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Posts Tagged ‘fleurie’

Une rangée d’arbres (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




Une rangée d’arbres tout là-bas, là-bas vers les coteaux.
Mais qu’est-ce qu’une rangée d’arbres ? Il y a des arbres,
c’est tout.
Rangée et le pluriel arbres ne sont pas des choses, ce sont des noms.

Pitoyables, les âmes humaines, elles qui mettent tout en ordre,
Qui tracent des lignes de chose à chose,
Qui mettent des pancartes portant des noms sur les arbres absolument réels,
Et qui dessinent des parallèles de latitude et longitude
Sur la terre même, la terre innocente et plus verte et fleurie
que tout ça !

(Fernando Pessoa)

Illustration: Claude Monet

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Je vous envoie un bouquet (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019




Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanouies;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies
Chutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés bien qu’elles soient fleuries
En peu de temps cherront toutes flétries
Et comme fleurs périront tout soudain.

Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous, nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame ;

Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle;
Pour ce, aimez-moi cependant qu’êtes belle.

(Pierre de Ronsard)

Illustration

 

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Elle avait le regard qu’ont les fleurs de lavande (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



Elle était descendue au bas de la prairie,
et, comme la prairie était toute fleurie
de plantes dont la tige aime à pousser dans l’eau,
ces plantes inondées je les avais cueillies.
Bientôt, s’étant mouillée, elle gagna le haut
de cette prairie-là qui était toute fleurie.
Elle riait et s’ébrouait avec la grâce
dégingandée qu’ont les jeunes filles trop grandes.
Elle avait le regard qu’ont les fleurs de lavande.

(Francis Jammes)


Illustration: Odilon Redon

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Ta bière était bonne à boire, ami (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



 

Jean-Eugène Buland -1

Ta bière était bonne à boire,
ami, ton genièvre aussi.
Jamais tu ne fus avare
et gai partageais les fruits.

J’aiguise le fer de bêche
et retourne ton jardin,
tu n’es pas de ceux qu’on laisse
partir sans un coup de vin.

Ta maisonnette s’anime
d’un coq au réveil-matin
et je rouvre la cuisine,
le clapier de tes lapins.

Ton chat perche sur la butte
et guette un merle malin,
la poule au pas de la hutte
dit bonjour à ton voisin.

Je sais que parfois tu viens
revoir le coin de ta vie
et c’est pour toi que je tiens
les plates-bandes fleuries.

Voici les noix, les noisettes,
cher bricoleur, tes outils,
faisons un brin de causette,
les pelouses restent vertes,
le verger marque midi :

comme avant la soupe est prête,
on t’invite, tu souris,
et parmi nous pour la fête,
à table tu t’es assis.

(Géo Libbrecht)

Illustration: Jean-Eugène Buland

 

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PREMIERS BEAUX VERS (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



PREMIERS BEAUX VERS

Où sont les jours d’hiver pleins de calme infini
Dans la salle d’étude, aux carreaux blanc de givre;
Et les grands abat-jour sur les lampes de cuivre
Comme autour d’une lune un halo d’or bruni.

Quel éveil dans nos coeurs quand le soir, en sourdine,
Chuchotait sa tristesse aux fentes des châssis
Et que, sur les bancs noirs pensivement assis,
Nous lisions, tout songeurs, des vers de Lamartine.

Trouble des premiers vers douloureux ou charmants!
Trouble des premiers vers dont les musiques vagues
Vibraient avec un bruit pareil au bruit des vagues
Et semblaient correspondre à nos jeunes tourments!

Nous pleurions longuement Graziella trahie
Qui, n’ayant pu laisser tel qu’un tapis moelleux
Son amour sous les pas du poète oublieux,
Sans bague au doigt fut mise en sa bière fleurie !

Mais tout là-bas, au bord des rivages houleux
Ou priera l’avenir sur sa tombe odorante,
Nous autres, négligeant la morte de Sorrente,
Nous cherchions dans la mer l’infini des yeux bleus.

A travers l’idéal des grandes eaux dormantes,
A travers l’idéal des beaux vers consacrés,
Nous pouvions voir déjà, pendant ces soirs sacrés,
Appareiller vers nous nos futures amantes !

Tout nous parlait d’hymen, de baisers et d’aveux !
Et dans la barque d’or des strophes amoureuses
Les rimes accordaient leurs rames langoureuses
Pour amener vers nous la vierge de nos voeux!

La douceur de la mer méditerranéenne
Chantait dans les flots bleus des vers pleins de langueur
Qui venaient déferler sur la plage du coeur
Avec un bruit de robe et des frissons de traîne!

(Georges Rodenbach)

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VISAGE D’AVRIL (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



VISAGE D’AVRIL

J’aime entrouvert
le velours vert
de ton col de collines
pour y poser
un nid de baisers,
une aile d’églantine

J’aime fondant
entre mes dents
sucer ce lobe
de sucre vermeil
où boucle d’or,
boucle d’oreille,
tu pinces le soleil

Caresser ta joue,
ronde et lisse ombelle,
visage d’avril,
et d’un doigt subtil
suivre le tracé
de ton sourcil en
vol d’hirondelle

Monter en ballon
dans le bleu de tes yeux,
sous l’ombre des cils
léger dans les cieux,
monter si haut
que dans la nacelle
pris de vertige
mon coeur chancelle

Et suspendu ainsi jusqu’au soir
à trembler de peur
et d’espoir,
j’attends , avec mes oiseaux-rêves
qui dans ton ciel
tournent en rond ,
à la frange fleurie
des branches sur ton front…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Dina Shubin

 

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Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



 

Ernest Pignon-Ernest  Rimbaud  42

Chanson de la plus haute tour

Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la Prairie
A l’oubli livrée,
Grandie et fleurie
D’encens et d’ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent !

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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La Rose du Monde (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



Longtemps au pied du perron de
La maison où entra la dame
Que j’avais suivie pendant deux
Bonnes heures à Amsterdam
Mes doigts jetèrent des baisers

Mais le canal était désert
Le quai aussi et nul ne vit
Comment mes baisers retrouvèrent
Celle à qui j’ai donné ma vie
Un jour pendant plus de deux heures

Je la surnommai Rosemonde
Voulant pouvoir me rappeler
Sa bouche fleurie en Hollande
Puis lentement je m’en allai
Pour quêter la Rose du Monde

(Guillaume Apollinaire)

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Tête de faune (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




Tête de faune

Dans la feuillée, écrin vert taché d’or,
Dans la feuillée incertaine et fleurie
De fleurs splendides où le baiser dort,
Vif et crevant l’exquise broderie,

Un faune effaré montre ses deux yeux
Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches
Brunie et sanglante ainsi qu’un vin vieux
Sa lèvre éclate en rires sous les branches.

Et quand il a fui – tel qu’un écureuil-
Son rire tremble encore à chaque feuille
Et l’on voit épeuré par un bouvreuil
Le Baiser d’or du bois, qui se recueille

(Arthur Rimbaud)

Illustration

 

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Si frais tes doigts ont l’air d’avoir joué dans l’eau (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



Si frais tes doigts ont l’air d’avoir joué dans l’eau,
Tes doigts frêles, pareils aux doigts de ces infantes
Avec de clairs bijoux sur leurs robes bouffantes
Qu’on voit au fond d’un parc dans quelque ancien tableau !

Au charme du printemps, ton charme s’apparie
Et tes cheveux soyeux et dorés tu les as
Mêlés comme un bouquet de jaunes mimosas
Aux roses pâles dont ta figure est fleurie.

Quelque chose de doux, de grave et d’émouvant
T’appelle au fond des bois par la bouche du vent
Et dans l’ombre des fleurs que tu recontinues

Se déplace un rayon qui s’est insinué
Sous le parasol d’or lentement remué
De l’ombre et du soleil dans les blanches ciguës.

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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