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Posts Tagged ‘filet’

Amour en même instant m’aiguillonne et m’arrête (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Karol Bak arachnoid

Amour en même instant m’aiguillonne et m’arrête,
M’assure et me fait peur, m’ard et me va glaçant,
Me pourchasse et me fuit, me rend faible et puissant,
Me fait victorieux et marche sur ma tête.

Ores bas, ores haut, jouet de la tempête,
Il va comme il lui plait mon navire élançant :
Je pense être échappé quand je suis périssant,
Et quand j’ai tout perdu, je chante ma conquête.

De ce qui plus me plait, je reçois déplaisir ;
Voulant trouver mon coeur, j’égare mon désir ;
J’adore une beauté qui m’est toute contraire ;

Je m’empêtre aux filets dont je me veux garder :
Et voyant en mon mal ce qui me peut aider,
Las! je l’approuve assez, mais je ne le puis faire.

(Philippe Desportes)

Illustration: Karol Bak

 

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Le ciel de janvier est tendu (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019



Illustration    
    
Le ciel de janvier est tendu
Comme une peau de tambour

Dans le caniveau
Un filet de cristal
Emprisonne
Les scories du jour

Rue de Lagny
Une feuille grise et fripée
Se pose à mes pieds

Je me hâte

Personne ne m’attend

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Bonheur, étouffe-moi pendant une seconde (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration
    
Bonheur, étouffe-moi pendant une seconde

Bonheur, cause entendue,
Cause perdue,
J’aimerai le premier visage,
Je vous appellerai ma sœur,
Passante, mettez-vous entre le monde et moi,
Je tomberai de rue en rue,
Cueilli dans les filets
Qui me retiendront tout le soir ;
Et dans le buisson des lumières,
Couteaux aigus visant au cœur,
Je dormirai peut-être sur les pierres,
Je dormirai peut-être sur le vide
Je dormirai aux portes du matin,
Une épaule nue glisse avec la nuit,
Est-ce la vague qui se creuse
Et se soulève et prend un corps
Qui doit mourir ?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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En ces filets si fins (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Eugène Begarat   le vetement rose 55x38cm-650

En ces filets si fins
comme l’âme se berce,
ah, mon printemps !

Branches de saule, dans
la lumière seule encore du bourgeon ;
ah, fraîche jeunesse !

Amandiers, dans l’aube seule
encor d’une rose candeur ;
ah, divin matin !

***

En estas redes finas,
cómo se mece el alma,
¡ay, primavera mía!

Ramas de sauce, aún
sólo con luz de brote;
¡ay, fresca juventud!

Almendros, aún con alba
sólo, de candor rosa;
¡ay, divina mañana!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Eugène Begarat

 

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Seuls peut-être subsisteront les restes ruinés d’un filet (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Il est certaines heures
où semblent affleurer
la confusion de l’air,
le doute de la lumière,
la fatigue de l’eau,
la tristesse de la nuit.

Tout équilibre a besoin de repos.
Ainsi s’affaissera l’équilibre dernier
et s’abattront
jusqu’au chant des oiseaux
et jusqu’à la parole la plus secrète.

Seuls peut-être subsisteront
les restes ruinés d’un filet.

(Roberto Juarroz)

Illustration: Île Nancy

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UNE FEMME A SON AMANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
UNE FEMME A SON AMANT

Je suis le feu
Calmé, devenu l’eau,

Une vague
Se dressant de l’abîme.

Dans mes veines
La marée gouvernée par la lune
S’élève, arbre de fleurs
Qui s’envolent en écume.

Je suis l’air
Pris dans un filet,

L’oiseau prophétique
Qui chante dans le reflet d’un ciel,

Je suis un rêve avant le néant.
Je suis une couronne d’étoiles,
Je suis le moyen de mourir.

***

WOMAN TO LOVER

I am fire
Stilled to water,

A wave
Lifting from the abyss.

In mi veins
The moon-drawn tide rires
Into a tree of flowers
Scattered in sea-foam.

I am air
Caught in a net,

The prophetic bird
That sings in a refiected sky,

I am a dream before nothingness,
I am a crown of stars,
I am the ive to die.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Son visage (Roxana Páez)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




Illustration: Pierre-Yves Vigneron
    
Son visage

Qu’est-ce qu’il observe de moi avec ses iris couleur de bière ?
Je me regarde dans tes yeux, dit-il. Et il ne voulait pas
faire une métaphore.
Il parlait du reflet et de même il regardait à travers
comme s’il y avait un filet immergé
et suivait le mouvement libre de poissons captifs.

***

Su cara
Qué me observa con los iris color cerveza?
Me miro en tus ojos, dijo. Y nunca quiso hacer
una metàfora.
Hablô del reflejo y asimismo miraba detrâs de mi
como si hubiera una red sumergida
y siguiera el movimiento libre de los peces encerrados.

(Roxana Páez)

 

Recueil: Des brindilles à sa flambée
Traduction:
Editions: Reflet de lettres

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NOCTURNE (Skipwith Cannell)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Jody Bergsma
    
NOCTURNE

I
Tes pieds
Comme de petits oiseaux d’argent,
Tu les poses sur les chemins charmants ;
Ainsi je te suivrai,
Toi Colombe aux Yeux D’or,
Sur n’importe quel chemin je te suivrai,
Car la lumière de ta beauté
Éclaire ma route comme une torche.

II
Tes pieds sont blancs
Sur l’écume de la mer;
Serre-moi fort, toi Cygne brillant,
De peur que je chute,
Et dans les eaux profondes.

III
Longtemps j’ai été
Le Chanteur sous la Croisée
Et maintenant je suis las.
Je suis malade de désir,
O ma Bien-aimée;
Prends-moi donc avec toi
Vite
Sur notre chemin.

IV
Du filet de tes cheveux
Tu as pêché en mer
Et un poisson étrange
Fut pris dans ton filet;
Car ta chevelure,
Bien-aimée,
Tient mon coeur
Dans sa toile d’or.

V
Je suis las de l’amour et tes lèvres
Sont des coquelicots éclos au petit jour.
Donne-moi donc tes lèvres
Que je puisse connaître le sommeil.

VI
Je suis fatigué de désir,
Je suis faible d’amour;
Car sur ma tête le clair de lune
Est tombé
Comme une épée.

(Skipwith Cannell)

 

Recueil: Des Imagistes Anthologie
Traduction:
Editions: La Nerthe

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Relier (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



Manier l’outil et les mots
Tendre le filet des lignes
Encocher les paroles
Ajuster l’image

Elargir le sens
Fouiller la taille
Affranchir ou retenir
Perdre de vue ou cibler

Enfin accoster l’autre
Relier

(Andrée Chedid)


Illustration: Vladimir Kush

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JE T’AIME, HOSTILE OISEAU (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Adolph Gottlieb  cri

JE T’AIME, HOSTILE OISEAU

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de porter le jour en mille échardes
D’être la proie d’un seul de nos visages
De tenir nos maisons pour le lieu

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de l’écume qui perd mémoire
de ses tempes d’océan

De l’herbe forcée dans son repaire
Des plaines que l’heure racornit

Gorgés de forêts insondables
de n’en dévoiler qu’un rameau
Et du hasard,
atoll qui se réduit

Vie tigrée sur nos vies
A quel filet te prendre ?

Je t’aime, hostile oiseau.

(Andrée Chedid)

Illustration: Adolph Gottlieb

 

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