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Poésie

Posts Tagged ‘fiévreux’

La voix de l’oiseau (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Si le songe ne peut tromper
Le corps fiévreux, le coeur qui souffre,
La chair peut-elle tromper le rêve
Avec des lignes de poussière?
Du Paradis
La voix de l’oiseau qui ne meurt
Chante toujours.

***

If fancy cannot cheat
The fevered flesh, the aching heart,
Can sense the dream
With lineaments of dust?
From Paradise
The bird’s undying voice
Sings on.

(Kathleen Raine)

Illustration: Marie Lefrancq

 

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Ardeur (Bruno Doucey)(Thierry Renard)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2018




    
Étincelle.
Incandescence.
Rougeoiements du charbon enflammé.

Chaleur fiévreuse de l’été.
Vie, vivacité, vigueur et volupté.
Sens, sensualité,excitation, extase.

Fougue batailleuse ou conquérante, généreusement créatrice.
Combustion naturelle de l’existence.
Zèle des dieux qui sommeillent en nous
à la manière des rupestres dans leur abri sous roche…

Ardeur.

Le mot vibre de la charge solaire qui est en lui.
Qu’elles soient provençale, italienne ou espagnole,
ses parentés linguistiques puisent invariablement dans la même matière en fusion:
« ardeur » vient du latin ardor, de ardere qui signifie « brûler ».

(Bruno Doucey)(Thierry Renard)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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C’était ma douleur (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018




    
C’était ma douleur blanchie à la chaux.
Tu patientes, étendue sur les feuilles recueillies.
Il faut pouvoir ressembler au vent.
Tu voles. Tu chantes.
Je t’aime pour chaque branche,

C’était un sourire sur nos doigts fiévreux.
Une étrange silhouette détachée du soir :
Elle découvrait, pour nous, le monde.
Mais seule tu voyais.

Je te crois, je t’influence, je t’obéis.
Un mur nous réunit:
Jamais tu n’as le même visage.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le gouffre du jour (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



    

Le gouffre du jour

A chaque aube étonnant de son cri de colombe
un silence où dormaient les fougères du givre,
le même somnambule ouvre ses grands yeux ivres
et droit dans l’inconnu glisse comme une bombe,

sa clameur en tombant dissipe les forêts,
déchire les filets où s’agitent nos rêves
et dans un grand remous mille maisons se lèvent
et la neuve clarté se tache d’un sang frais ;

villas, palais marins qui buvez la lumière
par toutes vos blancheurs dès l’aurore ravies,
sentez-vous le soleil ourdissant dans la pierre
un réseau frémissant qui capture la vie ?

Les dormeurs de midi verront ces fables sourdes
déchirer leur sommeil en un fiévreux sillage,
à peine s’arrêter pour jeter leur message
et couler dans le sang comme barques trop lourdes.

(Henri Thomas)

 

Recueil:
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA NUIT EXORCISÉE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



 

LA NUIT EXORCISÉE

J’aurai des yeux de mendiant
Pleins de richesses inconnues,
Des mains liant et déliant
Ma faim sauvage, mes soifs nues.

Brasier fiévreux : ma liberté
Couvée en mon âme asservie…
… Être ainsi le ressuscité
Surpris de rentrer dans ma vie.

J’aurai le signe d’or au front,
Je marcherai dans ma légende
Et des lumières bougeront
Par-dessus le ciel en offrande.

*

Souffles tendus sur des printemps
Où brille sait-on quelle moire ?
Beau massif de mes quarante ans,
Érige-toi dans ma mémoire.
Foulez, mes pas, l’humus du temps.

*

La terre, ma chaude inconnue,
Je l’ai saisie, oh ! son soleil
D’argile douce, d’eau feuillue
Porteuse d’arbres en éveil
Dans leur tendresse encore nue.

*

Rédemptrice, et vibrent tes mains
Dans la musicale rosée
De cette nuit exorcisée
Du maléfice des chemins.

Nous t’appelons la Voyageuse
Depuis que l’anneau de ton cri
Est devenu ce signe inscrit
Sur le blason de Bételgeuse.

Belle allumeuse des cailloux
Qui figurent au sein des fleuves
Un vrai semis d’étoiles neuves,
Ah ! dorme en toi ce coeur de nous.

(Jules Tordjman)

 

 

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Le lierre (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Arbreaphotos
Cimetière de Recoleta
    
Le lierre
Dans la Recoleta, Buenos Aires

Mer d’oreilles attentives, que te dit-elle la pierre ?
Tu glisses sur les tombes, tu collectionnes des noms,
tu frissonnes quand le vent de l’été te réveille

pour explorer tes mains et leur ravir les voix
que tu rassembles minutieux, masquant le temps,
veilleur des dialogues et des adieux fiévreux.

Ton rêve solitaire veille sur les tombes
ô origine des langues, ô lierre frémissant
où peu à peu la nuit des morts se réunit —

En vain les jeux de la tempête te réclament ;
les fontaines de lumières et les statues du jour
depuis longtemps t’attendent pour s’offrir dénudées

tandis que toi, reclus, tu habites les stèles.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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UN POÈTE (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017



Illustration: Filippo di Tomaso
    
UN POÈTE

Dans l’appartement où ne vient plus de femme,
sa main fiévreuse cherche
une main plus fraîche
à effleurer sur le bois de la table.
Ce soir, en tâtonnant,
il croit sentir une rivière
couler autour des nœuds du bois :
la Sorgue verte et brillante en avril,
quand la bourre des peupliers
vole devant les yeux comme de la neige
ou les mots d’un poème.
Sa main qui n’écrit plus
trempe dans le courant.
Une main fluide
lui caresse les doigts,
l’emmène au pays de Pétrarque et de Laure.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Le Pays derrière les larmes
Editions: Gallimard

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Pour le Lys (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Malinowski
    
Pour le Lys

O Toi, Femme que j’aime ! O Lys irréprochable !
Très chère qu’on ne peut approcher qu’à genoux,
Lève sur moi tes yeux si doux et ton front doux !
Et que le repas soit comme la Sainte Table.

Réveille, avec ta voix, mes rêves somnolents.
Voyant mon front fiévreux, accablé par les rêves,
Toute droite, dans la pourpre et l’or tu te lèves,
Toujours silencieuse, avec tes gestes lents.

O l’Image divine ! O la Femme que j’aime !
Qui fais que je m’éveille avec la face au jour
Et qui, par le pouvoir immense de l’amour,
As fait que le matin m’est apparu moins blême.
O puissance ! ô beauté de la Femme que j’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Appel (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




Illustration: Alexandre de Riquer
    
Appel

En proie à l’existence, à ce mal très cruel,
Je lance à l’infini mon douloureux appel…

A cette heure terrible et trouble de silence
Je ressens tout le mal aigu… Le soir encense…

Que dans ce crépuscule où s’enlise l’effroi
Quelqu’une vienne enfin pour me sauver… A moi !…

Lasse des faux baisers et des paroles creuses,
Que surviennent pour moi des heures moins fiévreuses !

Lasse de tous ces jours qui ne sont pas meilleurs,
Que je m’en aille enfin n’importe où, mais ailleurs !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Le Bloc de Marbre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



    

Le Bloc de Marbre

JE dormais dans le flanc massif de la montagne…
Ses tiédeurs m’enivraient. Auprès de mon sommeil
Sourdait l’ardent effort des fleurs vers le soleil.
Rien ne troublait la paix large de la montagne.

Je dormais. Je semblais un astre dans la nuit,
Et l’ondoyant avril que l’amour accompagne
Tremblait divinement sur l’or de la campagne,
Sans rompre mon attente obscure dans la nuit.

Blancheur inviolée au fond de l’ombre éteinte,
J’ignorais le frisson du nuage, et le bruit
Des branches et des blés sous le vent qui s’enfuit
En sifflant… Je dormais au fond de l’ombre éteinte,

Lorsque tu m’arrachas à mon calme éternel,
O mon maître ! ô bourreau dont je porte l’empreinte !
Dans la douleur et dans l’effroi de ton étreinte,
Je vécus, je perdis le repos éternel…

Je devins la Statue au front las, et la foule
Insulte d’un regard imbécile et cruel
Ma froide identité sans geste et sans appel,
Pâture du regard passager de la foule.

Et je suis la victime orgueilleuse du temps,
Car je souffre au-delà de l’heure qui s’écoule.
Mon angoisse domine altièrement la houle
Gémissante qui meurt dans l’infini du temps.

Je te hais, créateur dont la pensée austère
A fait jaillir mon corps en de fiévreux instants,
Et dont je garde au coeur les rêves sanglotants…
Je connais les douleurs profondes de la terre,

Moi qui suis la victime orgueilleuse du temps.

(Renée Vivien)

Illustration: Alfred Jean Halou

 

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