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Poésie

Posts Tagged ‘fièvre’

Chère amie (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Chère amie, fût-ce dans cette calme maison,
La fièvre me fait grelotter.
Je ne sais où trouver place dans cette calme maison
Près du feu paisible.

Les voix chantent, la tempête appelle,
M’est terrible le foyer.
Fût-ce derrière ton épaule, ô ma compagne,
Quelqu’un, des yeux, me guette !

(Alexandre Blok)

 

 

 

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31 JANVIER 1940 (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Anita Burnaz 87648 [1280x768]

31 JANVIER 1940

Je te regarde
Ma mémoire est pleine de lézardes
Et je confonds les jours
Ta main repousse au loin la fièvre
Et mon amour

Tout entier ton corps tremble
Je tremble moi aussi
Ah comme on se ressemble
Mon père
La douleur a coulé nos fronts
Dans le même air

Sur moi
Tes yeux se baissent
J’entends ton coeur qui tire encore sur sa laisse
Tes poumons s’envoler
Mon Dieu si tu allais tout à coup
T’en aller.

(René Guy Cadou)

Illustration: Anita Burnaz

 

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NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je ne saurais rien dire de cet état (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: El Greco
    
je ne saurais rien dire de cet état,
où je fus happé derrière l’horizon.

Comme renversé d’amour,
les nerfs aiguisés à la braise,
les veines meurtries au vivant.

Oui, le très vivant.

Ce qui n’en finit pas
de prendre visage
entre deux apparences.
C’est, tellement.

Et l’on voudrait que cette spirale
qui noue coeur et ventre
fût traduite au mieux du monde.

On voudrait
l’exact sanglot de la ténèbre,
la fièvre de tous les rires.
Et la décomposition même,
si parfaite.
Sa toute blancheur.

Pour mieux accueillir
le poudroiement.
Là où tout parle.
Où la pensée s’efface.
Où frémit
la nuque des étoiles.

Il faut aller vers ce ressac,
traverser les atomes,
sevrer la nuit.

Avec toutes les langues du vertige.
La secousse,
si belle.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Dors ! (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



 

Odd Nerdrum  Man in a Boat [1280x768]

Dors !

L’orage de tes jours a passé sur ma vie ;
J’ai plié sous ton sort, j’ai pleuré de tes pleurs ;
Où ton âme a monté mon âme l’a suivie ;
Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs.

Mais, que peut l’amitié ? l’amour prend toute une âme !
Je n’ai rien obtenu ; rien changé ; rien guéri :
L’onde ne verdit plus ce qu’a séché la flamme,
Et le coeur poignardé reste froid et meurtri.

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j’aime encore ;
J’écarte devant toi les ombres du chemin :
Comme un pâle reflet descendu de l’aurore,
Moi, j’éclaire tes yeux ; moi, j’échauffe ta main.

Le malade assoupi ne sent pas de la brise
L’haleine ravivante étancher ses sueurs ;
Mais un songe a fléchi la fièvre qui le brise ;
Dors ! ma vie est le songe où Dieu met ses lueurs.

Comme un ange accablé qui n’étend plus ses ailes,
Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,
Cache ton auréole aux vives étincelles :
Moi je suis l’humble lampe émue à ton côté.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Écouter dans le coeur les passions lointaines (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017




Le jardin sur la place, enfoui
dans la fraîcheur et dans l’obscurité.
Dans la nuit, les maisons
qui se perdent dans le noir, gigantesques,
font entrevoir entre leurs masses des lumières.

Un désert terrifiant au fond du ciel
lointain, entre les étoiles.
La grande fièvre splendide
s’assourdit lorsqu’elle atteint ce noir.
Ici c’est le silence,
l’immobilité haute d’un cimetière.

Les bruits et les lumières
parviennent du lointain,
d’au-delà de ces arbres.

De vivantes lumières
jaillissent dans le noir,
les voix les plus joyeuses
hululent frénétiques
dans le triste abandon.

Étouffées elles viennent mourir
dans le noir insondable
comme de pâles suicidés
encore fous d’amour pour la vie.

Écouter dans le coeur
les passions lointaines,
les écouter qui montent dans la nuit,
sur le moite parfum de la terre.

Une flore inconnue
de désir, enfermée dans ce ciel
de noir et de silence.

Une flambée qui perce dans le noir
comme la lueur rouge
qui saigne entre les arbres.

(Cesare Pavese)

Illustration

 

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La Muse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



    
La Muse

Comment vivre avec ce fardeau
Qu’on ose encore appeler «Muse»?
On dit: «Tu la rencontres dans les champs…»
On dit: «C’est un balbutiement divin…»
Elle te prend, plus brutale que la fièvre,
Puis, pendant toute une année, rien, non, rien.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Carolus Duran

 

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Je suis un songe de liberté (Ketty Nivyabandi)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017




    
Je suis un songe de liberté

Je suis ton aube
Je suis ta nuit
Je suis une poussée de fièvre
Je suis un battement d’aile
Je suis une ardeur lycéenne
Je suis un cri sans fin
Je suis cette main tendue au coin d’une rue
Je suis cette faim qui rend toute pensée frêle
Je suis le sommeil d’un peuple millénaire
Je suis une angoisse inexpliquée
Je suis cette femme qui vient d’être aimée
Une langueur qui tâtonne
et guette l’aurore du fond d’une falaise
Un désir, un souvenir de ce que tu fus
Longtemps,
Longtemps,
Avant d’être ce que tu es.
Je suis un songe de liberté
Et cette nuit,
C’est de toi,
Terre d’émeraude,
Que j’ai rêvé.

(Ketty Nivyabandi)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Nous sommes sur la frontière (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Nous sommes sur la frontière
Alertés en pays de conscience
Et prêts à la plongée.

Deux feuilles brunes en tourbillon
Sont passées. Présages de fées.

Dans la chaleur, le vide,
Les esprits de l’air nous entraînent.
Le vieux mur va s’ouvrir, flexible comme l’eau.

Voyageurs immobiles, quelle fièvre
Nous habite, perdus dans l’ineffable visage ?

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Ma folie et ma peur ont de grands yeux morts (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



Igor Morski   1960   (11) [1280x768]

ma folie et ma peur
ont de grands yeux morts
la fixité de la fièvre

ce qui regarde dans ces yeux
est le néant de l’univers
mes yeux sont d’aveugles ciels

dans mon impénétrable nuit
est l’impossible criant
tout s’effondre

(Georges Bataille)

Illustration: Igor Morski

 

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