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Poésie

Posts Tagged ‘fiévreuse’

Les Fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Les Fenêtres

Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler,

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis ! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie, et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
— Que la vitre soit l’art, soit la mysticité —
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume
— Au risque de tomber pendant l’éternité ?

(Stéphane Mallarmé)


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Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants

Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants
Est favorable à la flânerie à pas lents,
Par la rue, en sortant de chez la femme aimée,
Après un tendre adieu dont l’âme est parfumée.
Pour moi, je crois toujours l’aimer mieux et bien plus
Dans ce mois-ci, car c’est l’époque où je lui plus.
L’après-midi, je vais souvent la voir en fraude ;
Et, quand j’ai dû quitter la chambre étroite et chaude
Après avoir promis de bientôt revenir,
Je m’en vais devant moi, distrait. Le Souvenir
Me fait monter au coeur ses effluves heureuses ;
Et de mes vêtements et de mes mains fiévreuses
Se dégage un arôme exquis et capiteux,
Dont je suis à la fois trop fier et trop honteux
Pour en bien définir la volupté profonde,
– Quelque chose comme une odeur qui serait blonde.

(François Coppée)

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Le Secret (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017


 

Où gis-tu secret du monde
à l’odeur si puissante?
Parfois un ouvrier doux
dans la ville fiévreuse
tombe d’un échafaudage
et le vent sent toujours le lilas;
un malheur tenace
habite les corps les plus beaux
les mains dans le soir se serrent
un animal s’endort
dans une loge qu’ouvragèrent les hommes
la paix toujours se corrompt
et la guerre
n’a plus d’âge.

(Jean Follain)

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SONNET CABALISTIQUE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

Charles Edward Perugini  c3b_z

SONNET CABALISTIQUE

Dans notre vie âcre et fiévreuse
Ta splendeur étrange apparaît,
Phare altier sur la côte affreuse ;
Et te voir est joie et regret.

Car notre âme que l’ennui creuse
Cède enivrée à ton attrait,
Et te voudrait la reine heureuse
D’un monde qui t’adorerait.

Mais tes yeux disent, Sidonie,
Dans leur lumineuse ironie
Leur mélancolique fierté,

Qu’à ton front, d’où l’or fin rayonne,
Il suffit d’avoir la couronne
De l’idéale royauté.

(Charles Cros)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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Symboles (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2016



Mon amour est la barque paisible
Que les coups d’une rame insensible
Poussent vers le ressac, près du bord.

Mon amour est la vive lumière
D’un éclair lourd de sombre mystère
Qui surgit, aussitôt se rendort.

Mon enfant est cette enfant fiévreuse
Qui, la nuit, fixe l’ombre, rêveuse,
Et debout, près du lit, c’est la Mort.

***

Meine Liebe ist ein stilles Boot,
Das mit träumerischen Ruderschlägen,
Einer dunklen Brandung treibt entgegen.

Meine Liebe ist ein jähes Licht,
Das durch schwarze, schwüle Nächte bricht
Und unseling wie ein Blitz verloht.

Meine Liebe ist ein krankes Kind,
Das bei Nacht in seinem Bette sinnt;
Und am Rand des Bettes steht der Tod.

(Hermann Hesse)

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Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2016



Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants
Est favorable à la flânerie à pas lents,
Par la rue, en sortant de chez la femme aimée,
Après un tendre adieu dont l’âme est parfumée.
Pour moi, je crois toujours l’aimer mieux et bien plus
Dans ce mois-ci, car c’est l’époque où je lui plus.
L’après-midi, je vais souvent la voir en fraude ;
Et, quand j’ai dû quitter la chambre étroite et chaude
Après avoir promis de bientôt revenir,
Je m’en vais devant moi, distrait. Le Souvenir
Me fait monter au coeur ses effluves heureuses ;
Et de mes vêtements et de mes mains fiévreuses
Se dégage un arôme exquis et capiteux,
Dont je suis à la fois trop fier et trop honteux
Pour en bien définir la volupté profonde,
– Quelque chose comme une odeur qui serait blonde.

(François Coppée)


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Le coeur de l’Eau pensive est un coeur nostalgique (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Le coeur de l’Eau pensive est un coeur nostalgique,
Coeur de vierge exaltée en proie à l’idéal,
Qui souffre d’être seule, et qu’aucun ne complique
D’un peu de bruit ce grand calme qui lui fait mal;
Coeur de l’Eau sans tristesse et cependant nocturne,
Coeur de l’Eau variable et toujours ignoré,
Qu’un clair d’amour sans doute aurait édulcoré
Et qui s’aigrit, ô coeur à jamais taciturne !

Certes quelques reflets hantent ce coeur de l’Eau;
Mais toute chose en y descendant se déflore,
Toute chose recule et devient incolore,
Y propageant un froid d’absence et de tombeau
Et comme une douleur d’adieux qui diminue…

L’Eau n’en est que plus triste, attendant, l’air songeur,
Quelqu’un qui ne vient pas par la pâle avenue
Que les arbres mirés enfoncent dans son coeur.
Hélas ! l’Eau solitaire et fantasque frissonne,
Elle qu’on n’aime pas et qui n’aime personne,
Et qui meurt d’être seule en cette fin du jour,
Surtout que des amants vont devisant d’amour
Et sur ses bords, dans elle, effeuillent des paroles :
Bouquet d’aveux que son silence a recueilli,
Propos final, lis morts des volontés trop molles,
0 pénultièmes fleurs d’un coeur presque cueilli !
Or ces aveux que l’eau fiévreuse s’assimile
Lui donnent un émoi, toute une anxiété
Comme si devenue elle-même nubile
C’était enfin la fin de sa virginité !

(Georges Rodenbach)

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