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Posts Tagged ‘flamme’

Poème d’Amour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2017



Poème d’Amour

O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres.

Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme ;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femme.

Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.

(Renée Vivien)

Illustration: Alex Alemany

 

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A notre seuil de silence et de froid (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Encerclés, non par des flammes
d’où jailliraient le coq, le cuivre, l’orchidée,
éclatants même si mortels,

mais par quatre glaciers
où glissent sous le verre les formes repliées
de ceux qui bâillaient au soleil
dans l’oxygène fou des cimes
et tombèrent jadis, empêtrés dans leur cri,
jusqu’à ce siècle qui prolonge
le brusque affolement du regard:

chrysalides portées par cette veine pure
à notre seuil de silence et de froid.

(Jean Joubert)

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Nous sommes ces chaussures (Moshe Szulsztein)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



Nous sommes ces chaussures, nous sommes les derniers témoins
Nous sommes les chaussures de petits-enfants et de grand-pères
De Prague, Paris et Amsterdam
Et parce que nous ne sommes faits que de tissu et de cuir
Et pas de chair et de sang,
Les flammes de l’enfer nous ont été épargnées

(Moshe Szulsztein)

 Illustration

 

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Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »? (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


benoit-extase

Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »?
Alors blottis-toi sur le seuil –
Le Rouge – est la teinte commune du Feu –
Mais lorsque le vif Minerai

A surmonté l’épreuve de la Flamme –
Il frémit au sortir de la Forge
Sans autre couleur que la Lumière
Du Brasier non consacré –

Le moindre Village, est fier d’avoir son Forgeron –
Son Enclume dont le son égal
Est le symbole de la Forge plus subtile
Qui sans bruit travaille – au dedans –

Affinant avec Brasier, et Marteau
Ces impatients Minerais
Jusqu’à ce que la Lumière choisie
Répudie la Forge –

(Emily Dickinson)

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Oh ! pour remplir de moi ta rêveuse pensée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

Albert Joseph Moore (5) [1280x768]

Oh ! pour remplir de moi ta rêveuse pensée,
Tandis que tu m’attends, par la marche lassée,
Sous l’arbre au bord du lac, loin des yeux importuns,
Tandis que sous tes pieds l’odorante vallée,
Toute pleine de brume au soleil envolée,
Fume comme un beau vase où brûlent des parfums ;

Que tout ce que tu vois, les coteaux et les plaines,
Les doux buissons de fleurs aux charmantes haleines,
La vitre au vif éclair,
Le pré vert, le sentier qui se noue aux villages,
Et le ravin profond débordant de feuillages
Comme d’ondes la mer,

Que le bois, le jardin, la maison, la nuée,
Dont midi ronge au loin l’ombre diminuée,
Que tous les points confus qu’on voit là-bas trembler,
Que la branche aux fruits mûrs ; que la feuille séchée,
Que l’automne, déjà par septembre ébauchée,
Que tout ce qu’on entend ramper, marcher, voler,

Que ce réseau d’objets qui t’entoure et te presse,
Et dont l’arbre amoureux qui sur ton front se dresse
Est le premier chaînon ;
Herbe et feuille, onde et terre, ombre, lumière et flamme,
Que tout prenne une voix, que tout devienne une âme,
Et te dise mon nom !

(Victor Hugo)

Illustration: Albert Joseph Moore

 

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La dispute (Stanley Kunitz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



La dispute

Les mots que j’ai dits en colère
pèsent moins qu’une graine de persil,
mais une route passe par eux
qui mène à ma tombe,
ce terrain acheté et payé
sur une colline saupoudrée de sel à Truro
où les pins de Virginie
surplombent la baie.
À mi-chemin je suis assez mort,
éloigné de ma propre nature
et de ma féroce emprise sur la vie.
Si je pouvais pleurer, je pleurerais,
mais je suis trop vieux pour être
l’enfant de quelqu’un.
Liebchen,
avec qui me disputerais-je
sinon dans le sifflement de l’amour,
cette flamme âpre et irrégulière.

***

The Quarrel

The word I spoke in anger
weighs less than a parsley seed,
but a road runs through it
that leads to my grave,
that bought-and-paid-for lot
on a salt-sprayed hill in Truro
where the scrub pines
overlook the bay.
Half-way I’m dead enough,
strayed from my own nature
and my fierce hold on life.
If I could cry, I’d cry,
but I’m too old to be
anybody’s child.
Liebchen,
with whom should I quarrel
except in the hiss of love,
that harsh, irregular flame?

(Stanley Kunitz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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LENDEMAIN (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



 

LENDEMAIN
A Henri Mercier.

Avec les fleurs, avec les femmes,
Avec l’absinthe, avec le feu,
On peut se divertir un peu,
Jouer son rôle en quelque drame.

L’absinthe bue un soir d’hiver
Eclaire en vert l’âme enfumée,
Et les fleurs, sur la bien-aimée
Embaument devant le feu clair.

Puis, les baisers perdent leurs charmes,
Ayant duré quelques saisons.
Les réciproques trahisons
Font qu’on se quitte un jour, sans larmes.

On brûle lettres et bouquets
Et le feu se met à l’alcôve,
Et, si la triste vie est sauve,
Restent l’absinthe et ses hoquets.

Les portraits sont mangés des flammes ;
Les doigts crispés sont tremblotants…
On meurt d’avoir dormi longtemps
Avec les fleurs, avec les femmes.

(Charles Cros)

Illustration: Viktor Oliva

 

 

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Souvenir (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Souvenir

Quand il pâlit un soir, et que sa voix tremblante
S’éteignit tout à coup dans un mot commencé ;
Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante,
Me blessèrent d’un mal dont je le crus blessé ;
Quand ses traits plus touchants, éclairés d’une flamme
Qui ne s’éteint jamais,
S’imprimèrent vivants dans le fond de mon âme,
Il n’aimait pas, j’aimais !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

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Holocauste (Barbara Sonek)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Holocauste

Nous jouions, nous riions,
nous étions aimés.
On nous a arrachés aux bras de nos
parents et jetés dans les flammes.
Nous n’étions que des enfants.
Nous avions un avenir. Nous allions devenir
avocats, rabbins, épouses, enseignantes, mères.
Nous avions des rêves, puis nous n’eûmes plus d’espoir.
On nous a emmenés au plus profond de la nuit
comme du bétail dans des wagons, qui ne pouvait respirer,
étouffant, pleurant, affamé, mourant.
Séparé du monde pour ne plus exister.
Entendez nos supplications venues de nos cendres. Cette
atrocité ne peut plus arriver au genre humain.
Souvenez-vous de nous car nous avons été
des enfants à qui furent volés
les rêves et la vie.

***

Holocaust

We played, we laughed
we were loved.
We were ripped from the arms of our
parents and thrown into the fire.
We were nothing more than children.
We had a future. We were going to be
lawyers, rabbis, wives, teachers, mothers.
We had dreams, then we had no hope.
We were taken away in the dead of night
like cattle in cars, no air to breathe smothering,
crying, starving, dying.
Separated from the world to be no more.
From the ashes, hear our plea. This
atrocity to mankind can not happen again.
Remember us, for we were
the children whose dreams and lives
were stolen away.

(Barbara Sonek)

 

 

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Dans la hutte de neige (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Dans la hutte de neige

Soleil couchant chemins que bleuit le verglas.
Douces couleurs de somnolence dans mon âme.
Luit d’une hutte dans le val un pâle éclat,
Sous la neige l’ensevelit le soir en flammes.
Aux vitres les forêts-à-prodiges déboulent
De magiques traîneaux tintent en carrousel,
À l’angle du grenier des colombes roucoulent
Et déroucoulent mon visage. Sous le gel
Rayé par des cristaux dont la pointe fulgure,
Presqu’irréel l’Irtich se noue en palpitant.
Sous des coupoles de silence et de froidure
Fleurit ce monde : un enfant de sept ans.

Dans ta neigeuse et limpide pénombre,
Hutte de mon enfance en Sibérie,
Naissent des fleurs aux pupilles de l’ombre,
Mercure en fleur qui sans fin refleurit.
Dans les recoins où se meurt la lumière
La lune expire un souffle, un halo bleu,
Mon père est blanc de la pâleur lunaire
Et sur ses mains de silence neigeux
Il tranche le pain noir, lame aiguisée
Mais charitable.
Et bleuissent ses traits.
Moi par ma pensée neuve et divisée,
Je trempe de sel, père, ton pain frais.

Le père. Le couteau. Une mèche qui fume.
Une enfance. L’enfant. Une ombre a dérobé
Au mur le violon. Plus fins que fine écume
Des sons de neige sur ma tête sont tombés.
Silence. Car le père joue. Les sons s’égrènent,
Se gravent dans les airs où le gel les sertit.
Bleuis les grains d’argent que sème mon haleine
Sur la neige de lune en verre convertie.
A travers le carreau en pelisse de glace
Un loup flaire la chair de musique, sa proie,
Silence. Au pigeonnier un petit pigeon casse,
Pique, pique, cet œuf dont il sort dans le froid.

[…]

(Avrom Sutzkever)

 Illustration: Marc Chagall

 

 

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