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Poésie

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C’est toi, douce lune (Jean Breton)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2019



La Soeur blanche m’a regardé fixement.
Hélas, encore un:
Il va falloir écrire à la famille.

***

Au ciel pâle
Ce flocon de shrapnell ?
Oh! pardon, c’est toi, douce lune.

(Jean Breton)

 

 

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Ils viennent de l’au-delà ces yeux (Ernesto Calzavara)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



 

Ettore Aldo Del Vigo 4

Ils viennent de l’au-delà ces yeux sur toi,
d’au-delà le sentier du jardin.
Les yeux qui te regardent fixement
et ils ne te disent rien
et ils savent tout
et toi tu ne sais ce qu’il faut faire
et eux te commandent
et toi tu ne sais ce qu’ils veulent

et ils te regardent, ils te regardent fixement
ils te transpercent de part en part
et toi tu ne sais ce qu’ils veulent.
Les yeux, les yeux d’au-dessus les nuages
depuis les planètes, depuis les étoiles

et toi tu ne sais ce qu’ils veulent.

(Ernesto Calzavara)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Unité (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Unité

Par-dessus l’horizon aux collines brunies,
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l’heure du couchant ;
Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,
Blanche épanouissait sa candide auréole ;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
Regardait fixement, dans l’éternel azur,
Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«Et, moi, j’ai des rayons aussi !» lui disait-elle.

(Victor Hugo)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

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L’ÉTANG (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’ÉTANG

Autоur de la blessure, la couronne de roseaux.
L’humidité, la corrosion,
reflète le soleil en gris.

Des araignées vont sur l’eau.
Le miracle (encore en suspens)
ne renouvelle aucune onde.

La blessure guérit-elle,
se dessèche-t-elle ?

Qui donne sa chair,
ses muscles,
soi-même, en victime ?
Toi seul ?

Qui exorcisera l’étang,
cette face de crapaud
qui te regarde fixement ?

Pour у faire épanouir ton visage,
ton jardin,
le bonheur de mille fleurs :
« considérer une vie
plein dе deuils, »
comme un cri en quête de joie.

***

DER TEICH

Um die Wunde das Schilfband.
Das Feuchte, Ätzende,
spiegelt die Sonne grau.

Spinnen gehen über das Wasser.
Das Wunder (das noch aussteht)
wiederholt keine Welle.

Heilt die Wunde,
trochnet sie aus ?

Wer gibt sein Fleisch,
seine Muskeln,
sich, das Opfer ?
Du allein ?

Wer vertreibt den Teich,
das Krötengesicht,
das dich anstarrt?

Dass darüber dein Gesicht wächst,
dein Garten,
das Glück tausender Blumen:
» zurückzublicken auf ein Leben
voller Verluste «,
wie ein Schrei nach Freude.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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LA SAISON DES ANGES (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Illustration: Arnaud Martin
    
LA SAISON DES ANGES

…, Quelque chose, ce quelque chose vient, vient à moi, à ma
femme, aux enfants, à ma mère, à mon frère aîné, à ma
soeur aînéе, à mon frère cadet, vient. Quelque chose
d’omis : la déclaration d’un absent, une place vide.

Quelque chose, quelque chose vient, vient plus tôt vers le ciel,
vient vers cette terre, vient vers cette fleur, vient vers
cette mer en pleurs, vient la situation en crise, notre coeur,
notre coeur, sous le givre.

Ah, ce quelque chose, ce quelque chose, je ne peux plus
parler. Le ciel, je ne peux plus le regarder. La terre, je ne
peux plus marcher. La fleur, n’éclora plus ! Respirer, je ne
peux plus ! Je devrais éclater !

Père, retombez vite en poussière. Pourquoi nous regardez
vous fixement, nous les vivants, avec les yeux que vous
aviez en vie?

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes __..
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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SOURIRE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018



 


    
SOURIRE

au lavomatic avec ses enfants
et ses sacs plastique
le linge qu’elle regarde
fixement
tourner dans la machine
avec tout ce qu’on ignore
qui tourne dans sa tête
qu’un sourire au plus petit
un instant
ne peut cacher

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Chambre d’à côté (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Eugène Carrière
    
Chambre d’à côté

A travers une nuit en plein jour
Vaguement j’ai rencontré la mort.
Nul lévrier ne l’accompagne ;
Elle vit dans les étangs disséqués,
Fantômes gris de pierre nébuleuse.

Pourquoi dans le sommeil, glissée avec la peur,
Cette peur imprévue fait-elle frémir le dormeur ?
Voyez l’oubli vaincu et la peur de tant d’ombres blanches
Sur les pâles dunes de la vie,
Ni ronde ni bleue, mais lunatique,
Avec ses blanches lagunes, ses bois
Où le chasseur s’il le veut fait la chasse au velours.

Mais aucun lévrier n’accompagne la mort.
D’un grand amour elle n’aime que les oiseaux,
Oiseaux toujours muets, comme l’est le secret,
Et ses grandes couleurs formant un tourbillon.
Tout autour du regard fixement métallique.

Et les dormeurs défilent comme des nuages
Au fil d’un ciel trompeur où se heurtent les mains,
Les mains d’ennui qui chassent des velours, des nuages négligents.

Sans vie il vit solitaire profondément.

***

Habitación de al lado

A través de una noche en pleno día
Vagamente he conocido a la muerte.
No la acompaña ningún lebrel;
Vive entre los estanques disecados,
Fantasmas grises de piedra nebulosa.

c Por qué soñando, al deslizarse con miedo,
Ese miedo imprevisto estremece al durmiente ?
Mirad vencido olvido y miedo a tantas sombras blancas
Por las pálidas dunas de la vida,
No redonda ni azul, sino lunática,
Con sus blancas lagunas, con sus bosques
En donde el cazador si quiere da caza al terciopelo.

Pero ningún lebrel acompaña a la muerte.
Ella con mucho amor sólo ama los pájaros,
Pájaros siempre mudos, como lo es el secreto,
Con sus grandes colores formando un torbellino
En torno a la mirada fijamente metálica.

Y los durmientes desfilan como nubes
Por un cielo engañoso donde chocan las manos,
Las manos aburridas que cazan terciopelos o nubes descuidadas.

Sin vida está viviendo solo profundamente.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Quelque chose pour eux s’est ouvert (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Nous, jamais, pas un seul jour,
n’avons le pur espace devant nous,
celui qu’investissent à l’infini
les fleurs quand elles s’ouvrent.

Toujours, c’est le monde,
jamais ce nulle-part exempt de toute négation:
le pur, ce que rien ne surveille,
que l’on respire et que l’on sait
d’un savoir infini
sans pour autant le convoiter.

Enfant, tel ou tel
s’y égare sans bruit: une secousse le réveille.
Ou bien, tel autre meurt: il est alors cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort,
et l’on regarde fixement au-dehors,
avec peut-être les grands yeux de l’animal.

Les amants, n’était l’autre qui leur barre la vue,
n’en seraient guère loin:
ils ont ce regard étonné…
Comme par inadvertance,
quelque chose pour eux s’est ouvert
en arrière de l’autre…
Mais nul ne peut passer par-dessus l’autre,
et le monde leur advient de nouveau.

Toujours tournées vers les choses créées
nous ne voyons jamais que miroiter sur elles
l’élément libre, mais qu’obscurcit notre présence.
A moins qu’un animal,
une bête muette
lève vers nous les yeux,
et nous transperce calmement de son regard.
C’est cela que l’on nomme le destin:
être en face et rien d’autre,
oui, à jamais en face.

***

Haben nie, nicht einen einzigen Tag,
den reinen Raum vor uns, in den die Blumen
unendlich aufgehn. Immer ist es Welt
und niemals Nirgends ohne Nicht: das Reine,
Unüberwachte, das man atmet und
unendlich weiß und nicht begehrt. Als Kind
verliert sich eins im Stilln an dies und wird
gerüttelt. Oder jener stirbt uns ists.
Denn nah am Tod sieht man den Tod nicht mehr
und starrt hinaus, vielleicht mit großem Tierblick.
Liebende, wäre nicht der andre, der
die Sicht verstellt, sind nah daran und staunen . . .
Wie aus Versehn ist ihnen aufgetan
hinter dem andern . . . Aber über ihn
kommt keiner fort, und wieder wird ihm Welt.
Der Schöpfung immer zugewendet, sehn
wir nur auf ihr die Spiegelung des Frein,
von uns verdunkelt. Oder daß ein Tier,
ein stummes, aufschaut, ruhig durch uns durch.
Dieses heißt Schicksal: gegenüber sein
und nichts als das und immer gegenüber.

(Rilke)

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L’ARAIGNÉE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



L’ARAIGNÉE

C’est une araignée énorme qui ne marche plus;
une araignée incolore dont le corps,
tête et abdomen, saigne.

Aujourd’hui je l’ai vue de près. Avec quel effort
vers tous ses flancs
elle étirait des pattes innombrables.
Et j’ai pensé à net yeux invisibles,
nautoniers fatals de l’araignée.

C’est une araignée qui palpitait fixement
sur un rasoir de pierre ;
abdomen d’un côté,
tête de l’autre.

Avec toutes ces pattes, la pauvre, elle ne sait comment
avancer. Et, en la voyant ainsi
aujourd’hui, abasourdie, en transe,
quelle peine m’a fait cette voyageuse.

C’est une araignée énorme, son abdomen
l’empêche d’escorter sa tête.
J’ai pensé à ses yeux
à ses nombreuses pattes…
Comme elle m’a fait de la peine cette voyageuse !

***

LA ARAÑA

Es una araña enorme que ya no anda;
una araña incolora, cuyo cuerpo,
una cabeza y un abdomen, sangra.

Hoy la he visto de cerca. Y con qué esfuerzo
hacia todos los flancos
sus pies innumerables alargaba.
Y he pensado en sus ojos invisibles,
los pilotos fatales de la araña.

Es una araña que temblaba fija
en un filo de piedra;
el abdomen a un lado,
y al otro la cabeza.

Con tantos pies la pobre, y aún no puede
resolverse. Y, al verla
atónita en tal trance,
hoy me ha dado qué pena esa viajera.

Es una araña enorme, a quien impide
el abdomen seguir a la cabeza.
Y he pensado en sus ojos
y en sus pies numerosos…
¡Y me ha dado qué pena esa viajera!

(César Vallejo)

Illustration: Odilon Redon

 

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Parfois le silence est autre chose que l’absence de bruit (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Parfois le silence est autre chose que l’absence de bruit.
Ce n’est pas une voix qui s’est tue ou une chute,
C’est un oeil qui regarde fixement et dans son orbe
Un monde étrange et nouveau se constitue, prend forme.

Que de choses que de foules font notre émerveillement !
C’est ainsi qu’il a dû être avant que la parole fut née.
Un regard calme. Un oeil qui voit. Et l’air illimité
Où terres, flammes, eaux cherchent un endroit pour se poser.

Un oeuf immobile mais à l’intérieur la vie
Est plus sûre que le chant dans un violon.
De quelle couleur est le silence ? Blanc ou rouge ?
Et quel sens appelle-t-il puisqu’il dédaigne l’ouïe ?

Ah ! Sur le ventre de la femme enceinte ce n’est pas l’oreille
Qu’il faut pencher. Tout autour une auréole, une lumière
Qui traversent les murs, qui relient à l’espace
Cette maison où le silence se transforme en le cri d’un enfant.

A l’aube on entend les mille bruits imperceptibles
De la nuit qui s’enfuit : ce sont les insectes qui se hâtent
Sous l’écorce des arbres. Et les lueurs qui viennent jusqu’à nous
Comme la sève vers les frêles frontières de la feuille.

Mais au plus fort de la nuit quand les étoiles éclatent
Et quand leurs jeux se croisent dans la pupille du ciel
De nouveaux univers naissent dans le silence
Qui est en nous et en dehors de nous comme en deux vases communicants.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Odilon Redon

 

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