Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘flamme’

A SOI-МÊМЕ (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
A SOI-МÊМЕ

Écris maintenant pour le ciel
Écris pour la courbe du ciel
Ét que nul plomb de lettre noire
N’enveloppe ton écriture

Écris pour l’odeur et le vent
Écris pour la feuille d’argent
Que nulle laide face humaine
N’ait regard connaissance haleine

Écris pour le dieu et le feu
Écris pour un amour de lieu
Et que rien de l’homme n’ait place
Au vide qu’une flamme glace.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard
Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE

Il faudrait que survint quelqu’un d’autre que moi
Et qu’il te saluât avec plus d’éloquence,
Admirant ta beauté sans bégayer d’émoi,
Un peu fou, hardi, vif, encore dans l’enfance.

«Beauté, te dirait-il, où que mènent tes pas
C’est pour toi que surgit la flamme du génie
Et l’esprit créateur perçoit dans tes appas
L’oeuvre antique et divine, admirable harmonie.

En attendant sur ton trône le Jamais Vu,
L’artiste à l’oeil altier te tient en déférence.
Tu fais tomber d’un mot, à peine est-il conçu,
Les murs de Jéricho de notre indifférence ! »

Ainsi dirait-il. De sa lèvre fuserait
Un hosanna pour toi comme celui du prêtre
Adorateur du feu dans l’épaisse forêt
Et qui voit près de lui les flammes apparaître.

Belle Réalité qui fais baisser les veux,
Mon âme veut cueillir une dernière rose,
Et répandre son eau, jardinier malheureux,
Sans un mot, devant toi, sur sa robe déclose.

II
Tel Désir du faucon qui veut qu’elle succombe,
Qui d’un coup d’aile ardent pourchasse la colombe,

Je poursuis quant à moi la timide beauté,
Car dans le sombre ciel de mon coeur attristé
Le regard de la Belle a versé la lumière.
Tout en la bénissant, il attend la voix chère
Qui saura le louer. Si je puis la saisir
Je la déchirerai, pourtant, tel le Désir

Du faucon en plein ciel qui poursuit la colombe
De son coup d’oeil puissant, qui veut qu’elle succombe !

Petit oiseau chétif que la pluie a trempé,
Ne sachant dignement alerter ta beauté,
Me débattant au sol, je traîne mon plumage
Et j’attends tout tremblant que sourie ton visage;
Qu’elle me sourie donc, puisque je me débats !
C’est l’hommage, le seul, digne de ses appas.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DANSE DES FLAMMÈCHES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Berthe Morisot
    
DANSE DES FLAMMÈCHES

Meule de feu, je voltige
Autour de toi, en flammèches.
En boitillant je jaillis
De tes douces tiges courbes.
Et hop ! du bout de ton nez,
Je te souris, mon amour.
Et le crépuscule arrive,
Drapé dans sa houppelande,
Gardant en sa pipe fraîche
Tes fretins de flammes qui
Me giflent sur les deux joues.
Accroupie es-tu, coquine ?
Et voilà que le buisson
Jette au loin ta jupe rouge
Dont tu l’as, impertinente,
Couvert pour te joindre à moi.
Rentre tes cornes de feu,
Étends-toi sur l’herbe tendre,
Pour que ton corps brun je puisse
L’oindre d’entière blancheur.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’OMBRE S’ALLONGE… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
L’OMBRE S’ALLONGE…

L’ombre s’allonge, on voit au ciel
les étoiles qui étincellent;
déjà brûlent leurs hautes flammes,
et selon l’ordre intransigeant
tourne, comme astre au firmament,
ton manque dans mon âme.

La nuit, telle une mer qui râle
sa passion d’hydre végétale,
m’étouffe en ses relents odieux.
Viens, jette au fond de ces abysses
le filet de désir et hisse :
hisse-moi vers tes yeux !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Hiver (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Hiver

II faudrait faire un feu… bien grand, bien haut,
Pour que tous les humains se chauffent à sa flamme.

Nous jetterions dedans tel bibelot vieillot,
Tels objets ébréchés, cassés, tel jeu de dames,
Les jouets des enfants, tel autre jeu,
M’entends-tu, chat perché? Et dans ce feu,
Nous éparpillerions, je le proclame,
Tout ce qui semble beau. L’on entendrait soudain
L’incandescente flamme offrir au ciel serein
Les ardeurs de son chant. Les gens d’une même âme,
Ou d’un même pays, se donneraient la main.

Il faudrait faire un feu d’une folle envergure,
Car le givre a couvert les villes et les prés;
Faire sauter la si froide serrure
De nos garde-manger. Et que les jets pourprés
Reçoivent de nos mains leur riche nourriture
Pour donner en retour la chaleur douce et pure.

Il faudrait, oui, faire ce noble feu
Afin que les humains se dégèlent un peu.

(Attila Jozsef)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Moisson (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Moisson

Ils sont grands, ils sont forts, ils fauchent le froment,
Et cueillant des épis les suit plus d’une femme.
Sur la pointe des faux, le soleil met sa flamme,
Les fronts polis, cuivrés, s’empourprent lentement.
Hommage, espoir, les blés à leurs pieds ondulant
Se couchent alanguis au rythme de la lame
Tel l’enfant croulant sur sa mère qu’il réclame,
Et la soif supplicie le pauvre chien suant.

Sous la fraîcheur d’un arbre un garçon vient saisir
Sa large gourde. Il boit. Il s’humecte à plaisir.
Puis regagnant le champ se remet à l’ouvrage.

Le soleil furieux a redoublé d’ardeur
Mais les gerbes ont crû parmi les gens en nage
Et la vie a gagné et triomphe en vainqueur.

(Attila Jozsef)


Illustration: Léon-Augustin L\’Hermitte

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Omar Ortiz    
    
C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT

C’était le soir. Tombant du ciel d’été.
De fous désirs, ardents comme une flamme,
Intimement m’ont visité.
Ma peau touchait ta peau de femme.
Toute ma vie, alors, pulsait
Sur le petit espace
Où ta peau, soudain, à ma peau se fiançait.

Je le sais à présent, c’est toi qu’il me fallait,
Que je cherchais, lorsque ma raison fit surface.
Vous, lointains inhumains,
Ô vous ! petites fleurs à la fine corolle,
— Aux fins dessins,
Entendez-vous de son doux giron la parole ?
Elle est pour moi trop lourde assurément :
La totalité de la femme!
Telle une abeille bourdonnant,
Dès lors, de tout mon coeur bruissant,
Lanceur de comètes, je clame:

Que sont auprès de toi le vignoble au soleil,
Le céleste animal au pelage d’aurore
Empli de fraîcheur dès l’éveil
Ou bien encore
Le bercement matinal des buissons
Sur les coteaux intacts aux tendres mamelons !
Des baisers de la femme
Bouillonne sous ta peau
Toute la gamme.
Souvent j’ai peur, car nous formons un écheveau
Inextricable ! Et s’il me reste quelques fibres
Qui semblent libres,
Tu t’en saisis. Ô combien nous nous désirons !
Mais si c’est même amour que tous deux respirons,
Je le vis tel un roc dessous lequel j’enrage
Et toi comme un coussin plus léger que nuage.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ni vas spirituale, ni même rosa mystica (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Hommage aux anges
[42]

D’aucuns nomment cette cloche tellement profonde
Zadkiel, la droiture de Dieu,

il est régent de Jupiter
ou Zeus-pater ou Theus-pater,

Theus, Dieu ; Dieu-le-père, père-dieu
ou l’Ange parrain,

lui-même, paradis et pourtant chez lui dans une étoile
dont la couleur est l’améthyste,

dont la bougie brûle violet-profond
avec les autres.

[43]

Et le point du spectre
où toutes les lumières sont une,

Est blanc et blanc n’est pas non-couleur,
comme on nous l’a appris à l’enfance,

mais toute-couleur ;
où les flammes s’entremêlent

et les ailes se touchent, quand nous atteignons
l’arc de la perfection,

nous sommes satisfaits, nous sommes heureux,
nous recommençons ;

Moi Jean, vis. Je testifie
des plumes arc-en-ciel, de l’étendue des cieux

et des murs de couleur,
des colonnades de jaspe ;

mais quand le joyau
fond dans le creuset

nous ne trouvons ni cendre, ni cendre-de-rose,
ni un haut vase et bâton de lis,

ni vas spirituale,
ni même rosa mystica,

mais un amas d’oeillets mignardise
ou un visage pareil à une rose de Noël.

C’est la floraison de la croix,
c’est la floraison du bois calciné,

où Zadkiel, nous nous figeons pour rendre grâce
d’être une fois encore sortis de la mort et de vivre.

***

Some call that deep-deep bell
Zadkiel, the righteousness of God,

he is regent of Jupiter
or Zeus-pater or Theus-pater,

Theus, God; God-the-father, father-god
or the Angel god-father,

himself, heaven yet at home in a star
whose colour is amethyst,

whose candle burns deep-violet
with the others.

And the point in the spectrum
where all lights become one,

is white and white is not no-colour,
as we were told as children,

but all-colour;
where the flames mingle

and the wings meet, when we gain
the arc of perfection,

we are satisfied, we are happy,
we begin again ;

I John saw. I testify
to rainbow feathers, to the span of heaven

and walls of colour,
the colonnades of jasper;

but when the jewel
melts in the crucible,

we find not ashes, not ash-of-rose,
not a tall vase and astaffof lilies,

not vas spirituale,
not rosa mystica even,

but a cluster of garden-pinks
or a face like a Christmas-rose.

This is the flowering of the rod,
this is the flowering of the burnt-out wood,

where, Zadkiel, we pause to give
thanks that we rise again from death and live.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je vous écris d’un pays pesant (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Aussi belle que la main de l’aimée
sur la mer.
Aussi seule.

J’écris pour vous.
La douleur est un coquillage.
On y écoute perler le cœur.

J’écris pour vous,
au seuil de l’idylle,
pour la plante aux feuilles d’eau,
aux épines de flammes,
pour la rose d’amour.
J’écris pour rien,
pour les mots luisants
que trace ma mort,
pour l’instant de vie
éternellement dû.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur le signe.
Aussi seule.

J’écris pour tous.
Je vous écris d’un pays pesant
comme les pas du forçat,
d’une ville pareille aux autres
où les cris camouflés
se tordent dans les vitrines;
d’une chambre où les cils ont détruit,
petit à petit, le silence.
Vous êtes, destinatrice prédestinée,
ma raison d’écrire;
l’inspiratrice joyeuse du jour et de la nuit.

Vous êtes le col du cygne assoiffé d’azur.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur les yeux.
Aussi douce.

Je vous écris avec la chair des mots accourus,
haletants et rouge.
C’est bien vous qu’ils entourent.
Je suis tous les mots qui m’habitent
et chacun d’eux vous magnifie avec ma voix.
J’ai besoin de vous pour aimer,
pour être aimé des mots qui m’élisent.
J’ai besoin de souffrir de vos griffes
afin de survivre aux blessures du poème.
Flèche et cible, alternativement.
J’ai besoin d’être à votre merci
pour me libérer de moi-même.
Les mots m’ont appris à me méfier
des objets qu’ils incarnent.
Le visage est le refuge des yeux pourchassés.
J’aspire à devenir aveugle.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur le sourire de l’enfant.
Aussi transparente.

(Edmond Jabès)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Définir le cri (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018


mains-couple1

inapaisables mains
pas plus tôt comblées
nous voudrions crier

comme des flammes trompées
crier doucement tendrement
et recoucher sur ta carène
nos ombres puis passer la nuit
dans ce voyage lisse
dans ce voyage lisse
descendre à prudentes foulées
et prisonnières de la prunelle
au foyer silencieux dormir

deviner le retour de la brise
et asservies aux pressentiments
étendre l’insécurité de la course
à toute une polynésie aux aguets

(Mohammed Dib)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :