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Posts Tagged ‘flamme’

SANS MÉTAPHORE (Kazue Shinkawa)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



 

Ana Cruz  Fruit-defendu

SANS MÉTAPHORE
HIYU DE NAKU

Les pêches après avoir mûri tombent : comme l’amour
L’incendie des dépôts des quais s’éteint : comme l’amour
Les matins du septième mois s’engourdissent : comme l’amour
Le porc dans la maison d’un pauvre tenancier maigrit : comme l’amour

Oh!
Sans métaphore
Moi l’amour
L’amour cette chose je la cherchais et

Des choses comme l’amour
J’en ai rencontré je ne sais combien mais
Elles ne pouvaient s’accrocher à moi
Pas plus qu’à un fétu de paille flottant sur la mer,
dans la paume de cette main

Aussi moi ai-je essayé de parler d’une autre façon
Mais après tout là également l’amour était une métaphore

L’amour : gouttes sucrées qui tombent une à une des pêches
L’amour : incendie des dépôts des quais poudre à explosion
flamme qui se dresse verticalement
l’amour : matins étincelants du septième mois
l’amour : un cochon qui grossit tout rond

Il me ferma la bouche avec ses lèvres
Et me prit dans ses bras cet homme
Ténèbres d’un parc Feuilles des arbres qui embaument Jet d’eau qui jaillit
Dans tous les sens c’était comme l’amour dans tous les sens

Les heures ont passé par-dessus les heures seules
Elles portaient une lame parfaitement aiguisée sur ma joue
Elles ont fait couler du sang

(Kazue Shinkawa)

Illustration: Ana Cruz

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Des refrains de simples couplets (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Andrzej Malinowski

    

Des refrains de simples couplets

Des refrains de simples couplets
Flottent là-bas, à la dérive…
Délicatement sensitive
Ton âme est pleine de reflets.

Dans l’ombre, parmi les accords
Et les souffles de tubéreuse,
Resplendit, ô vierge amoureuse !
La flamme blanche de ton corps…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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AMOUR DE PROFIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Richard MacDonald - Tutt'Art@ (1)

AMOUR DE PROFIL

1
Dans le sommeil des feuilles mortes
qui craquent de gel la nuit
sans que personne pose le pied

dans le sang qui bat à la tempe
du dormeur qui ferme les portes
et ne sait plus si lui c’est lui

dans le froissement de la furtive
allant retrouver son amant
au creux des menthes la rivière

dans les paroles de la pluie
dans le feu quand la maison dort
dans la chevêche de minuit

j’entends respirer la secrète
qui n’est jamais là où elle est

2
Songeuse Retirée Rieuse Tempérée
Flexible Détournée Distraite Méditée
Le beau front bombé et sa pâleur d’opale
Les yeux de grand hiver de brasero lent

Toi la pensive et l’incertaine Toi l’innocence
et la malice Toi l’eau qui dort en robe d’eau
Absente Dérobée Naïve Gaie Moqueuse
Furtive Souveraine Altière Intimidée

Indécise Etonnée Limpide Couronnée
Profil nu hésitant dans un miroir brouillé
par les longues pluies de la mélancolie
toi la Reine et la Fée l’enfantine et la grave

je t’écoute écouter J’écoute ton silence
J’écoute les échos les voiles de ta voix
ta voix de feuilles mortes et de vent sur la tempe
qui peut en murmurant faire éclore l’automne

3
Nous deux
Quelquefois un
Les deux doigts de la flamme
Deux c’est ton ombre et moi
ou toi ma silencieuse
nue comme à marée basse
une voix qu’on devine

Nous deux
quelquefois un
Les deux pieds nus du vent
Deux d’eau Le bruit de l’eau
Rêver se taire ensemble

Le ciel mangé de jour
qui n’a qu’un seul regard

Quelquefois un Nous deux

(Claude Roy)

Illustration: Richard MacDonald

 

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L’amour mouillé (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
L’amour mouillé

Ouvre-moi, je suis sans escorte,
Glacé, fourbu, les membres lourds,
Je t’implore, ouvre-moi ta porte,
O bonne âme, je suis l’Amour.

– Entre, voyageur, entre vite,
Pauvre enfant que l’ombre a noyé,
Pour te réchauffer, je ressuscite
La flamme éteinte à mon foyer.

Done ton carquois et tes flèches,
Ton arc, et, près de l’âtre doux,
Au flamboiement des branches sèches,
Amour, sieds-toi sur mes genoux,

Où ma main tendrement essuie
Ton corps par l’orage marri,
Ton aile que mouilla la pluie…
Que je t’aime d’être meurtri!

Que j’aime voir briller tes larmes
Et les boire à tes cils tremblants;
Combien ta souffrance a de charmes
Et qu’ils sont beaux tes pieds sanglants!

Quel étrange bonheur j’endure,
Triste enfant dans mes bras blotti,
A toucher du doigt tes blessures
Où ma caresse s’alentit.

Entr’ouvre ta lèvre féline
Au plus profond de mes baisers…
Mais, je sens contre ma poitrine
Ton dernier sanglot s’apaiser,

Comme une errante mélodie
Assourdit son ultime accord.
Amour, je sais ta perfidie
Et déjà, sous tes cheveux d’or,

Ton regard se dessille et guette,
Eteignant son désir sournois,
La plus “homicide sagette”
Emmy les dards de ton carquois.

Mais qu’elle est vaine ta traîtrise,
Amour, tant d’art est superflu,
Voici que mon coeur agonise
Pour s’être à ta douleur complu

Et la volupté m’a navrée
D’avoir vu tes larmes couler
Plus que tes flèches acérées,
O Dieu nu que j’ai consolé.

Tu ris et chausses ta sandale,
Oubliant le soir orageux;
Déjà sous le bandeau d’opale
Et dans son manteau vaporeux

L’aube t’attend par la saulaie
Adieu, mais crois que je jouis
Du mal que tu m’as fait, ma plaie
Comme un rosier s’épanouit;

Au vain bonheur que je dédaigne,
Je la préfère, sous mes pleurs
S’effeuille le rosier qui saigne
Et que m’importe si j’en meurs!

(Marie Dauguet)

 

 

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LES PROMENEUSES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Paul Delvaux

 

LES PROMENEUSES

Au long de promenoirs qui s’ouvrent sur la nuit
— Balcons de fleurs, rampes de flammes —
Des femmes en deuil de leur âme
Entrecroisent leurs pas sans bruit.

Le travail de la ville et s’épuise et s’endort :
Une atmosphère éclatante et chimique
Étend au loin ses effluves sur l’or
Myriadaire d’un grand décor panoramique.

Comme des clous, le gaz fixe ses diamants
Autour de coupoles illuminées ;
Des colonnes passionnées
Tordent de la douleur au firmament.
Sur les places, des buissons de flambeaux
Versent du soufre ou du mercure ;
Tel coin de monument qui se mire dans l’eau
Semble un torse qui bouge en une armure.

La ville est colossale et luit comme une mer
De phares merveilleux et d’ondes électriques,
Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre’,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Ce sont de très lentes marcheuses solennelles
Qui se croisent, sous les minuits inquiétants,
Et se savent, — depuis quels temps ? —
Douloureuses et mutuelles.

En pleurs encor d’un trop grand deuil,
Tels yeux obstinés et hagards
Dans un nouveau destin ont rivé leurs regards,
Comme des clous dans un cercueil.

Telle bouche vers telle autre s’en est allée,
Comme deux fleurs se rencontrent sur l’eau.
Tel front semble un bandeau
Sur une pensée aveuglée.

Telle attitude est pareille toujours ;
Dans tel cerveau rien ne tressaille.
Quoique le coeur, où le vice travaille,
Batte âprement ses tocsins sourds.

J’en sais dont les robes funèbres
Voilent de pâles souliers d’or
Où son rêve d’État strict et géométrique
Tranquillisait l’aboi plaintif des lâchetés.

Il se sentait la force étroite et qui déprime,
Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,
Et quand il se dressait de toute sa hauteur
Il n’arrivait jamais qu’à la hauteur d’un crime.

Planté devant la vie, il l’obstrua, depuis
Qu’il s’imposa sauveur des rois et de lui-même
Et qu’il utilisa la peur et l’affre blême
En des complots fictifs qu’il étranglait, la nuit.

Si bien qu’il apparaît sur la place publique
Féroce et rancunier, autoritaire et fort,
Et défendant encor, d’un geste hyperbolique,
Son piédestal massif comme son coffre-fort.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Paul Delvaux

 

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A une Amie (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



Illustration: Roger Limouse
    
A une Amie

JE m’abîmerai dans tes yeux
Où la tristesse s’extasie,
Où s’attarde un reflet d’adieux,
O fleur d’ombre et de poésie !

Tu fais gémir, en tes accords,
Les divines inquiétudes ;
La flamme blanche de ton corps
Brûle au fond de mes solitudes.

Un rêve d’automne et d’hiver
Filtre sous tes paupières closes,
Tandis qu’émane de ta chair
L’exaspération des roses.

(Paule Riversdale)

 

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Je suis fille… (Yvonne Le Meur-Rollet)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Alexandre Jacques Chantron  1_0

Je suis fille…

Je suis fille de l’eau des étangs et des sources.
Je sais depuis toujours
Où poussent les jonquilles,
Où pleurent les grands saules,
Où glissent les anguilles,
Où les joncs bleus murmurent
Les secrets des amants
Dont les ombres se mêlent
Sous les troncs des sureaux.

Je suis fille des bois de hêtres et de frênes.
J’ai gravé dans l’écorce
Des serments révolus.
J’ai lu sous les futaies
Les romans interdits où galops et baisers
Menaient à une chambre
Crépitante de bûches
Dont les flammes dansaient au rythme des désirs.

Je suis fille nourrie
Au pays des mirages,
Au pays des silences,
Des soupirs, de l’ennui.
Et les hommes qui passent
Me regardent sans voir le feu qui me consume.
De loin,
Je les regarde :
Ils me font un peu peur :
Leurs ventres sont trop gros, leurs rires sont trop forts
Et leurs mains sont trop moites.

Moi, je rêve toujours d’un poète au teint pâle,
D’un amoureux fragile
Qui marche près d’un lac
Où le temps se suspend aux lames des roseaux.

(Yvonne Le Meur-Rollet)

Illustration: Alexandre Jacques Chantron

 

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Les cheveux d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Nina Reznichenko -

Les cheveux d’Amaranthe

Zéphyre bien souvent de votre poil se joue,
Pillant sous ce prétexte un baiser amoureux :
Et des ondes qu’il fait flotter sur votre joue,
Un Pactole prend source en l’or de vos cheveux.

Cheveux petites rets, Cupidon vous avoue
De me prendre le coeur : que ce coeur est heureux
Alors que je vous baise, alors que je vous loue,
Cheveux qui l’achevez de le rendre amoureux.

Beaux cheveux, filets d’or, rayons d’ambre et de flamme,
Doux geôliers de mon coeur, doux chaînons de mon âme,
Si par travail s’acquiert votre riche toison :

Et aux feux et aux fers j’exposerai ma vie ;
Puis retournant vainqueur du dragon de l’envie,
Mériterai-je pas d’en être le Jason ?

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Nina Reznichenko

 

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Flaque de lumière (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017




    
Flaque de lumière,
Flaque d’eau,
Au sein de l’éternelle rotation des astres,
Cette brève flamme chasse la lente grisaille
D’un après-midi.

Flaque de lumière,
Flaque d’eau,
Attirant quelques moineaux : leurs gazouillis
Rappellent un instant le bonheur terrestre :
La soif étanchée.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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La chanson d’un soir de tempête (Maurice du Plessys)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



 

Salvador Dali __vieillard crépusculaire

La chanson d’un soir de tempête

J’ai sablé le vin, j’ai humé les roses ;
J’ai cueilli la fleur du plus beau baiser :
Je ne trouve plus au fond de ces choses
De quoi me griser…

Les jours ont brillé sur ma tête pâle
Sans m’apprendre rien du Tout qu’il y a :
Mon coeur m’apparaît comme sort d’un châle
Un camélia…

Jeunesse, éclair ! jours enfuis comme un rêve !
Flambeaux morts de gloire en cendre à mes pieds,
Le Temps vous a pris comme un aigle enlève
Les sanglants ramiers !

A mes pieds, des flots ô plèbe insultante !
Du lâche Destin prête-nom menteur !
Arrière, Avenir qu’attend sous la tente
Achille et mon coeur !

Passions, passé, crache ça, mon âme,
Comme ces hauts cieux d’éclairs déchirés
Vident par cent trous dans les eaux leur flamme :
Homme, ici mourez !

Non, vivons ! Mais si, dans l’atroce lutte,
Je dois au vain flot céder le terrain,
A ma lèvre expire en silence, Ô flûte
Morte dans l’airain !

(Maurice du Plessys)

Illustration: Salvador Dali

 

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