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LA DERNIERE INNOCENCE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018




LA DERNIERE INNOCENCE

Partir
corps et âme
partir.

Partir
se défaire des regards
pierres oppressantes
qui dorment dans la gorge.

Je dois partir
plus d’inertie sous le soleil
plus de sang ébahi
plus de prendre la file pour mourir.

Je dois partir

Mais fonce, voyageuse!

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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La file de nuages va se dissipant (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018




La file de nuages va se dissipant.
Astre du soir, étoile triste,
ton rayon peint d’argent les plaines endeuillées
et la baie endormie et les falaises noires.
J’aime ce faible éclat, dans la hauteur du ciel,
qui fait renaître en moi des pensées assoupies ;
je revois ta venue, astre familier,
au paisible pays où tout parle à mon coeur,
où de fiers peupliers se dressent dans la plaine,
où le myrte amoureux dort, et le noir cyprès,
où l’onde ensoleillée murmure, sensuelle,
où je traînais jadis ma paresse rêveuse,
des coteaux à la mer, le coeur lourd de secrets,
quand l’ombre de la nuit gagnait les maison basses —
la jeune fille alors dans l’ombre te cherchait
pour redire ton nom — le sien — à ses compagnes.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

 

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Fillettes (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Fillettes

En longue file, viennent et vont
Les diablotins, mes petites saintes;
Et c’est du chaud pain frais que leur front –
Yeux de charbon, braises de charbon
Encor non éteintes.

En longue file, viennent et vont,
Et leurs amours aux fleurs sont pareilles;
Comme muguets aiment les garçons –
Vont aux garçons comme grives vont
Aux raisins des treilles.

En longue file, viennent et vont,
Même pleurantes, ne font que rire;
Lointaines sont, et lointaines vont –
Ainsi l’on voit, par les soirs trop bons,
Les étoiles luire.

(Attila Jozsef)


Illustration: Jean-Honoré Fragonnard

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La glace comme une bouteille (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018




    
La glace comme une bouteille. Dans la file
Chacun brûlait de retrouver la longue glissade
portée à la perfection, passage après passage —

Courir, se préparer, s’abandonner
A la pente pour le seul plaisir de la pente :
Adieu à la terre ferme, saut exceptionnel

par-delà notre maîtrise de nous-mêmes.
Le cycle revenait de prise en lâcher prise:
La fine voie lactée sur la glace noircie,

La course pour remonter, la voie libre et le retour —
Toujours recommencé, comme un cercle de lumière
Vers où l’on vogue alors qu’on sait l’avoir franchi.

***

The ice was like a bottle. We lined up
Eager to re-enter the long slide
We were bringing to perfection, time after time

Running and readying and letting go
Into a sheerness that was its own reward:
A farewell to surefootedness, a pitch

Beyond our usual hold upon ourselves.
And what went on kept going, from grip to give,
The narrow milky way in the black ice,

The race-up, the free passage and return —
It followed on itself like a ring of light
We knew we’d come through and kept sailing towards.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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PASSAGE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018



Illustration: Robert Bared
    
PASSAGE

couple jeune
sur un passage clouté
il pleut serré
et les voitures qui passent
entraînée par la file
l’image enregistrée
m’accompagne plus loin
comme d’autres dans la rue
qu’on voudrait développer
plus tard
qu’on oublie comme vivre dans l’instant
le déclic d’un poème
voilé

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Il y a là sous la chair (Carole Zalberg)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



Illustration: Danny Quirk
    
Il y a là sous la chair
entre les os fragiles
et les réseaux habiles
dans une profondeur que les mots seuls éclairent
un lac sombre, un monde qui scintille,
d’homme en homme à la file
un fond de vies où j’erre,
où je plonge une et reviens mille

(Carole Zalberg)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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LES PISSENLITS (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017



  Illustration
    
LES PISSENLITS

Un rayon du soir traverse le pré,
éclairant une file de pissenlits :
petite procession aux têtes enfantines,
vives, ébouriffées, chacune penchant
d’un côté ou de l’autre, et sages cependant,
comme il convient à l’heure solennelle.
Les autres fleurs du pré regardent, immobiles
Eux seuls paraissent aller quelque part,
croisent un merle. Et tu voudrais les suivre.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Le Pays derrière les larmes
Editions: Gallimard

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En files noires (Chang Wou Kien)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



 

hiroshize - vol d'oies sauvages par nuit de lune sur la baie de takanawa [1280x768]

En files noires,
des oies sauvages traversent le ciel.
On voit, dans les arbres,
des nids abandonnés.
Les montagnes semblent plus lourdes.

J’ai trouvé près de ma fontaine,
la flûte de jade
que tu avais perdue, cet été.
L’herbe haute l’avait soustraite à nos recherches.

Mais l’herbe est morte,
et la flûte brillait au soleil, ce soir.
J’ai pensé à notre amour,
qui est resté si longtemps
enseveli sous nos scrupules.

(Chang Wou Kien)

Illustration: Hiroshige

 

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BOULEVARD NOËL MARC (Jean-Charles Michel)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




BOULEVARD NOËL MARC

Sous les tilleuls, en file drue,
Les chevaux-vapeur font le mort,
Le cheval a perdu le Nord
En même temps que la charrue.

L’été s’en vient, la bienvenue
On la lui souhaite, d’accord !
Très élégant le joli port
De cette épaule dévêtue.

Le trottoir est aux chiens errants,
Et quelques badauds bons enfants,
Cherchent, penchés sur l’eau du fleuve

Où flotte encore un serpentin,
Le reflet du matin certain
Où la joie était toute neuve.

(Jean-Charles Michel)

 

 

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