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Poésie

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LA-BAS (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




LA-BAS

Là-bas
Tout est neuf et tout est sauvage
Libre continent sans grillage
Ici, nos rêves sont étroits
C’est pour ça que j’irai là-bas
Là-bas
Faut du coeur et faut du courage
Mais tout est possible à mon âge
Si tu as la force et la foi
L’or est à portée de tes doigts
C’est pour ça que j’irai là-bas
N’y va pas
Y’a des tempêtes et des naufrages
Le feu, les diables et les mirages
Je te sais si fragile parfois
Reste au creux de moi
On a tant d’amour à faire
Tant de bonheur à venir
Je te veux mari et père
Et toi, tu rêves de partir
Ici, tout est joué d’avance
Et l’on n’y peut rien changer
Tout dépend de ta naissance
Et moi, je ne suis pas bien né
Là-bas
Loin de nos vies, de nos villages
J’oublierai ta voix, ton visage
J’ai beau te serrer dans mes bras
Tu m’échappes déjà, là-bas
J’aurai ma chance, j’aurai mes droits
N’y va pas
Et la fierté qu’ici je n’ai pas
Là-bas
Tout ce que tu mérites est à toi
N’y va pas
Ici, les autres imposent leur loi
Là-bas
Je te perdrai peut-être là-bas
N’y va pas
Mais je me perds si je reste là
Là-bas
La vie ne m’a pas laissé le choix
N’y va pas
Toi et moi, ce sera là-bas ou pas
Là-bas
Tout est neuf et tout est sauvage
N’y va pas
Libre continent sans grillage
Là-bas
Beau comme l’on n’imagine pas
N’y va pas
Ici, même nos rêves sont étroits
Là-bas
C’est pour ça que j’irai là-bas
N’y va pas
On ne m’a pas laissé le choix
Là-bas
Je me perds si je reste là
N’y va pas
C’est pour ça que j’irai là-bas
N’y va pas …

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration

 

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N’est-il une chose au monde, Chère, à la face du ciel (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

Nicholas Roerich . Song of Shambhala

« N’est-il une chose au monde,
Chère, à la face du ciel
– un rire, un rêve, une ronde,
Un rayon d’aurore ou de miel

N’est-il une chose sacrée
– un livre, une larme, une lèvre,
Une grève, une gorge nacrée,
Un cri de fierté ou de fièvre

N’est-il une chose haute,
Subtile et pudique et suprême
– Une gloire, qu’importe! une faute,
Auréole ou diadème

Qui soit comme une âme en notre âme,
Comme un geste guetté que l’on suive,
Et qui réclame, et qui proclame,
Et qui vaille qu’on vive?… »

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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Toi qui m’as tout repris… (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Carrie Vielle (9) [1280x768]

Toi qui m’as tout repris…

Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
C’est là que sans fierté je me révèle encore.
Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !

Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
Une part de toi-même aura fui l’univers.
Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.

Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
Pour t’oublier, viens voir ! … qu’ai-je dit ? Vaine étude,
Où la nature apprend à surmonter ses cris,
Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
Et la fatigue endort jusqu’au malheur.

Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

 

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Que cherchez-vous parmi ces pierres blanches ? (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



 

cimetière Buenos Aires

Que cherchez-vous parmi ces pierres blanches ?
Il n’y a personne ici.
Les morts sont plus réels que les vivants et ne paraissent pas
Dans leur pleine présence comme un vêtement blanc fait de lumière.
Par delà les rives d’arrivée et de départ
Ils se rappellent avoir jadis aimé, été aimés, et se regardent
Derrière le voile des miroirs comme des images ;
On entend des bruits et des voix tels des essaims
d’oiseaux migrateurs
Qui vont et viennent du nord au sud du sommeil à la mort
En remplissant le temps d’une présence lointaine.

Où êtes-vous et ne paraissez point, mains de jadis,
mains de la fierté nue,
Où reposez-vous croisées qui ne possédez ni n’attendez rien,
Yeux sans larmes qui ne pouvez voir
Sous des murs des ombres et des feuilles qui tombent.

(Georges Themelis)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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L’INSINUANT (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

Karine Daisay p1_b

L’INSINUANT

O Courbes, méandre,
Secrets du menteur,
Est-il art plus tendre
Que cette lenteur?

Je sais où je vais,
Je t’y veux conduire,
Mon dessein mauvais
N’est pas de te nuire…

(Quoique souriante
En pleine fierté,
Tant de liberté
La désoriente!)

O Courbes, méandre,
Secrets du menteur,
Je veux faire attendre
Le mot le plus tendre.

(Paul Valéry)

Illustration: Karine Daisay

 

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LA PASSANTE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



LA PASSANTE

Hier, j’ai vu passer, comme une ombre qu’on plaint,
En un grand parc obscur, une femme voilée :
Funèbre et singulière, elle s’en est allée,
Recélant sa fierté sous son masque opalin.

Et rien que d’un regard, par ce soir cristallin,
J’eus deviné bientôt sa douleur refoulée ;
Puis elle disparut en quelque noire allée
Propice au deuil profond dont son coeur était plein.

Ma jeunesse est pareille à la pauvre passante :
Beaucoup la croiseront ici-bas dans la sente
Où la vie à la tombe âprement nous conduit;

Tous la verront passer, feuille sèche à la brise
Qui tourbillonne, tombe et se fane en la nuit ;
Mais nul ne l’aimera, nul ne l’aura comprise.

(Emile Nelligan)


Illustration: Jacques Dormont

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LES BOUTONS DE ROSE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



 

Illustration: Cornelis van Haarlem
    
LES BOUTONS DE ROSE

Je vois deux boutons de rose
Près d’éclore sur ton sein;
Mon Eglé, permets que j’ose
Les caresser de ma main.
Eh quoi ! ta vigueur s’oppose
A mon amoureux dessein !

Mais ta résistance est vaine !
Tu veux me favoriser !
Je veux, ma belle inhumaine,
Les couvrir d’un long baiser…
Rends-toi, je suis hors d’haleine,
L’amour doit m’autoriser !

Je suis heureux, je les touche.
Oh ! moment tant souhaité !
Je vais y coller ma bouche
En dépit de ta fierté…
Ciel ! une épingle farouche
Trouble mon activité !

De mon mal, tu ris, mutine !
Mais je ne m’en fâche pas…
Même accident, j’imagine,
Serait moins rare ici-bas,
Si la rose sans épine
N’offrait que peu d’appas !

(Anonyme)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Je maudis (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Euan MacLeod

Je maudis les fiertés, les beautés et les cieux,
Je maudis mon vouloir, mon désir et mes yeux,
Je louerais les beautés, cieux et persévérance,

Si sa beauté voulait animer sa pitié,
Si les cieux inclinaient sur moi son amitié,
La dure fermeté, si elle était constance.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Euan MacLeod

 

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Découverte de l’évidence (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Emile Claus
    
Découverte de l’évidence

La vie est simple. Je dis
Que nous ignorons sa grâce,
Masque transparent, visage
Ridicule, tu souris.

Toi, frère des champs, merci :
La vie est à ton image.
Parle donc, pour être un sage.
Soyons plus forts que l’ennui.

J’enferme les vieilles Muses,
Car ces filles ont des ruses
Terribles et sans beauté.

Vite en cage ! – Moi, j’existe
Et je vois avec fierté
Qu’on ne saurait être triste

Aux jardins que j’ai plantés.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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JE SUIS LE SEUL ÊTRE ICI-BAS DONT NE S’ENQUIERT (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
JE SUIS LE SEUL ÊTRE ICI-BAS DONT NE S’ENQUIERT

Je suis le seul être ici-bas dont ne s’enquiert
Nulle langue, pour qui nul oeil n’aurait de pleurs;
Jamais je n’ai fait naître une triste pensée,
Un sourire de joie depuis que je suis née.

En de secrets plaisirs, en de secrètes larmes,
Cette changeante vie s’est écoulée furtive,
Autant privée d’amis après dix-huit années,
Oui, solitaire autant qu’au jour de ma naissance.

Il fut jadis un temps que je ne puis cacher,
II fut jadis un temps où c’était chose amère,
Où mon âme en détresse oubliait sa fierté
Dans son ardent désir d’être aimée en ce monde.

Ceîa, c’était encore aux premières lueurs
De sentiments depuis par le souci domptés;
Comme il y a longtemps qu’ils sont morts! A cette heure,
A peine je puis croire qu’ils ont existé.

D’abord fondit l’espoir de la jeunesse, puis
De l’Imagination s’évanouit l’arc-en-ciel,
Enfin m’apprit l’expérience que jamais
La vérité n’a crû dans le coeur d’un mortel.

Ce fut cruel, déjà, de penser que fes hommes
Etaient tous creux et serviles et insincères,
Mais pire, ayant confiance dans mon propre coeur,
D’y déceler la même corruption à l’oeuvre.

***

I AM THE ONLY BEING WHOSE DOOM

I am the only being whose doom
No tongue would ask, no eye would mourn;
I never caused a thought of gloom
A smile of joy, since I was born.

In secret pleasure, secret tears,
This changeful life has slipped away,
As friendless after eighteen years
As lone as on my natal day.

There have been times I cannot hide,
There have been times when this was drear,
Where my sad soul forgot its pride
And longed for one to love me here.

But those were in the early glow
Of feelings since subdued by care;
And they have died so long ago,
I hardly now believe they were.

First melted off the hope of youth,
Then Fancy’s rainbow fast withdrew;
And then experience told me truth
In mortal bosoms never grew.

‘Twas grief enough to think mankind
All hollow, servile, insincere;
But worse to trust to my own mind
And find the same corruption there.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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