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Poésie

Posts Tagged ‘fleur’

L’idée fixe (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

L’idée fixe

Je t’apporte une petite algue qui se mêlait à l’écume de la mer et ce peigne
Mais tes cheveux sont mieux nattés que les nuages avec le vent avec les
rougeurs célestes et tels avec des frémissements de vie et de
sanglots que se tordant parfois entre mes mains ils meurent avec les
flots et les récifs du rivage en telle abondance qu’il faudra longtemps
pour désespérer des parfums et de leur fuite avec le soir où ce
peigne marque sans bouger les étoiles ensevelies dans leur rapide et
soyeux cours traversé par mes doigts sollicitant encore à leur racine
la caresse humide d’une mer plus dangereuse que celle où cette
algue fut recueillie avec la mousse dispersée d’une tempête.
Une étoile qui meurt est pareille à tes lèvres.
Elles bleuissent comme le vin répandu sur la nappe.
Un instant passe avec la profondeur d’une mine.
L’anthracite se plaint sourdement et tombe en flocons sur la ville
Qu’il fait froid dans l’impasse où je t’ai connue.
Un numéro oublié sur une maison en ruines
Le numéro 4 je crois.
Je te retrouverai avant quelques jours près de ce pot de reine-marguerite
Les mines ronflent sourdement
Les toits sont couverts d’anthracite.
Ce peigne dans tes cheveux semblables à la fin du monde
La fumée le vieil oiseau et le geai
Là sont finies les roses et les émeraudes
Les pierres précieuses et les fleurs
La terre s’effrite et s’étoile avec le bruit d’un fer à repasser sur la nacre
Mais tes cheveux si bien nattés ont la forme d’une main.

(Robert Desnos)

Illustration

 

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UNE FÉE EN HIVER (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
à Hadriana Siloé
UNE FÉE EN HIVER

Une fée s’est réveillée
dans le poivre gris de l’hiver.
Un papillon l’a précédée
au-dessus de la cheminée.
Une fête ! Une fête d’amour
autour des vivants et des morts !
le feu brille dans mes mots du soir :
chaque instant est un éclat de rire
qui fait battre la vie à se rompre !

voici la fée qui se déshabille
sur l’égarement de mes cinq sens.
Une odeur de brûlé s’élève
de sa justice de femme.
Sa chaude lune est
le songe d’un très vieux songe de poète.
Sa force tendrement animale
est un pollen de papillon
sur l’oreiller d’un pharaon d’Egypte !

que la nuit apporte sa tendresse
aux yeux de reine vigilante !
que la maison reste en fleur
dans la neige de son souvenir !
salut, ombre bien-aimée d’Hadriana !
tes semences sont à ma porte
ta joie saute dans mon lit
pour rendre soudain la vue
à l’aveuglement de mes années !

(René Depestre)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Le temps de toi (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



Le temps de toi

Il fait un temps fou de soleil carrousel
la végétation de l’ombre partout palpitante
le jour qui promène les calèches du bonheur
le ciel est en marche sur des visages d’escale
puis d’un coup le vent s’éprend d’un arbre seul
il allume tous les rêves de son feuillage

Belle vie où nos mains foisonnent je te coupe
je reçois en plein coeur tes objets qui brillent
voici des silences comme des revolvers éteints
mes yeux à midi comme des étangs tranquilles
les fleurs sont belles de la santé des femmes

Le temps mon amour le temps ramage de toi
continûment je te parle à voix de passerelles
beaucoup de gens murmurent ton nom de bouquet
je sais ainsi que tu es toujours la plus jolie
et naissante comme les beautés de chaque saison
il fait un monde heureux foulé de vols courbes

Je monte dans les échelles tirées de mes regards
je t’envoie mes couleurs vertes de forêt caravelle
il fait un temps de cheval gris qu’on ne voit plus
il fait un temps de château très tard dans la braise
il fait un temps de lune dans les sommeils lointains

(Gaston Miron)


Illustration: Dominique Fortin

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Que choisir sur le menu? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Que choisir sur le menu?

1
Je mange chaque midi
Dans un restaurant tranquille
Du lundi au samedi
Au plein coeur de notre ville
Toujours les mêmes visages
Des visages trop connus
Qui sourient car c’est l’usage
Et toujours même menu.

Refrain 1
Que choisir sur le menu?
Poule au riz?
Merlan frit?
Céleri?
Quart de brie ?
Que choisir sur le menu?
OEufs au plat
jambon gras
Je suis las
De tout ça
Que choisir sur le menu?
Aujourd’hui comme hier et demain
Donnez-moi un beefsteak aux pomm’s frit’s et du pain
Quart de vin calé noir
Après j’irai me promener sur le trottoir!

2
Mais hier, événement,
La porte a livré passage
À un visage charmant
Jambes fin’s et beau corsage.
Qui est-elle et que fait-elle?
Quelle est donc cette inconnu(e) ?
Elle est jeune et elle est belle.
Bah! regardons le menu.

Refrain 2
Que choisir sur le menu?
Poule au riz?
Merlan frit ?
Céleri?
Quart de brie?
Que choisir sur le menu?
Il me faut
Du nouveau
Du gâteau
Bon et beau
Que choisir sur le menu?
Aujourd’hui Honoré j’ai grand faim
Donnez-moi du foie gras — Donnez-moi du bon vin
Verr’ d’alcool café noir
Après j’irai me promener sur le trottoir!

3
Elle est sorti(e) derrièr’ moi,
Avec son joli sourire.
Je lui ai parlé ma foi
Sans trop savoir quoi lui dire.
Aujourd’hui tous deux ensemble
Au restaurant revenus,
La même carte me semble
Le plus savoureux menu.
Je choisis sur le menu
—Ce qu’ell’ veut
—C’est bien mieux
—J’ suis heureux
Comme un dieu

Refrain 3
Je choisis sur le menu
—Baisers fous
—Sur son cou
— Et mots doux
—Entre nous
C’est le meilleur des menus.
Ma chérie aujourd’hui comm’ demain
Je préfère aux festins quelque morceau de pain
Partagé avec vous
Et je préfère aux fleurs le rose de vos joues.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Loin de Vera Cruz (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Loin de Vera Cruz

1
Nous sommes au mois
D’aller dans les bois
Dénicher l’oiseau
Et cueillir la fleur
Qui porte bonheur
Mais déjà l’oiseau
Emporte la fleur
Dans sa demeure
A Vera Cruz.

Refrain
Fleurs de papier
Amours envolés
Refleurissez-vous
À Vera Cruz?

2
Bel oiseau bleu
Chanteur fabuleux
Nous te rejoindrons,
Vole à tire-d’aile
A travers le ciel
Au-dessus des monts,
La lune de miel
Brille fidèle
Sur Vera Cruz.

3
Pour moi l’amour
Fleurit chaque jour
Je prends le bonheur
Quand il s’épanouit
Soleil de minuit
Horloge du coeur
Je n’ cherch’ pas midi
A quatorze heures
Loin d’ Vera Cruz!
J’aime à toute heure
Loin d’ Vera Cruz
Yes!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Chanson de Régine (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Chanson de Régine

1
J’ai une fleur que j’aime
D’un tendre coeur
C’est un perce-neige
Que j’ai fait naître beige
A côté d’autres fleurs
Ne réponds plus mon coeur
Même à la rose
Reine des fleurs
J’ai une fleur, j’ai une fleur
Que j’aime d’un tendre coeur
D’un tendre coeur
D’un tendre coeur.

2
Voici bien des années
Que dans mon coeur
Ton image aimée
Fidèle est demeurée
Elle est mon seul bonheur
Le trésor de mon coeur
C’est de revoir
Tes grands yeux noirs
Dans un rêve intime et très doux
Qui m’accompagne partout
La nuit le jour
Rêve d’amour.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Pas même un murmure (Christophe Jubien)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration
    
Pas même un murmure
cette fleur en forme
de trompette

(Christophe Jubien)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: L’année où ma mère est née au ciel Haïkus
Traduction:
Editions: Solstice

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Valse de Régine (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



    

Valse de Régine

L’amour, ce bel enfant
Doux et rieur
Qui sème le printemps
Au fond des coeurs
Fit fleurir en moi-même
Un frais jardin
O belles fleurs que j’aime
Qu’il vienne enfin!
Tu resteras toujours
Mon éternel amour
J’ai voulu te le dire
Et n’ai pu que sourire…
J’ai cueilli pour toi la fleur de mai,
Le perce-neige au parfum si frais
Mais toi, tu dédaignas
Ce bouquet délicat
Que ma timidité
Ose à peine effeuiller!
Tu resteras, chéri,
Mon unique souci
Tu resteras toujours
Mon seul amour!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Je ne suis pas de celles… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018



Illustration: Jose Sabogal    
    
Je ne suis pas de celles…
Tango

1
Je ne suis pas de celles
Qu’on rencontre la nuit à la lueur des flambeaux
Avec de lourds colliers pour les rendre plus belles
Leurs yeux noirs de corbeaux
Éclairés d’étincelles
Sur les doigts des diamants qui brillent dans le noir
Je dors toute la nuit je ne suis pas comme elles
Qui se lèvent le soir.

2
Moi je me lève à l’aube et je cours par les champs
À travers les pampas baignées par la lumière
J’appelle avec mes chants
Charmée par le soleil et les fleurs printanières
Le grand meneur de boeufs qui m’aime sans rivale
Et qui siffle en guettant mon rire et mon passage
Dressé sur son cheval
Tandis que son troupeau emplit les pâturages.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Je suis rêveuse et fragile … (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
Je suis rêveuse et fragile …

1
En effeuillant au soleil couchant
Une fleur des champs
La blanche marguerite
J’imagine un pompier pas méchant
Ou d’un soldat dans sa guérite
Nous irions dans un beau jardin
Comme un prince avec sa princesse
Et de minuit jusqu’au matin
Nous serions tout miel et caresse.

Refrain

Je suis rêveuse et fragile
La brutalité
Me blesse et me tourne la bile
La douceur c’est ma qualité
J’aime les fleurs et les mots tendres
Et les songes bleus
Parfois je sens mon cœur se fendre
En guettant un amoureux.

2
Je suis pareille aux sveltes iris
Pareille au grand lys
Pareille aux fraises mûres
Mon coeur est doux d’esprit délicat
Je suis une faible nature
L’amour trouble mon estomac
Mais quand je rêve aux aventures
Ma chair frémit, j’en suis gaga
Faut prendre ma température.

3
Hélas hélas j’ai ce soir cent ans
Un rêve épatant
Me semble aujourd’hui fade
Je veux quelqu’un vivant pour coucher
Je voudrais le marquis de Sade
Ou bien un gros garçon boucher
Et qu’il me mette en marmelade
Qui m’étreigne et fasse loucher
Et que je ne sois plus en rade.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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