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Poésie

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LE CHANT (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



Illustration
    
LE CHANT

De cette pièce nue
où s’argentaient les suies
sortait la voix
pour célébrer
une chevelure
lisse aux reflets bleus ;
celui qui chantait
à veste de lustrine
à chemise en toile bise
ouvrit la fenêtre
sur la campagne fauve ;
un râteau doucement
caressait une allée
dans la clarté figée
par l’attente d’oiseaux.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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FIN DE SAISON (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2018



Illustration
    
FIN DE SAISON

Ô sources que le gel éternise en statues
Bourgeons d’étoiles tôt venus
Hautes forêts taillées dans l’écume et les flammes
Oiseaux
Quel oeil hideux vous a pris dans sa glu

Tout glisse lentement sur le dos de la terre
Les bouches sont fermées par une moue sévère
Les torrents ont figé le rire des moissons
La mer ne porte plus ses peaux et ses chansons
Je marche dans la rue où ne répond personne
Détachez de la nuit cette cloche qui sonne
Un homme jeune encore roule dans les taillis

Pour nous
C’est ça la vie
Des bras où rien ne brise
Un feu noir allumé
Le soleil sans sa frise
Et dans le vent léger les cendres d’un ami

Une main douce main
Pour éponger mon coeur.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Nous rêvons – et c’est bien de rêver – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Nous rêvons – et c’est bien de rêver –
L’éveil – serait souffrance –
Mais puisque c’est le jeu – qui nous tue,
Que par jeu – nous hurlons –

Quel mal ? L’Homme meurt – Extérieurement –
C’est une vérité – du Sang –
Mais nous – mourons dans un Drame –
Et le Drame – est toujours vivant –

Circonspect – Chacun secoue l’autre –
Et chacun – ouvre les yeux –
De peur que le Fantasme – ne soit faux –
Et que la blême Surprise

Ne le fige en Stèle de Granit –
Avec juste une ère – un nom –
Et peut-être une phrase en Égyptien –
Rêver – est plus prudent –

***

We dream – it is good we are dreaming –
It would hurt us – were we awake –
But since it is playing- kill us,
And we are playing- shriek –

What harm ? Men die – Externally –
It is a truth – of Blood –
But we – are dying in Drama –
And Drama – is never dead –

Cautious – We jar each other –
And either – open the eyes –
Lest the Phantasm – prove the mistake –
And the livid Surprise

Cool us to Shafts of Granite –
With just an age – and name –
And perhaps a phrase in Egyptian –
It’s prudenter – to dream –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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Dans ma valise (Kamal Zerdoumi)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration
    
Dans ma valise
la tombe de ma mère
les quartiers de mon enfance
un peu de cette terre
qui apaise mon errance
l’eucalyptus et l’hibiscus
pour exorciser
le marronnier et le platane
et leur tristesse qui damne
Dans ma valise
Les sourires et les voix
de la poignée de vivants
qui comptent pour moi
et figent le temps
la fin du vertige
marier passé et présent
Afrique et Europe
un même continent

(Kamal Zerdoumi)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

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Dans la nuit (conte)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    

Dans la nuit, un homme s’éveille
pour découvrir qu’un serpent se trouve dans sa chambre.
La présence de ce reptile le fige sur place.

Mais pour le mental, il en va tout autrement:
frappé de panique, il s’agite, se démène, s’affole.

Le serpent va-t-il s’approcher et bondir?
Ne vient-il pas de bouger?…

Plus le temps passe,
plus le mental de cet homme s’échauffe.

La nuit lui paraît interminable.
Mais au petit matin,
il découvre qu’il s’agissait…

d’une corde.

(conte)

 

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Neige de deux hivers (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017




    
Neige de deux hivers ne se reconnaîtraient
Ni vous ne figerez les plis de mon eau froide,
Gel du poème, ou son fouillis ne ferez roide.
– Plus que l’épervier les demeures m’effraient,

Quand l’aurore me donne à sa serre féline,
Plus l’indiscret oiseau dont je suis la volière:
Mésange – cœur de fraise – aux tortures encline
Qui me met en morceaux comme on casse les oeufs.

(Olivier Larronde)

 

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La fontaine (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
La fontaine

Dans la pâleur de l’air se dresse mon désir,
Fraîche rumeur sans repos sur un fond de verdure,
Telle une svelte colonne tronquée dont la grâce
Couronne le calme déjà céleste des eaux.

Bananiers et châtaigniers bordent de lisses avenues
Et emportent tout au loin mon soupir diaphane,
De chemins lumineux en nuages légers,
Du vol ralenti des colombes grises.

Au pied des statues vaincues par le temps,
Alors que je copie leur pierre dont le charme a figé
Ma tremblante sculpture de ces instants liquides,
Unique entre les choses, je meurs et toujours renais.

Ce jaillissement sans fin vient de la lointaine
Cime où tombèrent les dieux, des siècles
Passés, et son accent de paix baigne encore la vie
Qui dore faiblement le bleu de ma fougue glacée.

En moi flottent au vent les traces apaisées
De vieilles passions, de gloires et de deuils d’antan,
Ils demeurent, dans l’ombre naissante du soir,
Mystérieux face à la vaine rumeur de l’éphémère.

La magie de l’eau fige les instants :
Je suis le divin secours de la peine des hommes,
L’image de qui fuit la lumière pour l’ombre,
Le trouble de la mort devenu mélodie.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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VERS DE LA BELLE DAME (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
VERS DE LA BELLE DAME
(1901-1902)

Préambule

Tout repos est vain. Le chemin est ardu.
Le soir est splendeur. Je frappe au portail.

Inflexible et sourde à mes coups répétés,
Tu répands des perles tout autour de toi.

La maison est haute, et le soir s’est figé.
L’énigme rouge sur le seuil s’est couchée.

Qui au crépuscule incendie les maisons,
Des mains de la Princesse Elle-Même élevées?

Chaque feston de bois ouvragé
Jette vers toi une flamme vermeille.

La coupole s’élance dans l’azur infini.
Les fenêtres bleues ont du rouge à leurs joues.

Dans tous les clochers, les cloches bourdonnent.
De printemps éternel ta robe est baignée.

Est-ce toi qui m’attends chaque soir au couchant?
Qui a mis le feu? Et ouvert le portail?

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Gelée blanche (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



Gelée blanche

Neiges de deux hivers ne se reconnaîtraient
Ni vous ne figerez les plis de mon eau froide,
Gel du poème, Ou son fouillis ne ferez roide.
— Plus que de l’épervier les demeures m’effraient,

Quand l’aurore me donne à sa serre féline,
Plus l’indiscret oiseau dont je suis la volière :
Mésange — cœur de fraise — aux tortures encline
Qui me met en morceaux comme on casse les œufs.

(Olivier Larronde)

Illustration

 

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Promenade (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Promenade

Mon aigrette heurtait le toit de la voiture.
J’ai regardé ses yeux.
Mon coeur languissait sans même savoir
Les raisons de son chagrin.

Le soir sans vent se figeait de tristesse
Sous la voûte d’un ciel tout en nuages,
Le Bois de Boulogne avait l’air
D’un dessin à l’encre dans un vieil album.

Odeur d’essence et de lilas,
Calme constamment aux aguets…
Il a encore touché mes genoux
D’une main qui tremblait à peine.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Henri de Toulouse-Lautrec

 

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