux à la poussière
un seul instant qu’elles soient fières
de connaître la mort des roses.

(Jean Lescure)


Illustration

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La pierre aqueuse (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


Annabelle Verhoye 7

 

La pierre aqueuse

C’était une belle brune
Filant au clair de la lune,
Qui laissa choir son fuseau
Sur le bord d’une fontaine,
Mais courant après sa laine
Plongea la tête dans l’eau,

Et se noya la pauvrette
Car à sa voix trop faiblette
Nul son désastre sentit,
Puis assez loin ses compagnes
Parmi les vertes campagnes
Gardaient leur troupeau petit.

Ah ! trop cruelle aventure !
Ah ! mort trop fière et trop dure !
Et trop cruel le flambeau
Sacré pour son hyménée,
Qui l’attendant, l’a menée
Au lieu du lit, au tombeau.

Et vous, nymphes fontainières
Trop ingrates et trop fières,
Qui ne vîntes au secours
De cette jeune bergère,
Qui faisant la ménagère
Noya le fil de ses jours.

Mais en souvenance bonne
De la bergère mignonne,
Emus de pitié, les dieux
En ces pierres blanchissantes
De larmes toujours coulantes
Changent l’émail de ses yeux.

Non plus yeux, mais deux fontaines,
Dont la source et dont les veines
Sourdent du profond du coeur ;
Non plus coeur, mais une roche
Qui lamente le reproche
D’Amour et de sa rigueur.

Pierre toujours larmoyante,
A petit flots ondoyante,
Sûrs témoins de ses douleurs ;
Comme le marbre en Sipyle
Qui se fond et se distille
Goutte à goutte en chaudes pleurs.

Ô chose trop admirable,
Chose vraiment non croyable,
Voir rouler dessus les bords
Une eau vive qui ruisselle,
Et qui de course éternelle,
Va baignant ce petit corps !

Et pour le cours de cette onde
La pierre n’est moins féconde
Ni moins grosse, et vieillissant
Sa pesanteur ne s’altère :
Ainsi toujours demeure entière
Comme elle était en naissant.

Mais est-ce que de nature
Pour sa rare contexture
Elle attire l’air voisin,
Ou dans soi qu’elle recèle
Cette humeur qu’elle amoncelle
Pour en faire un magasin ?

Elle est de rondeur parfaite,
D’une couleur blanche et nette
Agréable et belle à voir,
Pleine d’humeur qui ballotte
Au dedans, ainsi que flotte
La glaire en l’oeuf au mouvoir.

Va, pleureuse, et te souvienne
Du sang de la plaie mienne
Qui coule et coule sans fin,
Et des plaintes épandues
Que je pousse dans les nues
Pour adoucir mon destin.

(Rémy Belleau)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

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L’Alouette (Arthur Haulot)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



L’Alouette

Pas tout à fait oiseau
pas tout à fait lumière
c’est léger, frais et beau
comme une plume fière

Elle pique en plein ciel
de longs rubans magiques
de trilles faits de miel
et d’allègre musique

Quand elle redescend
au milieu des blés d’or
le ciel est, un moment,
muet et presque mort.

(Arthur Haulot)


Illustration

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Dans les ténèbres qui m’enserrent (William Henley)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Nelson Mandela [1280x768] 

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

***

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

(William Henley)

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LA PERLE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



LA PERLE

Une brute ! s’écriait Louise.
Ma fille est une brute et n’arrivera jamais à rien.
Louise était une huître
et sa fille Lola n’avait pas même un commencement de perle.
Pourquoi ? Ça, Lola le savait bien, mais trop fière pour le dire à sa mère.
Oh, c’est bête : Lola voulait être aimée pour elle-même.

(Norge)


Illustration: Vladimir Kush

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Amsterdam (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Amsterdam

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs
Mais dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruisselants
Ils vous montrent des dents
A croquer la fortune
A décroisser la Lune
A bouffer des haubans
Et ça sent la morue
Jusque dans le coeur des frites
Que leurs grosses mains invitent
A revenir en plus
Puis se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête
Referment leur braguette
Et sortent en rotant

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D’un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s’entendre rire
Jusqu’à ce que tout à coup
L’accordéon expire
Alors le geste grave
Alors le regard fière
Ils ramènent leur batave
Jusqu’en pleine lumière

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui boivent
Et qui boivent et reboivent
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d’Amsterdam
De Hambourg et d’ailleurs
Enfin ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles

Dans le port d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam.

(Jacques Brel)

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PASTOURELLE (Jean de Brienne)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018


 


 

PASTOURELLE

Sous l’ombre d’un bois,
Je trouvai une bergère à mon goût ;
Contre l’hiver, elle était bien protégée,
La fillette aux cheveux blonds.
Quand je la vis sans compagnie,
Je quittai mon chemin et allai vers elle. Aé !

La jeune fille n’avait de compagnon
Que son chien et son bâton ;
A cause du froid, dans sa cape,
Elle était tapie près d’un buisson ;
Sur sa flûte, elle chantait
Garinet et Robichon. Aé !

Quand je la vis, soudainement,
Je me tourne vers elle et mets pied à terre ;
Je lui dis : « Bergère amie,
De bon coeur je me rends à vous :
Faisons de feuilles une cabane,

Et nous nous aimerons gentiment. » Aé !
Seigneur, retirez-vous,
car tel propos j’ai déjà entendu.
Je ne m’abandonne pas
A chacun qui dit : « Viens ça! >.
Ce n’est pas pour votre selle dorée
Que Garinet perdra son bien. » Aé !

« Petite bergère, si cela te plaît,
Dame tu seras d’un château.
Dépouille ta cape grisette,
Revêts ce manteau de vair ;
Ainsi tu ressembleras à la rosette
Qui s’épanouit nouvellement. » Aé !

Sire, voici une belle promesse ;
Mais bien folle est celle qui accepte
Ainsi d’un étranger
Un manteau de vair et une parure,
Si elle ne lui accorde ce qu’il demande
Et ne consent à son désir. » Aé !

« Petite bergère, sur ma foi,
Parce que je te trouve belle,
Dame distinguée, noble et fière,
Si tu veux, je ferai de toi.
Laisse l’amour des garçons,
Et garde-toi toute pour moi. » Aé !

« Sire, paix, je vous prie :
Je n’ai pas le coeur si déchu :
Car j’aime mieux une pauvre joie
Sous le feuillage avec mon ami
Qu’être dame en belle chambre
Et qu’on n’ait cure de moi. » Aé !

(Jean de Brienne)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

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LE CHAGRIN DE L’AMOUR (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



 

LE CHAGRIN DE L’AMOUR

Le piaillement d’un moineau sur le toit,
La lune étincelante par tout le ciel
Et toute cette harmonie fameuse, les feuillages,
Avaient bien effacé l’image de l’homme, et son cri d’angoisse.

Mais une fille surgit, aux lèvres rouges de deuil,
Qui sembla la grandeur du monde en larmes,
Condamnée comme Ulysse et les vaisseaux qui boitent
Au loin, fière comme Priam assassiné.

Surgit, et dans l’instant les gouttières bruyantes,
La lune qui grimpait à un ciel vide
Et toute cette lamentation dans les feuillages
Ne purent qu’être l’image de l’homme, et tout son cri.

***

THE SORROW OF LOVE

The brawling of a sparrow in the eaves,
The brilliant moon and all the milky sky,
And all that famous harmony of leaves,
Had blotted out man’s image and his cry.

A girl arose that had red mournful lips
And seemed the greatness of the world in tears,
Doomed like Odysseus and the labouring ships
And proud as Priam murdered with his peers ;

Arose, and on the instant clamorous eaves,
A climbing moon upon an empty sky,
And all that lamentation of the leaves,
Could but compose man’s image and his cry.

(William Butler Yeats)

Illustration: David Brayne

 

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C’était déjà le temps du feu (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Nous savons que c’était déjà le temps du feu
le bal des sorciers la foi des ardents le cercle
des dents serrées des roues de guerre et non du jeu.
Enfants nous ignorions que dessous le couvercle
la lave du destin et des meurtres bouillonne.
En nos heures de deuil d’ailes noires résonne
en nos soirs de cire l’écho de ton combat.
La peste fourmillait dans les caves des villes
habitait en terriers les entrailles des rats
et guettait les cités de son oeil rond. Civiles
granges filles châteaux demeures et saints lieux
des bandes violentes pénétraient vos villages
l’épouvante plombait les carillons de Dieu.
Le miracle est qu’elle restât vierge en cet âge.
Mais les désirs montaient parfois aux reflets roux
des feux. Tu les refusais sans faire la fière :
ces grivois comme ils devaient avoir le cuir doux
entre les rivets et les cuivres des jambières !

(Armand Lanoux)

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La mouche (Isaac de Benserade)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



La mouche

Un chariot tiré par six chevaux fougueux
Roulait sur un chemin aride et sablonneux.
Une mouche était là présomptueuse et fière
Qui dit en bourdonnant :
«Que je fais de poussière !»

(Isaac de Benserade)

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