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UN VENT FRAPPE (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Maurycy Trebacz

    
UN VENT FRAPPE

Un vent frappe à la vitre
Silence en ma maison
Silence en ma maison comme dans mon coeur

Je fais ce que je veux
Ma tête tombe sur la table
Je la relève et regarde au-dehors
Regarde dans la rue

On frappe à la porte
Et je dis Entrez
Et je dis Entrez, qui donc, peu m’importe
Si, cela m’importe
Nul pourtant ne vient
Je dis Qu’il en soit ainsi c’est fort bien.

Je bondis soudain
Je sors dans la rue
Je sors dans la rue et puis je reviens
Ayant acheté des noix
Ces noix les ai-je achetées?
Pour quel invité?
Suis-je allé vraiment acheter des noix?

Il y a des noix et puis du raisin
Alors peut-être aller chercher du vin?
Aller chercher du vin très vite?
Je bondis encore
Je sors dans la rue et puis je reviens
Avec une fiole de vin

Ce vin l’ai-je acheté?
Pour quel invité?
Suis-je allé vraiment acheter du vin ?
Un vent frappe à la vitre
Silence en ma maison
Silence en ma maison comme dans mon coeur.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sadako décolle l’étiquette (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018




    
Sadako décolle l’étiquette
d’une fiole de médicaments,
et elle plie une grue,

vallées ou montagnes,

solfège.

Une à une,
les grues
(ou les allumettes…)

Et les enfants meurent, malgré tous les oiseaux.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

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PUDEUR (Juana de Ibarbourou)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016



PUDEUR

I.

Vous et moi, devant la face bleue de safre
De cette féerique après-midi,

Les mots restent noués, immobiles
Dans nos gorges d’adolescents émus.

Tout orange, le temps coule délicatement
A nos pieds,
Murmure, chuchote, rit, se tait,

Une rose fraîcheur tombe sur nos épaules
Prises dans les fines dentelles de la pudeur.

Tremblants, nous ne savons que faire
Des rêves enfermés dans nos mains.

II.

Fermons nos yeux, laissons le mystère du silence
Révéler au jour, dans la langue des dieux,
L’innocente poésie de nos âmes.

Que le soleil pur à la lumière d’or
Frôle nos cils
Pour rendre plus profonds nos regards !

Que les fioles des heures, pleines de couleurs,
Irisent et enluminent nos vies !

Ecoutons les chants que tissent
Avec tant de passion rouge
Les fleurs des lauriers-roses
Et les ailes joyeuses des oiseaux.

III.

Ainsi, avec les doux bruits de l’air
Et des herbes, à l’ombre des allées ouvertes sur l’infini,
S’écrit le livre essentiel de chaque cœur.

Ah, tous ces mots tus
Qui disent si clairement et avec tant de précision,
L’invisible désormais, l’impalpable empire
De l’amour.

***

PUDOR

I

Tu y yo, delante del rostro azul de safre
de esta tarde mágica.

Las palabras quedan anudadas, inmóviles
en nuestras gargantas de adolescentes conmovidos.

Aloque, el tiempo se hunde delicadamente
a nuestros pies,
murmura,, susurra , ríe, calla.

Una rosa fresca cae sobre nuestros hombros
asidos en los finos encajes del pudor.

Temblorosos, no sabemos que hacer,
los sueños se aprisionan en nuestras manos.

II

Cerremos nuestros ojos, dejemos el misterio del silencio
revelar al día, en la lengua de los dioses,
La poesía inocente de nuestras almas.

¡ Que el sol puro a la luz de oro
roce con nuestras pestañas
haciendo más profundas nuestras miradas!

¡ Qué los frascos de las horas, plenos de colores,
irisen e iluminen nuestras vidas!

Escuchemos los cantos que tejan
con tanta pasión roja
las flores de las adelfas
y las alegres alas de las aves.

III.

Así, con el dulce sonido del aire
yde las hierbas, a la sombra de las alamedas abiertas sobre el infinito,
se escribe el libro esencial de cada corazón.

Oh, todas estas palabras calladas
que dicen tan claramente y con tanta precisión,
el invisible, impalpable imperio
del amor.

(Juana de Ibarbourou)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Le papillon vint (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2016



[…] j’avais la sensation qu’une belle fiole en cristal s’était brisée,
que le parfum s’était répandu sur l’étalage poussiéreux.
Tous ceux qui passaient hésitaient vaguement un instant,
ils humaient l’air, se remémoraient un souvenir heureux
puis disparaissaient derrière les poivriers ou dans le fond de la rue.

Ce parfum, par moments, je le sens encore — je veux dire que je m’en souviens;
n’est-ce pas étrange?
— les événements que nous qualifions habituellement de graves s’évanouissent, s’éteignent —
le meurtre d’Agamemnon, l’égorgement de Clytemnestre
(on m’avait envoyé de Mycènes un beau collier de petits masques en or
réunis par leurs oreilles à l’aide d’anneaux
— je ne l’ai jamais porté). On les oublie;
d’autres, au contraire, accessoires, insignifiants, subsistent;

— je me souviens d’avoir vu un jour
un oiseau posé sur le dos d’un cheval;
et ce fait inexplicable me semblait m’expliquer (à moi seule entre tous)
un beau mystère

Je me souviens aussi, enfant, sur les rives de l’Eurotas,
auprès des tièdes lauriers-roses,
du bruit d’un arbre qui se dépouillait tout seul;
ses écorces tombaient mollement dans l’eau,
voguaient comme des trières, s’éloignaient,
et moi j’attendais qu’un papillon noir à rayures orange
vienne à tout prix se poser et s’étonne de se voir bouger
alors qu’il resterait immobile;
cela m’amusait que les papillons, avec toute leur science du ciel,
n’aient aucune notion de voyage au fil de l’eau et de navigation.

Le papillon vint.

(Yannis Ritsos)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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