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Poésie

Posts Tagged ‘flotter’

UN MIOCHE (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Périclès Pantazis

    

UN MIOCHE

Nuit, lucioles d’orage,
Un tortueux chemin
Je leur cherche un langage,
Je leur cherche un refrain.

Tous les mots s’émerveillent
Du plus petit discours –
Juste créé, s’éveille
Le monde âgé d’un jour.

Un bruit d’orage roule,
La voie lactée se tord
L’odeur du divin moule
Flotte partout encore.

Juste issu de l’abîme
Vers son but, son sens vrai,
Tout demeure anonyme –
Sourire, jeu, secret.

La lune, hochet-cloche,
Paraît puis déguerpit
Dieu lui-même – un mioche
Joue avec sa toupie.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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UNE COMPLAINTE JUIVE (David Einhorn)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019



Illustration: Rafal Olbinski
    
UNE COMPLAINTE JUIVE

Comme à leur arc rivées
Les cordes sont tendues,
Tirées à se briser
Par des mains inconnues,
Mais sans frémir, muettes,
Comme avant la tempête
Dans les yeux la tristesse
Se calcine, embrasée.

Terrifiant silence
Qu’on ne peut endurer,
Douleur à ne pas dire
Plaie à ne pas montrer,
Comme harpes qui pendent
Muettes sur les branches
Quand dans les doigts se fendent
Les sanglots étranglés.

Pourtant les heures restent
Quand l’océan s’endort,
Que du bleu sourd le presque
Imperceptible accord,
Vers nous, de chaque corde,
Un écho monte alors,
Comme prière il flotte
Comme une voix implore.

Tout s’allège et la peine
Peut alors déposer
Au coeur comme au désert
Un semblant de rosée.
Le réconfort nous berce
Comme longue langueur,
Une complainte juive
Se trempe dans les pleurs.

(David Einhorn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES (Avrom Reisen)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Samuel Hirszenberg
    
DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES

Nous sommes ceux qu’on dispersa
Dans les terres les plus lointaines.
Chacun de nous est un anneau
De la nouvelle chaîne.

Non seulement à Babylone
Mais au bord des fleuves, partout
Nous sommes venus nous asseoir,
Cherchant un toit qui soit à nous.

C’est ainsi qu’est devenu cher
À notre coeur le monde entier,
Sur les rives les plus lointaines
Se trouve pour nous un foyer.

Et maintenant nous chérissons
La Vistule autant que le Rhin,
Le large Dniepr à notre coeur
Murmure aussi douce complainte

Le libre Hudson nous fait un signe
Fraternel du fond de ses flots,
Il est permis, sur son rivage,
De connaître enfin le repos !

Quelque chanson que l’on écoute
Nous connaissons sa mélodie,
Quel que soit le fleuve qui coule
Il nous apporte nostalgie,

Quel que soit le drapeau qui flotte,
Nous est familier son appel,
Quel que soit le bateau qui vogue
C’est vers un pays fraternel.

(Avrom Reisen)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Derrière le mur (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



 

Illustration
    
Derrière le mur

Je pends aux branches comme neige
dans le printemps de la vallée,
comme source froide je flotte au vent,
je tombe humide dans les fleurs en bouton
comme une goutte,
elles pourrissent tout autour
comme autour de la fange.
Je suis ce qui sans cesse pense à la mort.

Je vole, car ne peux aller tranquillement,
à travers les solides bâtiments des cieux
et renverse piliers et murs creux.
J’alerte les autres, car la nuit ne peux dormir,
avec le bruissement lointain de la mer.
Je me glisse dans la bouche des cascades
et des montagnes détache des tonnerres de pierres.

je suis enfant de la grande angoisse du monde,
suspendu à la paix et à la joie
comme les coups de glas aux pas du jour
comme la faux dans les champs mûrs.
Je suis ce qui sans cesse pense à la mort.

***

Hinter der Wand

Ich hänge als Schnee von den Zweigen
in den Frühling des Tals,
als kalte Quelle treibe ich im Wind,
feucht fall ich in die Blüten
als ein Tropfen,
um den sie faulen
wie um einen Sumpf.
Ich bin das Immerzu-ans-Sterben-Denken.

Ich fliege, denn ich kann nicht ruhig gehen,
durch aller Himmel sichere Gebäude
und stürze Pfeiler um und höhle Mauern.
Ich warne, denn ich kann des Nachts nicht schlafen,
die andern mit des Meeres fernem Rauschen.
Ich steige in den Mund der Wasserfälle,
und von den Bergen lös ich polterndes Geel.

Ich bin der großen Weltangst Kind,
die in den Frieden und die Freude hängt
wie Glockenschläge in des Tages Schreiten
und wie die Sense in den reifen Acker.

Ich bin das Immerzu-ans-Sterben-Denken.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Même si tout s’arrêtait là (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



Même si tout s’arrêtait là,
Au dernier souffle, à la fosse, à la cendre,
Même s’il me fallait descendre
Ces escaliers qui ne conduisent nulle part,
Cela valait la peine d’être né,
D’avoir bu à longs traits le vin de l’existence,
D’avoir connu des joies et des douleurs intenses,
D’avoir aimé, d’avoir lutté, d’avoir pleuré.

Je n’ai pourtant pas fait des étincelles,
Rien que ces choses que l’on dit très ordinaires.
Mes fautes ne sont pas des actes mais des manques.
Je confesse médiocrité.
Mais j’ai parfois marché sur l’eau, flotté dans l’air,
Je me suis vu sur la plus haute vague,
J’ai respiré un peu d’éternité.

(Liliane Wouters)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Poème Complet (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Poème Complet.
Le ciel est nu. La fumée flotte. Le mur brille.
Oh ! que je voudrais penser clairement !

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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BON CONSEIL (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

BON CONSEIL

Ma mère ne m’a rien dit
c’est dommage
Je ne sais même pas où aller
et après
Je nage je flotte je vogue
catastrophe
Je marche je chante je crie
funérailles
Il faut tout recommencer
c’est odieux
Je ne sais même pas où aller
et après

(Philippe Soupault)

 

 

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Visions marines (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019




Visions marines

La mer s’assoupit près du rivage las
L’île s’étire avant de s’endormir
et bercée par le bruit des vagues échevelées
fait le rêve de flotter jusqu’au rivage
pour l’étreindre

Tandis que le sable sec meurt de soif
l’horizon se baigne dans la mer

J’entends hurler la meute des vents
qui accourent du large et poursuit
le troupeau effrayé des flots
qui bêle lamentablement

Les mouettes couvrent le ciel
comme des marguerites dans un pré
et leurs ailes protègent la plage
d’un soleil trop ardent
dans l’ombre de leur vol

La plage ourle le rivage
d’une marge de sable
sous un ciel ponctué d’oiseaux
et la vague pétille
comme une mousse joyeuse

Un cormoran rase la vague
d’une mer hirsute
alors qu’une barbe d’écume
cache le menton de l’îlot

Un navire efface l’horizon
qui disparaît dans son sillage

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Un ciel fébrile oscille (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



Un ciel fébrile oscille

Au-dessus du paysage
Qui frémit dans l’air frais
Du matin et l’horizon
Coud le ciel à la mer
A grand-peine le soleil traverse
Un nuage opiniâtre

Au bout du chemin
Se dresse le noyer
Du champ de mon oncle
Sous lequel nous aimons
Nous asseoir côte à côte
Pour regarder l’oiseau
Dans son vol qui emporte
La clarté du jour
Et dans le soir qui nous baigne
La caresse de ta voix
Crée des images fiévreuses
Au milieu de folles odeurs
Qui montent du jardin
Et de sons liquides
Qui flottent à la surface
Du minuscule ruisseau
Sous un ciel attendri

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Aimé Venel

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LE PORT (Alfred de Vigny)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



LE PORT

Une ancre sur le sable, un cordage fragile
Te retiennent au port et pourtant, beau vaisseau,
Deux fois l’onde en fuyant te laisse sur l’argile,
Et deux fois ranimé, tu flottes plus agile
Chaque jour au retour de l’eau!

Comme toi, l’homme en vain fuit, se cache ou s’exile :
La vie encor souvent le trouble au fond du port,
L’élève, puis l’abaisse, ou rebelle ou docile ;
Car la force n’est rien, car il n’est point d’asile
Contre l’onde et contre le sort.

(Alfred de Vigny)

Illustration

 

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