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Les figures que l’arbre abrite (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



    
Les figures que l’arbre abrite dans ses branches
deviennent soudain une rafale de figures
qui bloque ou paralyse un moment
la pression des figures de l’abîme.

Ainsi des figures en captent d’autres,
tandis que le vent du soir
semble courber des éternités
et les convertir en regards du temps.

Les figures entre-temps se confondent
et il se pourrait qu’ensuite apparaissent
dans l’arbre les traits de l’abîme
et dans l’abîme les gestes de l’arbre.

Il n’est pas de lieu sans une figure.
Il n’est pas de digues contre une rafale de figures.
Et il suffit d’une seule figure
pour coloniser ce qui n’existe pas.

Il est des choses qui ne viennent de nulle part
et il en est plus encore qui ne vont nulle part.
Mais il en est d’autres qui ne sont plus nulle part.

Plus que le lieu d’une chose,
ce sont ses non-lieux
qui permettent de la situer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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JE ne puis admettre aucune histoire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: Émilie David     
    
JE ne puis admettre aucune histoire,

ni filiation ni origine.
Toute histoire est toujours autre.
même ma propre histoire.
Il y a tant de fils absents
en toutes mailles ou toute trame,
qu’ils font apparaître
en un autre espace
un tissu complètement différent.

De même pour toutes choses.
N’importe laquelle peut être remplacée par une autre :

une fleur par un marteau,
un jour par une nuit,
un amour par un autre amour.
Et les actions des hommes
sont comme des oiseaux vides
qui peuvent à tout instant
s’emplir d’autres images
et voler en n’importe quelle direction.

Toute histoire, toute explication, tout discours,
sont figures fugitivement dessinées en l’air,
formes à la dérive
qui parfois s’enroulent éphémères
autour du profil un peu plus discret
d’une branche morte.

***

YA no puedo admitir ninguna historia,
ni filiación ni origen.
Cualquier historia es siempre otra.
También mi propia historia.

Son tantos los hilos ausentes
en toda urdimbre o toda trama,
que con ellos alcanza
en algún otro espacio
para un tejido completamente diferente.

Sucede lo mismo con todas las cosas.
Cualquiera puede ser suplantada por otra:
una flor por un martillo,
un día por una noche,
un amor por otro amor.
Y las acciones de los hombres
son como pájaros huecos
que pueden en cualquier instante
rellenarse con otras imágenes
y volar en cualquier dirección.

Toda historia, toda explicación , todo discurso,
son figuras trazadas por un momento en el aire,
formas a la deriva
que se enrollan a veces transitoriamente
en et perfil un poco más discreto
de una rama seca.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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IMAGE DU CIEL (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Illustration: Germain Droogenbroodt, Pognana, Lac de Côme 7 mai 2018

 
    
IMAGE DU CIEL

Dans l’azur du ciel
les nuages dessinent
blanc sur blanc
leurs figures éphémères.

Seraient-ils signes
̶ ou rien de plus
que seulement
un enchantement pour l’œil ?

***

HEMELBEELD

Tegen het blauwe hemelgewelf
schilderen de wolken
wit boven wit
hun efemere beelden

Zouden het tekens zijn
– of niets méér
dan alleen maar

een verrukking voor het oog?

   
***

… et trouvé ceci sur le Net …

穹窿きゅうりゅうの蒼い空に雲を描く
白上に白
流れゆく像

何かの兆候か、
もしくは
唯の目の保養

https://namino.rivoal.net/poems/2018/06/%E5%A4%A9%E5%83%8F/

***

CELESTIAL IMAGE

Against the blue vault of sky
the clouds painted
white on white
their ephemeral images
Could they be signs
-or nothing more
than a mere delight for the eye?

Translated by Stanley Barkan in cooperation with the author

***

ΟΥΡΑΝΙΑ ΕΙΚΟΝΑ

Με φόντο το θόλο τ’ ουρανού
σύννεφα
λευκό στο λευκό
οι εφήμερες τους εικόνες

να `ναι άραγε σημάδια
ή τίποτα παρά
απλή χαρά των ματιών;

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη

Translated by Manolis Aligizakis

***

HIMMELSBILD

Gegen das blaue Himmelsgewölbe
malen die Wolken
weiß über weiß
ihre flüchtigen Bilder
Sollten es Zeichen sein
– oder nichts mehr
als nur ein Entzücken fürs Auge?

Übersetzung Germain Droogenbroodt Wolfgang Klinck

***

IMMAGINE CELESTE

Contro la volta blu del cielo
Le nuvole hanno dipinto
bianco su bianco
le loro immagini evanescenti
Possano essere segni
.- o nulla più
che una semplice delizia per l’occhio?

traduzione di Stanley Barkan e Luca Benassi, in collaborazione con l’autore

 
(Germain Droogenbroodt)

Recueil:
Traduction: Elisabeth Gerlache
Editions: POINT (P0ésie INTernationale)

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ENTRÉE LE MATIN (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



ENTRÉE LE MATIN

Le goéland à manteau noir, ce marin du soleil, garde le cap.
Sous lui, la mer.
Le monde sommeille encore telle
une pierre multicolore qui repose dans l’eau.
Journée inexpliquée. Des jours –
pareils à l’écriture des Aztèques!

La musique. Et j’étais prisonnier
de sa haute lice,
les bras levés – comme une figure
de l’art populaire.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Tu conjugues la veille à l’éternelle absence (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Illustration: Francine Van Hove
    
Tu conjugues la veille
à l’éternelle absence,
conjonction des figures et des pauses,
ce qui tombe et se relève avec le soir.

Des oiseaux bleus quelquefois
traversent ton regard. Tu retournes
à la table peinte, à tes plumes,
tes ciseaux, tes phrases, tes silences.

Tant de choses inexplicables passent
par le détail des mois et des années.
Tu reviens de partout

Si pâle du sommeil refusé,
cherchant le lieu et la limite
ou la coïncidence.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce visage est le tien (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



Ce visage est le tien
et tu ne le reconnais pas.
Tu es une sorte de carte ancienne,

Inconnue, figure d’un jeu d’autrefois,
un jeu perdu.

Et tu écris comme un qui dort,
comme si toute vérité
était morte, ou sans signature.

(Lionel Ray)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

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Et pourtant (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



    

Et pourtant de façon imperceptible
quelque chose bouge dans l’ombre simple,
les monstres se raréfient, l’imprononçable

Abîme s’estompe, on dirait que te voilà
dans l’oeil du Temps, regardant le monde

Alentour qui nidifie dans la parole,
s’érige en elle en figure de l’inachevé,
l’eau descend, le ciel monte jusqu’à lui

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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CASA DE LA MENTE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Illustration: Tom Fruin
    
« CASA DE LA MENTE »
À A. G.

la maison mentale
reconstruite lettre à lettre
mot à mot
dans ma double figure de papier

traverse la mer d’encre
pour donner une nouvelle forme
à un nouveau sentiment

il ouvre la bouche
vert de sans racines
le mot sans son corps

un nouvel ordre musical
de couleurs de corps d’excédents
de formes petites
qui bougent crient disent jamais
la nuit dit jamais
la nuit me prononce
dans un poème

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Emanation (Roxana Páez)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018


 



    
Emanation à la figure impalpable

Je ne veux pas que tu existes
en tant que seul reste
ou fumée

même si je dois m’éloigner
pour chercher ta main grise

et revenir encore et encore

là-bas
là-bas
là-bas
là où je suis
toujours
et même ici
devant cette bande d’oiseaux noirs
qui s’emmêle
dans les feuilles
et forme le cercle
des heures.

***

Emanación de figura impalpable

No quiero que existas
sôlo como resto
o humo

aunque tenga que alejarme
para buscar tu mano gris

y volver una y otra vez

Alli
alli
alli
donde siempre
estoy
incluso aqui
ante la bandada de pajaritos negros
que se enreda
en las hojas
y hace un circulo
de las horas.

(Roxana Páez)

 

Recueil: Des brindilles à sa flambée
Traduction:
Editions: Reflet de lettres

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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